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C'était l'argument de Jean XXIII, au début du Concile.
par Scrutator Sapientiæ 2012-12-12 07:45:26
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Bonjour Mauwgan,

Voici un extrait, capital, décisif, du discours d'ouverture du Concile prononcé par Jean XXIII, le 11 octobre 1962 :

( COMMENT RÉPRIMER LES ERREURS )

" Au moment où s'ouvre ce IIe Concile oecuménique du Vatican, il n'a jamais été aussi manifeste que la vérité du Seigneur demeure éternellement. En effet, dans la succession des temps, nous voyons les opinions incertaines des hommes s'exclure les unes le autres, et bien souvent à peine les erreurs sont-elles nées qu'elles s'évanouissent comme brume au soleil.

L'Eglise n'a jamais cessé de s'opposer à ces erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd'hui, l'Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. Certes, il ne manque pas de doctrines et d'opinions fausses, de dangers dont il faut se mettre en garde et que l'on doit écarter; mais tout cela est si manifestement opposé aux principes d'honnêteté et porte des fruits si amers, qu'aujourd'hui les hommes semblent commencer à les condamner d'eux-mêmes. C'est le cas particulièrement pour ces manières de vivre au mépris de Dieu et de ses lois, en mettant une confiance exagérée dans le progrès technique, en faisant consister la prospérité uniquement dans le confort de l'existence. Les hommes sont de plus en plus convaincus que la dignité et la perfection de la personne humaine sont des valeurs très importantes qui exigent de rudes efforts. Mais ce qui est très important, c'est que l'expérience a fini par leur apprendre que la violence extérieure imposée aux autres, la puissance des armes, la domination politique ne sont pas capables d'apporter une heureuse solution aux graves problèmes qui les angoissent.

L'Eglise catholique, en brandissant par ce Concile oecuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation, veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d'elle. A l'humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l'aumône : « De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche. » (Actes, 3, 6.) Certes, l'Eglise ne propose pas aux hommes de notre temps des richesses périssables, elle ne leur promet pas non plus le bonheur sur la terre, mais elle leur communique les biens de la grâce qui élèvent l'homme à la dignité de fils de Dieu et, par là, sont d'un tel secours pour rendre leur vie plus humaine en même temps qu'ils sont la solide garantie d'une telle vie. Elle ouvre les sources de sa doctrine si riche, grâce à laquelle les hommes, éclairés de la lumière du Christ, peuvent prendre pleinement conscience de ce qu'ils sont vraiment, de leur dignité et de la fin qu'ils doivent poursuivre. Et enfin, par ses fils, elle étend partout l'immensité de la charité chrétienne, qui est le meilleur et le plus efficace moyen d'écarter les semences de discorde, de susciter la concorde, la juste paix et l'unité fraternelle de tous. "

D'une part, il me semble que la miséricorde, en l'occurrence la miséricorde spirituelle, est due aux personnes qui sont dans l'erreur, et non aux doctrines ni aux pratiques erronées.

D'autre part, si la miséricorde, au bénéfice et à destination des personnes, est toujours bonne, la sévérité, en direction et vis-à-vis des doctrines et des pratiques, n'est pas toujours mauvaise ; je veux dire par là que la mise en opposition, pour ainsi dire "principielle", entre la miséricorde et la sévérité, peut aller jusqu'à une vision uniquement négative de la sévérité, alors qu'elle peut, et parfois doit, être envisagée, voire utilisée, comme un moyen, au service de la miséricorde.

Enfin, à mon sens, le premier paragraphe de cet extrait du discours de Jean XXIII est à la fois annonciateur et introductif d'une grande partie du déploiement du verbe et du geste conciliaires :

" Au moment où s'ouvre ce IIe Concile oecuménique du Vatican, il n'a jamais été aussi manifeste que la vérité du Seigneur demeure éternellement. En effet, dans la succession des temps, nous voyons les opinions incertaines des hommes s'exclure les unes le autres, et bien souvent à peine les erreurs sont-elles nées qu'elles s'évanouissent comme brume au soleil. "

Je crois au contraire que la grande leçon des cinq derniers siècles tient en ceci, qui s'oppose au "nous voyons" de Jean XXIII :

- d'une part, la persistance ou la résilience des erreurs, tout au long d'un même siècle, voire à travers plusieurs siècles ;

- d'autre part, l'aptitude et l'aspiration des hommes à passer, non avant tout d'une erreur séduisante à la vérité convaincante, mais avant tout d'une erreur séduisante à une autre erreur séduisante ;

- enfin, le phénomène le plus marquant des dernières décennies : l'indifférenciation contemporaine entre l'erreur et la vérité, le "bien" étant situé, dans l'esprit de beaucoup, ou bien en-deçà, ou bien au-delà, du vrai et du faux, dans l'ordre de la Foi comme dans celui des moeurs.

Trente-et-un ans après ce discours de Jean XXIII, nous avons eu droit à la lettre encyclique de Jean-Paul II Veritatis Splendor, qui contredit l'irénisme et l'optimisme de Jean XXII :

Veritatis Splendor.

Ce ne sont pas "les prophètes de malheur" dénoncés et fustigés par Jean XXIII, dans le même discours, qui lui ont apporté la contradiction la plus consistante : c'est la réalité qui s'en est chargée elle-même, d'une part, avant et pendant le Concile, d'autre part, après et depuis le Concile.

Bonne journée.

Scrutator.

     

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