J'ai écouté cette émission en pensant à vous, par le torrentiel 2013-07-08 10:06:14 |
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me disant au départ que vous ne manqueriez pas de la critiquer par rivalité universitaire, et puis au fur et à mesure que vos préventions contre le directeur de thèse d'un de mes amis, Michel emmanuel, étaient fondées, en regard de la banalité décousue des propos, se perdant en allusions aux différentes bonnes sources que ses relations vaticanes ménageaient à l'historien, et surtout aux principaux événements récents dont il aurait été, depuis la place saint-Pierre, le témoin oculaire. Comme l'a souligné Jean-Louis bourlange, l'ancien chaunusien semblait s'être beaucoup rallié aux positions françaises depuis la mort du maître dans la délégitimation d'"humanae vitae". Cette émission me semblait surtout émaner d'une dérive à laquelle vous-même n'échapez pas bien qu'on puisse rendre à votre discours l'hommage qu'il est généralement plus construit et mieux étayé. On avait affaire ici aux "placet" et "non placet" d'un "intellectuel catholique" sur le gouvernement de l'eglise, ce qui représente objectivement... un progrès du subjectivisme, que je date pour ma part de la mort de Jean-Paul II, mais peut-être n'avais-je pas assez bien observé auparavant ce qui se passait dans le PIC (paysage intellectuel catholique...) où la parole s'est libérée dans l'appréciation constante des gestes pontificaux.
Il est devenu de bon ton de dire que benoît XVI n'a pas tenu le gouvernement de l'eglise. Je rappellerai simplement qu'on mettait beaucoup d'espoir de ce côté-là à l'avènement de Benoît XVI. ces espoirs ont été déçus, mais on dit aujourd'hui que benoît XVI n'a jamais été un homme de gouvernement ni de curie au sens intrigant que peut revêtir cette cour...
Quant au "scoop" d'une démission de benoît XVI commandée et obtenue par la curie, , mais qui n'aurait pas été dans les intentions du pape, Philippe Levillain ne s'est pas rendu compte qu'il se contredisait quelques minutes après avoir énoncé ce poncife conspirationniste, puisqu'il évoqua une réunion de cardinaux, dont "le cardinal Poupard, qui est un ami", lui avait fait confidence et où le cardinal ratzinger regrettait que Jean-Paul II, affaibli, ne démissionnât pas. Au passage, Philippe Levillain, en "intellectuel réactif", avait révisé à cent quatre vingts degrés sa position sur ladite "démission", puisqu'après l'avoir saluée comme un acte en phase avec la modernité, il y voit désormais une fragilisation de l'institution, comme il était évident aux esprits les plus simples.
Mais surtout, Philippe Levillain a été incapable de répondre à la question, qui lui fut pourtant posée par deux fois par les collaborateurs de Philippe Meyer, qui avaient l'air poliment estomaqués par l'espèce d'incompétence planante et digressive de leur invité du jour, question qui portait sur le point de savoir si, oui ou non, l'élection du cardinal bergoglio au souverain pontificat était dans la continuité des manoeuvres de ceux qui avaient voulu et organisé la déposition de benoît XVI. Or supposer que cette déposition ait été organisée et refuser d'analyser dans quelle mesure le successeur désigné répond ou non aux volontés des prétendus conjurés, est faire du complotisme qui ne regarde pas les événements selon une "solution de continuité", ce qui est la moindre des exigences que l'on peut attendre d'un historien.
Les propos sur le pape françois de Philippe Levillain ont étéplus que désobligeants sur la forme: ce n'est pas un "vrai jésuite" (il aurait pu dire qu'il était un jésuite atypique, ou qui ne répondait pas aux critères occidentaux de ce qu'on entend par l'élitisme jésuitiques; le provincial Bergoglio n'aurait pas soutenu de thèse, il me semble que c'est inexact...), le pape françois vi "dans un trois étoiles à rome où il salue les femmes de ménage", ce que Philipe Levillain, qui aime la romanité dans ses fastes et dans ses pompes, a l'air de regretter amèrement.
Mais je voudrais sauver deux intuitions dans cet entretien presque suffoquant de discontinuité et de caractère disparate:
Tout d'abord, indépendamment de la véracité ou non du fait que François consulterait tellement Benoît XVI que l'eglise connaîtrait un gouvernement quasiment bicéphal, ce qui me paraît relever du fantasme, il y a cette description du "tandem" où l'"évêque émérite de rome" représenterait "la subtillité du Logos", tandis que son successeur inviterait les catholiques à "marcher" et à refaire des miracles...
Et à marcher vers Jérusalem, intuition que j'ai moi aussi: je crois que le pape françois aimerait assez déplacer le centre de gravité du catholicisme de Rome vers Jérusalem, mais je ne sais pas jusqu'où il ira dans ce sens, car un tel déplacement nécessite la prudence de s'assurer que le peuple catholique dans son ensemble est prêt à le recevoir sans trop s'en scandaliser. Philippe Levillain quant à lui (comme vous, je pense) regrettait un tel déplacement, disant que le catholicisme disparaîtra s'il vient à cesser d'être romain, s'il perdait la romanité, ce qui, somme toute, obéit à une conception très patrimoniale de l'eglise. Philippe Levillain aime Rome et ses palais parce qu'il y est reçu, mais il n'est pas certain que le catholicisme s'effondre si notre historien perd ses entrées à Rome.
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