En finir, ou pas, avec le "gaudium-et-spisme". par Scrutator Sapientiæ 2012-12-16 09:01:41 |
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Bonjour et bon dimanche, Paterculus.
A. Je prends ici appui sur la toute première phrase de Gaudium et Spes :
" Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. "
B. Je constate en effet que Benoît XVI utilise une partie de cette phrase, au début de cette phrase :
" À 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II qui a permis de renforcer (? !)la mission de l’Église dans le monde, il est encourageant de constater que les chrétiens – peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes – s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses [1], annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous. "
" s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses " : comme il ne peut pas s'agir des joies et des espoirs de l'histoire, ni des joies et des espoirs du monde, je suppose qu'il s'agit des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses de l'homme, des hommes, du genre humain ou de l'humanité.
C. Je cite à nouveau les deux phrases évoquées, celle de Gaudium et Spes, et celle de Benoît XVI, cette fois-ci, dans leur contexte, pour que l'on ne puisse pas me dire que mon raisonnement repose sur une appréciation partiale ou partielle de leur signification :
1. : " Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. "
2. : " Chaque année nouvelle porte en elle l’attente d’un monde meilleur. Dans cette perspective, fondée sur la foi, je prie Dieu, Père de l’humanité, de nous donner la concorde et la paix afin que puissent se réaliser pour tous les aspirations à une vie heureuse et prospère.
À 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II qui a permis de renforcer (? !) la mission de l’Église dans le monde, il est encourageant de constater que les chrétiens – peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes – s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses, annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous.
Notre temps en effet, marqué par la mondialisation, avec ses aspects positifs et négatifs, mais aussi par des conflits sanglants toujours en cours et par des menaces de guerre, demande un engagement renouvelé et collectif pour la recherche du bien commun, du développement de tous les hommes et de tout l’homme. "
D. D'une part, j'affirme que la première phrase de Gaudium et Spes pose un véritable problème de fond : d'une part, il y a bien des joies et bien des espoirs, bien des tristesses et bien des angoisses des non chrétiens, en général, des non catholiques, en particulier, qui ne sont pas de même fondement ni de même contenu, de même nature ni de même portée, qu'une partie des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des chrétiens, en général, et notamment des catholiques.
E. D'autre part, j'estime que la même première phrase de Gaudium et Spes pose d'autant plus un véritable problème de fond, ou plutôt, manifeste, en creux, le fait qu'elle pose un véritable problème de fond, sous l'angle de l'ambivalence de ce que serait "une clause de réciprocité", que la phrase en question, je le reconnais sans difficultés, ne comporte pas, mais je n'ai pas le temps de m'assurer que GS, dans son ensemble, exclut clairement et franchement une telle clause.
F. En effet, même s'il "n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur", POUR AUTANT, "les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ" NE SONT PAS AVANT TOUT NI SEULEMENT "les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent."
G. Nos contemporains non catholiques ne sont plus "sur la même longueur d'ondes" que leurs contemporains catholiques, en bon nombre de leurs joies et en bon nombre de leurs peines, et ce qu'il y a de plus surnaturellement chrétien, de plus théologalement chrétien, dans nos joies et dans nos peines, "ne parle plus", au moins depuis 1945, et surtout depuis le début des années 1960, à nos contemporains non catholiques.
H. Dans quel domaine ne sont-ils plus "sur la même d'ondes", et dans ordre cela "ne leur parle-t-il plus ? Il me semble que c'est notamment dans le domaine culturel, en relation avec le domaine cultuel, si l'on préfère, dans l'ordre religieux et spirituel.
I. Bien des joies et bien des peines de bon nombre de nos contemporains non catholiques sont à la fois vraiment humaines et, sinon aux antipodes, du moins à grande distance, culturelle et spirituelle, du christianisme, et, en particulier, du christianisme catholique.
J. Et bien des joies et des peines de bon nombre de nos contemporains catholiques, notamment des joies et des peines situées, pour ainsi dire, au carrefour du culturel et du spirituel, sont complètement "hors-champ", pour ne pas dire "hors-jeu", pour un pleu plus qu'une petite minorité de leurs contemporains non catholiques.
K. Je n'aime pas parler de moi, mais je vous assure que cela me met le coeur en joie, notamment, de prier, de lire la Parole de Dieu, de recevoir l'Evangile et l'Eucharistie, de me rendre disponible et responsable dans le Christ, par et pour le seul vrai Dieu, notamment à la messe.
L. Je dois être bête, mais il me semble que la "coopération intérieure" entre des efforts humains, imparfaits, imprécis, incomplets, ou, en tout cas, limités, et la grâce divine, surabondante et surnaturelle, constitue une source de joie, et il me semble aussi que la prise de conscience de tout ce qui est coupable et qui fait obstacle à cette "coopération intérieure" est une source de peine.
M. Je dois être bête, et Dieu sait que je ne suis pas polarisé sur ce que j'appelle la logique de chrétienté institutionnelle, mais c'est toujours une joie, pour moi, de voir des images de tel ou tel pèlerinage, que ce soit à Chartres ou à Lourdes, et c'est toujours une peine, pour moi, de voir les conséquences désastreuses d'une certaine forme de décatholicisation interne à l'Eglise elle-même, et d'une certaine forme de déchristianisation propre à l'Europe actuelle.
N. Je vous prie de bien vouloir m'excuser, si jamais ce qui précède relève "du grand n'importe quoi", ou est situé "à côté de la plaque" ; volontairement, je ne me situe pas ici sur le terrain de la proximité ou de la solidarité entre les chrétiens et les non chrétiens, dans l'ordre du bien-être corporel et dans l'ordre du bien-être matériel.
Mais il me semble que la différence entre le christianisme catholique contemporain, qui n'est jamais, je le crois et je l'espère, que la forme contemporaine du christianisme catholique "tout court", les différences entre les chrétiens catholiques contemporains et, si j'ose dire, les humains non catholiques contemporains, ne sont pas à négliger, à passer sous silence, mais, au contraire, à mettre en avant et en valeur, dans l'ordre culturel et spirituel, et sur le terrain des joies et des peines.
Encore une fois, je suis vraiment désolé, si ce qui précède est disproporitionné ou inapproprié, mais je porte en moi ce qui précède depuis trop longtemps pour ne pas l'écrire ; je vous remercie par avance pour votre bienveillance et votre indulgence, et je vous souhaite un bon dimanche.
Je ne sais si ce qui suit est ou non pleinement en phase avec ce que je viens d'écrire, mais je l'insère néanmoins, d'autant plus que sa traduction en français est introuvable, sur le site du Saint Siège.
Gaudete in Domino.
Scrutator.
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