Vous avez raison sur les deux tableaux. par Scrutator Sapientiæ 2012-12-04 23:27:41 |
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Bonsoir et merci, jejomau.
D'une part, vous avez raison d'évoquer la nécessité
a) de reprendre périodiquement contact avec les fondements du modernisme, qui ont été, à l'époque, inventoriés ou répertoriés par le Saint Père et par le Saint Siège, dans une logique d'auto-défense disciplinaire et théologique, remédiatrice et sanctionnatrice,
b) de prendre conscience du fait que cette manière, herméneutique, d'adosser la théologie à une philosophie post-métaphysique, fait tellement partie du climat ambiant qu'elle est considérée comme allant de soi, comme évidente, comme totalement légitime, par bien des catholiques, qui en connaissent rarement les sous-bassements.
Il y a cinq ans, c'était le 100ème anniversaire de Lamentabili et de Pascendi ; il serait intéressant, en tout cas je le crois, de voir dans quelle mesure ces documents, en nous parlant du modernisme d'hier, nous parlent aussi, ne serait qu'en partie, du néo-modernisme ou de l'herméneutisme d'aujourd'hui.
D'autre part, vous avez également raison d'évoquer la nécessité de mener une contre-offensive académique, à l'intérieur des structures de formation de ceux qui seront les fidèles adultes de demain.
L'enjeu, j'essaie de le formuler comme je peux, n'est autre que la réception et la transmission
- des principes et fondements, réalistes et ouverts sur la réception de la transcendance,
et non
- des méthodes ou procédés, idéalistes et ouverts sur l'exaltation de l'immanence,
des principes et fondements de l'accès à la vérité objective, et de l'accueil de la vérité objective, dans le domaine religieux.
J'ajoute ici le point suivant :
Le catholique honnête homme, au sens de : le catholique qui pratique l'honnêteté intellectuelle, a vocation à être réaliste, à faire preuve d'objectivité, de tout son esprit et de tout son coeur, non seulement dans le domaine religieux, mais aussi dans les autres domaines ; c'est bien souvent ce qui fait de lui à la fois un fidèle exigeant, vis-à-vis de ceux qui sont à la tête de l'Eglise, et un citoyen exigeant, vis-à-vis de ceux qui sont à la l'Etat, exigeant s'entendant ici dans le meilleur sens du terme.
A l'opposé, et cela, je ne suis certainement pas le seul à l'avoir remarqué, le catholique qui n'adhère pas fermement à la vérité objective en matière religieuse n'adhère pas davantage à la vérité objective dans d'autres domaines, notamment dans sa relation à l'histoire passée et présente : c'est cette attitude là qui aboutit à ce que certains se conforment à l'esprit du temps ou se transforment en centristes suivistes, qui n'objectent presque jamais quoi que ce soit à personne, notamment s'ils confondent sincérité et véracité.
Or, il me semble que, en religion comme en d'autres domaines, il est possible d'adhérer sincèrement à une erreur, mais il me semble aussi que le fait d'y adhérer sincèrement ne transforme pas cette erreur en autre chose qu'une erreur.
Une dernière remarque : les théologiens herméneutes contemporains n'occupent pas tous nécessairement les lieux de pouvoir éditorial ou intellectuel qu'ils occupent parce qu'ils sont les meilleurs théologiens du moment, mais il est possible qu'ils les occupent en partie dans le cadre de la mise en oeuvre d'une stratégie collective de confiscation des places et de cooptation sur ces places.
C'est comme cela que cela se passe, à l'Université, dans certaines disciplines, en sciences humaines ou en sciences sociales, et je ne vois vraiment pas pourquoi cela fonctionnerait différemment, dans telle édition théologique ou dans tel institut théologique, compte tenu de ce qu'est devenu, depuis déjà plusieurs décennies, le paysage intellectuel catholique.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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