Mea Culpa par Mbolo 2013-02-22 17:41:41 |
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Cathos et migrants, Janvier/février 2013
Mea Culpa par Mbolo.
Mû par la curieuse idée d'assister au colloque « Les catholiques et les migrations » qui se tenait un de ces derniers week-end aux Bernardins, organisé par des organismes bien connus, comme le CCFD, ou moins connu, comme le CIEM, au moins ai-je pu préciser l'idée que je me faisais des « catholiques de gauche ».
Et bien, ils sont comme nous - catholiques tout court, ou de droite, ou « tradis » - à ceci près que si nous sommes en permanence occupés à chercher, à comprendre et à suivre la vérité, eux la possèdent, avec toutefois cette particularité qu'il la tressent avec un large choix de mensonges et d'erreurs empruntés le plus souvent à nos pires ennemis, je veux dire aux pires ennemis de la chrétienté...
Il me paraît inutile aujourd’hui de préciser l'identité de ceux-ci tant ils donnent de la voix chaque fois qu'ils croient en avoir l'occasion !
J'ai pu aussi définir, dans ma tête, la place de ces fameux « cathos de gauche » grâce à la précision donnée par l'un de leurs orateurs, un des plus enthousiastes : elle est « à la gauche du Christ. » J'ai alors tenté de rassembler mes souvenirs, revivifiés par l'un des derniers ouvrages de Max Gallo abondamment et magnifiquement illustré. J'en suis arrivé à la constatation que si, sur les tableaux les plus célèbres de la Cène en particulier, et d'autres, on compte le plus souvent cinq apôtres à Sa gauche tout aussi attentifs, enthousiastes ou recueillis que les six qui sont peints à Sa droite, Judas figure en effet le plus souvent (quand il figure) à la gauche du Christ...
De ces demi-vérités, ou de ces mensonges, je ne donnerais que deux exemples.
N'ayant rien de plus pressé que d'attaquer ces chrétiens qui ne sont pas de leur bord un des mensonges qu'il m'a été donné d'entendre concerne la condamnation de l'Action française, rappelée avec délectation par ce même talentueux orateur à propos des « migrations » ! Or, sans insister sur son rapport trop évident au sujet traité, il savait pertinemment qu'elle avait été rapportée comme non fondée, dès avant la guerre, cette condamnation – mais il n'a pas pu s'empêcher de faire agir une fois encore le venin de la calomnie...
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...
Dans le genre des fausses vérités le président du CIEM, orateur agité, nous a plutôt assuré de l'importance primordiale de l'engagement dans la Résistance tant des Rouges espagnols que des Juifs polonais : sans eux, que serions-nous devenus. Je ne doute pas un seul instant qu'il y en ait eu, des Rouges, et des Juifs, de là à en faire le gros des bataillons...
Il y eut, après des interventions fort brillantes, deux périodes de questions qui suscitèrent les réponses les plus convenues, de celles que l'on peut lire à loisir dans toute la presse « bien pensante », du Monde à La Croix. Et j'avais le sentiment d'écouter, d'entendre plutôt, un dialogue décalé, où les mots ne portaient pas, pour avoir perdu leur signification. Et il m 'est apparu soudain que le problème était dramatiquement mal posé.
Il n' y aurait en effet nul migrant, ou du moins des migrations parfaitement contrôlées si nous avions continué à administrer nos possessions africaines. Il n' y aurait pas de migrations parce que ces pays auraient encore, et de plus en plus, un avenir. Ils se développeraient dans l'ordre colonial – oui, colonial, puisque nous y étions, et que nous aurions dû nous acquitter de nos devoirs là-bas et n'en partir qu'une fois notre tâche achevée. Notez bien que je ne dis pas que nous aurions dû y aller, mais que nous aurions dû y rester jusqu'à l'achèvement de notre tâche en effet !
Et comme ils s'enfermaient dans le lac des opinions conformistes, mille fois rabâchées, dénonçant pêle-mêle le « colonialisme », la France-Afrique, et la cupidité des intérêts apatrides – pardon, des compagnies coloniales – il m'est venu à l'idée de témoigner, de ma vie, de mon expérience, et surtout, surtout de restituer ces témoignages que j'ai reçu, là-bas, dans différents coins d'Afrique, par trois fois - oui, par trois fois.
De quoi s'agit-il ? De témoignages d'Africains, en tête-à-tête, et sans les chercher, parce que si telle avait été ma démarche j'en aurai trouvé par centaines...
Voilà dans quelles circonstances je les ai encaissés ces témoignages :
Première expérience : M 'étant porté aux avant-postes d'une de nos courses d'orientation, dans la brousse des environs de Dakar, je tombe soudain sur un villageois rentrant de ses plantations de manioc. Comme il se fige en me saluant à la romaine, je m'arrête, trempé de sueur. Il me tend alors la main, puis se saisit de mon bras qu'il sert comme dans un étau. Il sait parfaitement d'où je viens, qui je suis : un membre des forces françaises dont les locaux sont à quelques kilomètres du lieu de notre rencontre. Et, après l'habituel échange des salutations, en wolof, il me dit en me fixant droit dans les yeux : « Pourquoi vous êtes partis ? »
Il a à peu près mon âge, lui comme moi avons connu « l'avant », et je n'ai pas besoin d' explications supplémentaires pour comprendre ce qu'il veut me dire, il parle évidemment de leur indépendance bâclée, octroyée comme à des gosses encombrants, pour s'en débarrasser. « Pourquoi vous êtes partis ? » me répète-t-il.
Hébété, dépassé, profondément ému pour l'avoir trop bien compris, je ne peux que lui souffler un « Je ne sais pas » qui exprime une impuissance irresponsable.
Débouche alors dans la clairière le premier de mes poursuivants. Mon Wolof, lui aussi, comprend au quart de tour et, me lâchant le bras, me crie : « Va, et défends-toi ! » et je reprends ma course pour défendre en effet un classement bien futile... Mais cette question éructée d'une voix rauque me hante : « Pourquoi vous êtes partis ? »
Deuxième expérience, l'Afrique de la forêt cette fois : Avec quelques amis nous passons un long week-end dans l'une de ces vastes missions de l'Afrique de Tintin au Congo désertées après Vatican II suivant les principes de Nostra Aetate. Quelques paillotes en ont été transformées en sorte de chambres d'hôtes, au bord de la lagune...
Au cours de la veillée que nous organisons quelques villageois du voisinage sont venus partager nos agapes et nous bercer de leurs chants. Sur la place principale de la mission abandonnée nous vivons entre nous ce moment de convivialité autour du feu. L'un des plus anciens, peut-être le chef de village, est venu se placer à côté de moi. Nous parlons de choses et d'autres quand, en fin de soirée, les chants se sont tus. Me désignant alors d'un geste large l'ensemble de la mission désertée, et vrillant ses yeux dans les miens, mon interlocuteur m'ébranle encore jusqu'au fond du cœur, reprenant comme en écho de son lointain frère sénégalais cette question lancinante : « Pourquoi vous êtes partis ? Pourquoi ? » Et, dérobant mon regard déjà humide, je ne puis que lui murmurer : « Je ne sais pas », et répéter encore « Je ne sais pas . »
Voilà ce que je voulais dire, ce que j'aurais dû dire, en conclusion de leur sacré colloque, sans craindre de lever un « buzz », de susciter une « bronca »...
Et alors ?
Je leur devais la vérité, je leur devais cette vérité, autant à mes « témoins » qu'à ces cathos de gauche !
Jamais les saints ne se sont tus...
Mea culpa, mea maxima culpa.
PS : La troisième expérience, je la garderai pour moi ...
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