La fin du mythe de la convergence programmatique. par Scrutator Sapientiæ 2013-01-18 11:03:53 |
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Bonjour Aigle,
1. C'est peut-être la fin, sous nos yeux, du mythe de la convergence programmatique entre christianisme catholique et démocratie libérale.
2. Ce mythe a une réalité et est une réalité ; je veux dire par là que ce n'est pas moi qui suis en train d'en imaginer l'existence, cette croyance ecclésiale officielle en la convergence entre christianisme catholique et démocratie libérale figurant quasiment en toutes lettres dans Gaudium et Spes.
" 73. La vie publique aujourd’hui
1. De profondes transformations se remarquent aussi de nos jours dans les structures et dans les institutions des peuples ; elles accompagnent leur évolution culturelle, économique et sociale. Ces changements exercent une grande influence sur la vie de la communauté politique, notamment en ce qui concerne les droits et les devoirs de chacun dans l’exercice de la liberté civique et dans la poursuite du bien commun, comme pour ce qui regarde l’organisation des relations des citoyens entre eux et avec les pouvoirs publics.
2. La conscience de la dignité humaine est devenue plus vive. D’où, en diverses régions du monde, l’effort pour instaurer un ordre politico-juridique dans lequel les droits de la personne au sein de la vie publique soient mieux protégés : par exemple, les droits de libre réunion et d’association, le droit d’exprimer ses opinions personnelles et de professer sa religion en privé et en public. La garantie des droits de la personne est en effet une condition indispensable pour que les citoyens, individuellement ou en groupe, puissent participer activement à la vie et à la gestion des affaires publiques.
3. En étroite liaison avec le progrès culturel, économique et social, le désir s’affirme chez un grand nombre d’hommes de prendre davantage part à l’organisation de la communauté politique. Dans la conscience de beaucoup s’intensifie le souci de préserver les droits des minorités à l’intérieur d’une nation, sans négliger pour autant leurs obligations à l’égard de la communauté politique. De plus, le respect de ceux qui professent une opinion ou une religion différentes grandit de jour en jour. En même temps, une plus large collaboration s’établit, capable d’assurer à tous les citoyens, et non seulement à quelques privilégiés, la jouissance effective des droits attachés à la personne.
4. On rejette au contraire toutes les formes politiques, telles qu’elles existent en certaines régions, qui font obstacle à la liberté civile ou religieuse, multiplient les victimes des passions et des crimes politiques et détournent au profit de quelque faction ou des gouvernants eux-mêmes l’action de l’autorité au lieu de la faire servir au bien commun.
5. Pour instaurer une vie politique vraiment humaine, rien n’est plus important que de développer le sens intérieur de la justice, de la bonté, le dévouement au bien commun, et de renforcer les convictions fondamentales sur la nature véritable de la communauté politique, comme sur la fin, le bon exercice et les limites de l’autorité publique.
74. Nature et fin de la communauté politique
1. Individus, familles, groupements divers, tous ceux qui constituent la communauté civile, ont conscience de leur impuissance à réaliser seuls une vie pleinement humaine et perçoivent la nécessité d’une communauté plus vaste à l’intérieur de laquelle tous conjuguent quotidiennement leurs forces en vue d’une réalisation toujours plus parfaite du bien commun [154]. C’est pourquoi ils forment une communauté politique selon des types institutionnels variés. Celle-ci existe donc pour le bien commun ; elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification et c’est de lui qu’elle tire l’origine de son droit propre. Quant au bien commun, il comprend l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement [155].
2. Mais les hommes qui se retrouvent dans la communauté politique sont nombreux, différents, et ils peuvent à bon droit incliner vers des opinions diverses. Aussi, pour empêcher que, chacun opinant dans son sens, la communauté politique ne se disloque, une autorité s’impose qui soit capable d’orienter vers le bien commun les énergies de tous, non d’une manière mécanique ou despotique, mais en agissant avant tout comme une force morale qui prend appui sur la liberté et le sens de la responsabilité.
3. De toute évidence, la communauté politique et l’autorité publique trouvent donc leur fondement dans la nature humaine et relèvent par là d’un ordre fixé par Dieu, encore que la détermination des régimes politiques, comme la désignation des dirigeants, soient laissées à la libre volonté des citoyens [156].
