d'après ce que l'on sait par Luc Perrin 2013-06-17 10:54:04 |
|
Imprimer |
et pour une fois, le (plutôt mauvais) livre de Philippe Levillain est bien fait sur cet épisode de 1988 : il donne un déroulement des faits, autant qu'on peut le savoir, assez précis.
Pour les témoignages publiés (Mgr Tissier de Mallerais) et d'autres que j'ai eus pour ma part, tout se recoupe. Mgr Lefebvre est allé à reculons à la négociation, il était méfiant, très méfiant. La délagation de la Fraternité autour de lui en revanche était plus confiante et optimiste, y compris l'abbé Tissier alors.
S'il y a eu des influences, elles se sont exercées pour lui faire signer le Protocole du 5 mai. Pas pour le "retrait" du 6 mai au matin.
D'après Levillain d'ailleurs, le "retrait" n'est pas aussi net qu'on pouvait le penser quand j'écrivais en 1988-1989. Il s'agissait plus de conditionner la signature après coup. En quelque sorte, le Protocole n'aurait été effectif que si ces conditions dont on escomptait (? vraiment ou pas ça ?) que le cardinal Ratzinger et Jean-Paul II les acceptassent étaient bien remplies.
La porte le 6 mai au matin n'est donc pas encore claquée ou refermée entièrement. L'escalade vers les sacres de fin juin commence avec une montée des enchères de la part de Mgr Lefebvre à mesure que Rome se dérobe ou répond de façon dilatoire, renforçant ses doutes initiaux.
Il faudrait aussi, là Levillain n'apporte pas d'éclairages nouveaux et on ne saurait le lui reprocher car la recherche doit être extrêmement difficile, savoir ce qui se passe à Rome à partir du 5 mai 1988. Tout indique que le Protocole proposé par le Cardinal a suscité des réactions diverses et pas toutes favorables. Mgr Corecco, un canoniste suisse lié au milieu Communio donc proche du pape, a écrit un article par la suite se réjouissant - en gros - de l'échec car il trouvait des défauts au texte de l'accord.
Comment s'explique l'étonnante maladresse de Rome en mai-juin 1988 ? Tout se passe comme si à Rome aussi après la signature, on avait été tenté par une marche arrière. Les palinodies de 2012, avec le recul, recoupent celles plus feutrées mais qu'on peut subodorer de mai-juin 1988.
Curieusement le secrétaire d'État appuyait au départ la démarche d'accord en 1987-1988 avec la F.S.S.P.X bien que fort loin d'une quelconque sympathie : c'est un témoignage de Mgr Perl à l'auteur de ces lignes. Cet appui était-il toujours là après le 6 mai ? Pas sûr.
Reste aussi les pressions ouvertes, publiques, bruyantes - et les autres derrière le paravent - qu'ont exercé les épiscopats au moins européens (France, Suisse, Allemagne) et certains ordres religieux (Dominicains). On a su qu'en 1986 le cardinal Hume était venu à Rome pour empêcher la publication des conclusions de la commission ad hoc qui anticipaient Summorum Pontificum. Il serait allé jusqu'à menacer Jean-Paul II d'un schisme anglais ...
Pour bien évaluer les faits de 1988, il faut donc prendre en compte TOUS les acteurs :
a) Mgr Lefebvre
b) les autres acteurs de la FSSPX et des sociétés, groupes qui l'entoure
c) le cardinal Ratzinger
d) le pape
e) les courants de la Curie romaine
f) les épiscopats sensibles spécialement en Europe et quelques ordres concernés à la marge.
Cette pluralité vaut pour 2012 : tout ne s'est pas joué uniquement entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger en 1988, tout ne s'est pas joué entre Mgr Fellay et Benoît XVI l'an passé. Même si chaque fois, les deux personnages ont une une part prépondérante, plus encore en 2012.
ps. à ce sujet, quelqu'un sait-il comment on peut écrire à l'évêque émérite de Rome ? a-t-il une adresse postale ?
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|