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L'Eglise catholique doit avant tout rester elle-même.
par Scrutator Sapientiæ 2013-04-06 08:37:35
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Bonjour et merci, Lux.

1. Il me semble qu'il existe une unique Église du Christ, qui subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques en communion avec lui, et que l'Eglise catholique devrait pouvoir, avant tout, rester elle-même, afin et avant de donner du sens au fait de sortir d'elle-même : on ne propage pas nécessairement tout ce que l'on préserve, mais on propage ad extra dans la mesure où l'on préserve ad intra.

2. Or, si l'on préserve le moins possible de "marqueurs", qui ne sont pas seulement "communautaires" et "identitaires", mais qui sont aussi doctrinaux, pastoraux, liturgiques, spirituels, et qui portent en eux leur utilité et leur fécondité, qu'espère-t-on, concrètement, précisément, propager, à l'attention et en direction de quelles périphéries extérieures ?

3. Si l'Eglise catholique sort d'elle-même pour devenir "l'Eglise enseignée" à l'école et à l'écoute du "monde enseignant", pour reprendre une expression de Jean MADIRAN, je crois que l'on a déjà vu ce que cela a donné, non seulement, évidemment, dans les années 1960 - 1970, mais aussi, c'est ma modeste et prudente théorie, en amont, dès les années 1950, et en aval, au moins jusqu'à la fin des années 1980 : "l'hérésie des évêques" qu'est "l'hérésie du XX° siècle" n'est pas née au moment de l'élection de Jean XXIII, et n'est pas morte au moment de celle de Jean-Paul II.

4. Il se trouve que j'ai eu récemment la possibilité de me procurer et de commencer à lire les six volumes de la catéchèse de Jean-Paul II consacrée au Credo et parue aux éditions du Cerf.

5. Au tout début du tome premier, Jean-Paul II cite Saint Marc, chapitre 16, verset 16 : voici comment Jean-Paul II le cite : "Qui croira et sera baptisé sera sauvé."

6. Or, il se trouve que Jésus-Christ lui-même, au même endroit, dans l'Evangile selon Saint Marc, dit : "Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné."

7. Il est tout à fait possible que Jean-Paul II, dans la suite de sa catéchèse sur le Credo, cite d'une manière complète et précise ce verset de Saint Marc, mais, sans qu'il s'agisse pour moi de surinterpréter à charge, je trouve non totalement insignifiant qu'un Souverain pontife commence toute une catéchèse, méthodique et organique, sur le Credo, par cette façon de citer ce passage de l'Evangile.

8. Autre remarque : les anglicans, les protestants, les orthodoxes, les évangéliques, les pentecôtistes, les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les animistes, les hindouistes, les shintoistes, que sais-je encore, auraient "le droit" de rester eux-mêmes, mais l'Eglise catholique aurait "le devoir" de, avant tout, sortir d'elle-même, au point de s'exposer au risque d'être moins elle-même, sous l'angle de la préservation ad intra, mais aussi sous celui de la propagation ad extra, de ses fondamentaux, id est de la radicalité et de la spécificité ce que elle a vocation à annoncer, à enseigner, à préciser, à rappeler, à proclamer, à protéger ? Franchement, je ne le comprends pas, ou plutôt, par avance, je ne l'approuve pas.

9. Par ailleurs, il y a des murs séparateurs, y compris entre les catholiques et les autres chrétiens, qui sont aussi des murs porteurs, pour le plus grand bien spirituel ET surnaturel des catholiques et des autres chrétiens, et non seulement pour le confort mental ou social des catholiques mondanisés : si l'on veut que la maison du Seigneur s'effondre sur ceux ceux-là même qui veulent bien y habiter, non avant tout d'une manière frileuse ou haineuse, pour se mettre à l'écart du monde, mais avant tout d'une manière filiale et aimante, pour se mettre à l'abri, en Dieu, on peut toujours dire que nous n'avons plus vocation à être la lumière du monde, le sel de la terre, ou dire qu'il y a d'autres lumières, d'autres sels, tout aussi légitimes, dans l'ordre spirituel ET surnaturel : le dire et le faire dire, c'est humainement et techniquement possible, mais, d'une part, ce n'est pas en communion, en conformité, avec l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, et, d'autre part, cela a déjà été, et ce serait encore, une source de démobilisation et de désorientation, pour les clercs et les laics.

10. Avec Benoît XVI, nous avons eu droit au "renouveau dans la continuité" ; personne n'était dupe, pas moi, en tout cas, sur le fait qu'il s'agissait davantage de délégitimer ou de marginaliser le rupturisme, militant et partisan, des catholiques humanitaristes, et, dans une moindre mesure, me semble-t-il, celui, subi, et non voulu, des traditionalistes, que de revenir sur la stratégie globale qui a été impulsée et qui est incarnée par le Concile ; en d'autres termes, il s'est agi davantage d'un recentrage, dans le prolongement du pontificat de Jean-Paul II, que d'une tentative de restauration, d'un début de retour à un état antérieur au Concile.

11. Avec le pape François, il est encore trop tôt pour dire quoi que ce soit, mais il ne serait pas sans conséquences que nous ayons droit à un "renouveau sans la continuité", vis-à-vis de Benoît XVI, voire aussi de Jean-Paul II : aucun positionnement n'est a priori, qui plus est avant même d'avoir été formellement mis en forme puis réellement mis en oeuvre, "coupable", mais un tel positionnement, qui serait, pour ainsi dire, "néo-rupturiste", ne serait pas sans préjudices potentiels, notamment en Europe occidentale.

12. La crise que nous vivons est une crise de foi, une crise de la Foi : je ne suis ni un modèle, ni un prophète, mais il me semble qu'il appartient et qu'il incombe aux représentants et aux responsables de l'Eglise catholique de préciser ou de rappeler, ad intra et ad extra, qu'être chrétien, en général, être catholique, en particulier, ce n'est ni facile, ni consensuel, non seulement en matière morale, mais aussi en matière religieuse.

13. A ma connaissance, ni Jean-Paul II, ni Benoît XVI n'étaient jésuites, et le futur Jean-Paul II a été ordonné prêtre juste après 1945, tandis que le futur Benoît XVI a été ordonné prêtre au tout début des années 1950, sous le pape Pie XII.

14. Le pape François est un jésuite, et le futur pape François a été ordonné prêtre en 1969, id est non seulement après le Concile, mais aussi après l'année 1968, et sous le pape Paul VI.

15. Je n'en conclus ou n'en déduis rien de particulier, sous un angle qui relèverait du déterminisme historique, mais cela peut expliquer une tonalité différente, d'autant plus que le pape François est le premier pape non européen, qu'il a été confronté en Amérique latine à la montée en puissance des communautés évangéliques ou pentecôtistes, qu'il ne fait peut-être pas le même diagnostic que ses prédécesseurs, et qu'il n'envisage peut-être pas la même thérapie, ou la même absence de thérapie, que ses prédécesseurs, sur cette montée en puissance.

16. Encore une fois, et comme je l'ai écrit hier soir, nous serons vite fixés ; pour l'heure, soyons donc à la fois bienveillants et vigilants, dans ce domaine comme dans les autres, car la bienveillance sans vigilance rend "candide", et la vigilance sans bienveillance rend "soupçonneux".

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.

     

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