4. Il s’ensuit également que l’exercice de l’autorité politique, soit à l’intérieur de la communauté comme telle, soit dans les organismes qui représentent l’État, doit toujours se déployer dans les limites de l’ordre moral, en vue du bien commun (mais conçu d’une manière dynamique), conformément à un ordre juridique légitimement établi ou à établir. Alors les citoyens sont en conscience tenus à l’obéissance [157]. D’où, assurément, la responsabilité, la dignité et l’importance du rôle de ceux qui gouvernent.
5. Si l’autorité publique, débordant sa compétence, opprime les citoyens, que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement requis par le bien commun ; mais qu’il leur soit cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique.
6. Quant aux modalités concrètes par lesquelles une communauté politique se donne sa structure et organise le bon équilibre des pouvoirs publics, elles peuvent être diverses, selon le génie propre de chaque peuple et la marche de l’histoire. Mais elles doivent toujours servir à la formation d’un homme cultivé, pacifique, bienveillant à l’égard de tous, pour l’avantage de toute la famille humaine. "
3. Notamment dans les chapitres 2 et 4 de la deuxième partie de GS, on a déradicalisé et désubstantialisé le vocabulaire et les argumentaires, qui auraient dû être beaucoup plus d'inspiration intrinsèquement chrétienne, et on s'est approprié, puis on a utilisé, un vocabulaire et des argumentaires "venus d'ailleurs", en espérant que cela contribuerait ainsi à la constitution d'un amalgame.
4. Ce que l'on a emprunté à la démocratie libérale, à la conception libérale de l'esprit public et des pouvoirs publics, on l'a emprunté, non à taux fixe, mais à taux variable, je dirais même à taux ascendant, et aujourd'hui, le remboursement est devenu impossible.
5. Voici une autre manière de dire la même chose : on a entendu recourir à un certain nombre de notions : la conscience, la construction, la dignité, la liberté, la communauté, la personne, peut-être aussi la destinée et le devenir, d'une manière, c'est le moins que l'on puisse dire, non seulement non controversiste ou post-controversiste, mais aussi anti-controversiste.
6. Ce positionnement anti-controversiste a été gravé dans le marbre du Concile, dans le cadre d'une acceptation englobante ayant valeur d'approbation générale
- de la civilisation et de la dynamisation de l'esprit public, dans l'acception libérale de l'esprit public,
- de l'organisation des pouvoirs publics et de la participation aux pouvoirs publics, dans l'acception libérale des pouvoirs publics.
7. Or, sur quoi repose cette acception libérale, sinon sur une dynamique d'accélération, d'actualisation, d'amplification permanentes, de la soumission de l'esprit public et des pouvoirs publics à l'évolutionnisme et à l'opportunitarisme, à l'individualisme et à l'utilitarisme ?
8. C'est exactement comme si on avait entendu trouver un point d'équilibre évolutif entre la loi naturelle, celle dont le respect édifie les coeurs et les moeurs, et une loi historique, celle dont les respect émancipe les individus et les communautés...y compris vis-à-vis de ce qui les édifie.
9. A un moment donné, il y a un conflit frontal entre les valeurs modernes et les vertus chrétiennes, parce que, à un moment donné, il est agréable et profitable aux concepteurs, aux prescripteurs, aux promoteurs et aux diffuseurs de l'actualisation et de la valorisation contemporaines des valeurs modernes (y compris par intérêt financier), de proclamer clairement et fermement que les vertus chrétiennes constituent un obstacle potentiel à la mise en forme puis en oeuvre de cette actualisation et de cette valorisation, car cette actualisation et cette valorisation sont l'incarnation d'un "bien mieux" ou d'un "très bien", dynamiquement orienté vers l'Avenir, alors que les vertus chrétiennes sont la survivance d'un "moins bien" ou d'un "pas bien", statiquement adossé au passé.
10. Et surtout, que l'on n'aille pas raconter qu'il était impossible, dans les années 1960, de pressentir ce qu'allait devenir la soumission de l'esprit public et des pouvoirs publics à l'acception libérale dont je viens de parler, alors que cette soumission à cette acception libérale est apparue, dès le début des années 1950, dans le monde occidental, dans le cadre de ce que j'ai déjà appelé "le cinquantisme".
Faute de temps, je ne développe pas davantage, mais je suis évidemment demandeur et preneur de toute remarque et suggestion, à propos du présent message.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.
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