Ne pas nier les faits par Paterculus 2013-02-23 22:02:01 |
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On ne peut pas nier que le développement matériel de l'Afrique a été énorme durant la période coloniale, et que ce développement a été cassé par les indépendances. A cette époque on a introduit la roue et l'écriture, pour ne parler que de cela.
Le drame est que les colonisateurs étaient des athées (je parle des dirigeants) et qu'ils n'ont pas pensé en termes de développement intégral. Ils n'ont pas respecté les souverainetés légitimes.
Mais en même temps on ne doit pas sous-estimer la misère morale de certains peuples. Le cannibalisme était une atrocité et une réalité dans plusieurs peuples. Les comptes-rendus des missionnaires sont horribles.
Ce que vous soulignez du rôle des compagnies montre que, puisque la présence européenne en Afrique était inévitable, ce fut une chance pour les populations africaines que cette présence se fasse dans le cadre juridique de la colonie.
Par exemple, sans ce cadre, l'assassin du bienheureux Isidore Bakanja n'aurait pas été puni.
Et avec les écoles, précisément, les colonisateurs donnaient aux colonisés les moyens intellectuels d'empêcher que les exactions perdurent. Les écrivains du Dahomey (le "Qaurtier Latin de l'Afrique"), par exemple, ne se privaient pas de mettre en scène des administrateurs coloniaux abusant de leurs pouvoirs.
Il n'est pas question de nier les atrocités commises en plus d'un endroit dans les débuts de la colonisation. Et à celle du Congo belge on peut ajouter celles des colonies allemandes, où l'on a vu jusqu'à un "ordre d'anéantissement" (Vernichtungsbefehl) à l'encontre d'un peuple qui s'était soulevé.
Mais pour être juste, il faut aussi dire les bienfaits dans d'autres endroits. Au Dahomey, les troupes françaises sont intervenues pour soutenir le royaume de Porto-Novo agressé par celui d'Abomey.
Et pour les évaluations chiffrées, il faut être extrêmement prudent : les estimations de la population avant la colonie sont, précisément, des estimations. Or ceux qui les ont faites, les explorateurs, ont pu les exagérer pour deux raisons au moins. D'abord, ils progressaient en suivant les axes peuplés, et risquaient d'extrapoler la densité des zones traversées aux zones non explorées parce que dépourvues d'axes de pénétration. Ensuite, tout simplement parce qu'on a naturellement tendance à exagérer l'importance de ce qu'on découvre ; dans ce cas, on ne peut oublier que les explorateurs avaient besoin du soutien financier de généreux donateurs européens.
Ceci dit, je peux moi aussi témoigner de ce que j'ai vu et entendu. Quand je suis arrivé à Bukavu en 1983, mon recteur, un prêtre africain qui avait été vicaire général, me dit que quand dans les années cinquante on a commencé à parler à Léopoldville d'indépendance, à Bukavu on ignorait ce que cela voulait dire - et on désapprouvait toute cette agitation d'arrivistes - la suite a montré qu'on n'avait pas tort ! Mon interlocuteur continua en me citant la répartie d'un maraîcher qui livrait ses produits tous les jours à la résidence du gouverneur : en entendant qu'on y pilait le manioc au lendemain de l'indépendance, il déclara : "Cela ne marchera jamais" Et de fait cela ne marche pas encore vraiment de ce côté-là ! Bref, mon interlocuteur n'était toujours pas un partisan de l'indépendance, plus de vingt ans après.
En arrivant, donc, je n'ai vu qu'un seul confrère qui avait mal vécu la période coloniale, tous les autres l'avaient bien vécue. Ce sont les jeunes, à qui la prétendue éducation civique d'influence marxiste et l'histoire déformée (j'ai vu des manuels...) avaient donné des complexes, qui avaient une appréciation négative de cette période.
Je veux citer un autre fait. Vers 2010, à Cotonou, j'ai rencontré un congolais exilé qui fuyait le régime actuel. Il a été très ému quand je lui ai dit que je connaissais sa région et que je lui ai récité le Pater en swahili. Il m'a expliqué qu'à ses yeux, l'erreur de Mobutu - celle qui avait précipité son pays dans la ruine - était d'avoir rompu avec l'ancienne puissance coloniale : "Il y avait là, disait-il, des gens qui nous aimaient."
On ne doit pas sous-estimer cette amitié qui était née entre bien des Européens et des Africains durant la période coloniale.
Bref, je ne vois pas de raison de comparer les colonies européennes d'Afrique à l'ex-URSS.
Votre dévoué Paterculus
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