D'autres disciplines sont confrontées au problème. par Scrutator Sapientiæ 2012-12-24 12:03:11 |
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Rebonjour,
Considérez attentivement l'histoire de la philosophie politique et l'histoire de l'économie politique, et vous constaterez l'apparition, puis la réussite, du même phénomène : à un moment donné, le pouvoir intellectuel officiel y est conquis, puis y est gardé, le plus longtemps possible, par un courant de pensée,
a) qui, au départ, n'est qu'un courant de pensée parmi d'autres, au sein de la discipline concernée,
b) qui, ensuite, se fait passer pour le seul courant de pensée vraiment légitime, et totalement légitime, car incontestable, incontournable, indépassable et indispensable, donc définitivement indéboulonnable et indémantelable,
c) qui, enfin, considère de haut et de loin toutes les autres visions englobantes, même fondées, qui s'expriment au sein de la même discipline, en jugeant ces visions anciennes, dépassées, périmées, non autorisées ou non-orthodoxes, car pré-critiques ou pré-scientifiques.
C'est ainsi qu'en philosophie politique, le pouvoir intellectuel a été conquis puis gardé par des auteurs qui considèrent globalement qu'en amont de la fin du XVIII° siècle, la philosophie politique n'est pas inexistante, n'est pas illégitime, mais est moins légitime qu'en aval de cette période, car il s'agit encore d'une philosophie politique pré-critique, dans l'acception kantienne de ce terme.
De même, en économie politique, le pouvoir intellectuel a été conquis puis gardé par des auteurs qui estiment en substance qu'en amont de la fin du XIX ° siècle, l'économie politique n'est pas inintelligente, n'est pas inintéressante, mais est moins légitime qu'en aval de cet auteur, car il s'agit encore d'une économie politique pré-scientifique, dans l'acception walrasienne de ce terme.
Or, c'est avec cette manière de procéder, hégémoniste, historiciste, réductionniste, totalisante, que l'on en arrive à priver les personnes qui étudient ces deux disciplines des appropriations et des interrogations relatives aux questions les plus fondamentales, qui sont avant tout des questions philosophiques, et non avant tout des questions d'ordre critique, dans l'acception kantienne du terme, ou des questions d'ordre scientifique, dans l'acception walrasienne du terme.
Que vaut une philosophie politique qui considère comme "attendrissante" ou comme candide la question de la provenance et de la destination du bien commun dans la cité, ou la question de la cause finale de la cité, la question, en d'autres termes, de l'origine, de la finalité, et des fondamentaux, du vivre ensemble ?
Que vaut une économie politique qui considère comme "exaspérante" ou comme na-i-ve une vision éthique humaniste, ou une vision tout simplement non marginaliste (mais ouverte sur les origines et les conséquences concrètes et globales du comportement des acteurs), sur la théorie de l'équilibre général de Walras ?
Apparemment, ce qui précède n'a rien à voir avec l'exégèse et la théologie modernistes ; en réalité, nous sommes en présence du même phénomène d'acquisition ou de conquête, puis de conservation ou de maîtrise, du pouvoir intellectuel, de la part d'exégètes et de théologiens qui ont réussi à faire croire que leur manière de faire de l'exégèse, adossée à une méthode historico-critique, et de la théologie, adossée à un système herméneutique-adogmatique, est définitivement la seule bonne manière de faire de l'exégèse et de la théologie.
Bonne journée.
Scrutator.
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