Considérons plutôt ici la "religisation" de la liberté. par Scrutator Sapientiæ 2012-07-29 19:50:10 |
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Bonjour et bon dimanche, Abbé Néri,
1. Considérer la liberté religieuse, reconnue par l'Eglise au Concile, même en disant aussitôt qu'il (ne) s'agit, notamment, "presque" (que) de ceci :
a - la consécration magistérielle du droit fondamental et universel à l'exercice des libertés, notamment publiques (association, information, expression, réunion), en matière religieuse,
b - au bénéfice indéterminé, ou à destination indiscriminée, des chrétiens et des non chrétiens, des croyants et des non croyants,
c - sur la base (à mon sens, fragile) de la dignité de la personne humaine,
d - dans le cadre et le respect de l'ordre public (à mes yeux, imprécis),
e - les Etats, qu'on s'en attriste ou qu'en s'en réjouisse, n'ayant plus, dans le cadre de DH, à préjuger de la vérité ou de la fausseté de telle ou telle religion, pour élargir ou limiter l'accès à ce droit et à son exercice,
revient "peut-être" à agiter une nouvelle fois un chiffon rouge devant les yeux de bien des liseurs du FC, ce que je vais essayer d'éviter aujourd'hui.
2. On se concentre souvent "beaucoup" sur la notion de liberté religieuse, en oubliant parfois de dire "un peu" que si, au Concile, l'Eglise avait affirmé, beaucoup plus clairement, et beaucoup plus fermement, ceci :
a - ce n'est pas parce qu'elle reconnaît et souhaite l'égal accès de chacun et de tous à la liberté religieuse, donc au bénéfice des libertés, notamment publiques, en matière religieuse, dans l'ordre "juridico-politique",
b - qu'elle affirme de ce fait que toutes les religions sont également inspirées par Dieu, également libératrices et responsabilisantes, également vraies et justes, également surnaturelles et théologales, dans l'ordre "pneumatico-religieux",
nous n'en serions probablement pas là où nous en sommes aujourd'hui.
3. L'Eglise catholique a cru devoir ou a su pouvoir reconnaître la liberté religieuse, au moment précis où l'on a assisté à la manifestation d'une révolution "anthropologico-civilisationnelle", à mon avis sans précédent, dans toute l'histoire de l'humanité : la "religisation" de la liberté et de la libido, ou, si vous préférez,
a - l'élévation, au rang de religion, de l'expression de la liberté individuelle et de la libido individuelle,
b - l'intensification et la surlégitimation de la sensibilité et de la sensualité individuelles,
non seulement en matière morale, mais aussi en matière religieuse.
4. C'est la moindre des choses qu'il y ait eu un malentendu de très grande ampleur, et surtout un choc frontal violent, avec d'innombrables dégâts collatéraux, au moment et surtout en aval du télescopage
- entre cette reconnaissance, par l'Eglise, de la liberté religieuse, qui n'a pas été suivie de la reconnaissance, par elle, de la liberté morale, dans l'acception hédoniste ou permissive de ce terme,
- et cette manifestation, dans le monde, de cette "religisation" de la liberté et de la sensibilité, de la libido et de la sensualité, dans la même acception, hédoniste ou permissive, de ces termes.
5. Volontairement, je n'en dirai pas beaucoup plus, mais enfin, cette "religisation" de la liberté et de la libido
(en réalité : non de la liberté, mais de la licence, mais qui connaît aujourd'hui le sens de ce mot, dans cette acception morale ?),
non seulement en matière morale, mais aussi en matière religieuse, constitue, de mon point de vue, la clef de compréhension
a - du fait que beaucoup se soient débarrassés de tout "sur-moi" moral et religieux un tant soit peu normatif, objectif, et traditionnel, au point et au risque de s'en remettre à un "sur-moi" de substitution,
- non plus "pneumatique", mais "médiatique",
- non plus traditionnel, mais audio-visuel,
- non plus vraiment cultuel mais faussement culturel,
b - du fait que beaucoup veuillent bien croire en "Dieu", mais à condition que leur orientation confessionnelle, religieuse, sapientielle ou spirituelle, soit réagencée, reformatée, pour être mise "en phase" avec leur identité existentielle, avec leur "moi", insulaire et souverain,
- non avant tout au moment d'une conversion, qui comporte toujours une part de renoncement, de sacrifice, vis-à-vis d'une partie de soi-même, y compris vis-à-vis d'une partie de son identité existentielle, ou en tous cas de sa sensibilité et de sa subjectivité individuelles,
- mais avant tout au moyen d'une subordination de leur orientation confessionnelle au respect quasiment absolu, religieux (nous y sommes), de leur sensibilité et de leur subjectivité, même si elles sont adolescentes ou adulescentes, changeantes ou mouvantes, errantes ou faillibles, imprécises ou incertaines.
6. Il est normal que la "religisation" de la liberté et de la libido ait abouti, parallèlement et simultanément, à la délégitimation et à la dévalorisation de la vérité objective, en matière morale et en matière religieuse, puisque "l'authenticité" et la "légitimité" A PRIORI de tout mode d'affirmation et d'exercice de la liberté subjective, donc de toute sensibilité et subjectivité individuelles
(dès lors qu'elles sont un tant soit peu respectueuses de cette "liberté" morale et religieuse, pour elles-mêmes et pour les autres)
s'est substituée aux références antérieures qui étaient, elles, placées sous le double signe
- du constat de la solidité et de la véracité,
- du respect de l'autorité et de l'orthodoxie.
7. Le défi à relever me semble donc être triple, pour l'Eglise catholique :
- mieux faire comprendre le caractère spécifique, et non illimité, de la reconnaissance, par elle-même, du droit à la liberté religieuse, en tant qu'ensemble de libertés, notamment publiques, en matière religieuse, dans l'ordre "juridico-politique" ;
- mieux faire comprendre que ce n'est pas parce que toutes les religions ont un égal accès, de jure, à la liberté religieuse, dans l'ordre "juridico-politique", qu'elles ont un égal accès, de facto, à la vérité religieuse, dans l'ordre "pneumatico-religieux", et réciproquement ;
- mieux faire comprendre le fait que la reconnaissance, par elle-même, du droit de la liberté religieuse, n'équivaut en rien à une reconnaissance imaginaire d'un "droit" à la "religisation" de la liberté subjective, de la sensibilité individuelle, en l'espèce, en matière religieuse.
8. J'espère avoir été le moins approximatif et le plus compréhensible possible, je vous remercie par avance pour votre indulgence, au contact de cette tentative de contribution, et je vous dis à bientôt.
Scrutator.
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