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les chrétiens et le pouvoir selon saint Thomas: la prière pour les gouvernants
par baudelairec2000 2012-06-09 00:51:08
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Commentaire de la I ère épître de saint Paul à Timothée (chapitre 2, versets 1 à 7) par saint Thomas.

D'abord les paroles de l'apôtre accompagné du texte latin (fondamental pour saisir le fond):

"Je demande donc avant tout qu'on fasse des demandes, des prières, des supplications et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour ceux ceux qui sont constitués en dignité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et honnêteté."

Obsecro igitur primum omnium fieri, obsecrationes, orationes, postulationes, gratiarum actiones pro omnibus hominibus, pro regibus et omnibus qui in sublimitate sunt, ut quietam et tranquillam vitam agamus in omni pietate et castitate.

Saint Thomas commence par préciser le plan de saint Paul:

- Pour qui faut-il prier?

- Quel est le fruit de la prière?

I/ Il faut prier spécialement pour les rois. Saint Thomas s'appuie sur le livre de Baruch (I, 11): Priez pour la vie du roi Nabuchodonosor, roi de Babylone et pour la vie de son fils Balthasar. Le texte de Baruch se poursuit ainsi: Que leurs jours soient sur terre comme les jours du ciel, que le Seigneur nous donne la force et illumine nos yeux, pour que nous vivions à l'ombre de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et à l'ombre de Balthasar son fils, les servions longtemps et trouvions grâce en leur présence.

Bel exemple de soumission aux pouvoirs établis même si ceux-ci sont tyranniques; saint Thomas s'empresse de rappeler alors deux passages incontournables:

- celui de Romains, XIII,1:

Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit.

Traduisons: Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures.

- celui de I Pierre, II, 13:

Sujecti estote omni humanae creaturae propter Deum, sive regi quasi praecellenti, sive ducibus tamquam ab eo missis.

Soyez soumis, peut-on traduire, à toute créature humaine à cause du Seigneur, soit au au roi comme ayant un pouvoir éminent, soit aux chefs (gouverneurs) comme envoyés par lui, pour faire justice des malfaiteurs, ajoute Pierre, et louer les gens de bien.

Rien de tout cela n'étonne les contemporains des Apôtres, encore moins les lecteurs de saint Thomas, lui qui rappelle dans son traité sur la justice (dans la IIa-IIae) et dans l'opuscule sur les Commandements que le respect ou l'obéissance aux rois et aux princes appartient au quatrième commandement:

On appelle aussi pères les rois et les princes, comme le firent les serviteurs de Naaman, général du roi de Syrie: "Père, lui dirent-ils, même si le prophète vous avait commandé quelque chose de difficile, certainement vous deviez l'accomplir." On les appelle pères, parce qu'ils doivent veiller au salut du peuple. Or nous honorons ceux-ci par la soumission, comme le dit l'Apôtre dans Romains, XIII, 1. Et nous leur sommes soumis non seulement par crainte, mais aussi par amour; et non seulement parce que la raison le demande, mais également parce que la conscience le commande. Et le motif de ceci, c'est que selon l'Apôtre (toujours Romains, XIII), "tout pouvoir vient de Dieu", c'est pourquoi il faut rendre à chacun ce qui lui est dû (définition de la jusice: le tribut à qui est dû le tribut; à qui les impôts, les impôts; à qui la crainte, la crainte, à qui l'honneur, l'honneur. On lit galement dans les Proverbes (24, 21): "Mon fils, craignez le Seigneur et le roi."

Je me permets de rappeler aux liseurs peu familiarisés avec la pensée politique de saint Thomas quelques présupposés, tels qu'il les énonce dans le De Regno. Le gouvernement juste est celui qui exercé en vue du bien commun; l'injuste, celui qui est exercé en vue du bien personnel du ou des gouvernants (tyran, oligarques...). Que faire face à un tyran? Lui résister, certainement pas: saint Paul comme saint Pierre, futurs martyrs, ne cessent de prêcher l'obéissance au pouvoir en place, fût-il tyrannique. " Alors que, explique saint Thomas, beaucoup d'empereurs persécutaient tyranniquement la foi chrétienne et qu'une grande multitude tant de nobles que d'hommes du peuple se convertissaient à la foi, ceux qui sont loués ne le sont pas pour avoir résisté mais pour avoir supporté avec patience et courage la mort pour le Christ, comme il apparaît manifestement dans l'exemple de la sainte légion des Thébains. (De Regno, traduction de D. Sureau, livre I, chapitre 6)"

"Si la tyrannie n'est pas excessive, il est plus utile de tolérer pour un temps une tyrannie modérée, que d'être impliqué, en agissant contre le tyran, dans des dangers multiples qui sont plus graves que la tyrannie elle-même." Si le tyrannicide échoue, affirme saint Thomas, une situation encore pire pourrait remplacer la précédente. Je ne résiste pas à l'envie de vous rapporter la savoureuse anecdote qu'il rapporte (toujours au chapitre 6 du livre I):

C'est pourquoi, comme jadis les Syracusains désiraient tous la mort de Denys, une vieille femme priait continuelllement pour qu'il reste sain et sauf et qu'il survive. Quand le tyran connut ceci, il lui demanda pourquoi elle agissait ainsi. " Quand j'étais jeune fille, répondit celle-ci, comme nous avions à supporter un dur tyran, j'en désirais qu'un autre vienne; puis, celui-ci tué, un autre lui succéda un peu plus dur; j'estimais aussi que la fin de sa domination serait d'un grand prix; nous t'eûmes comme troisième maître, beaucoup plus importun. ainsi, si tu étais supprimé, un tyran pire que toi te succéderait."

Pas d'initiative privée, de témérité, il vaut mieux faire appel, lorsque cela est possible, à l'autorité publique, celle d'un peuple qui enlèverait au tyran le pouvoir dont il aurait abusé; les sujets d'un roi qui n'aurait pas rempli fidèlement son office se verraient ainsi dans l'obligation de reprendre leurs engagements envers lui. Et saint Thomas de citer l'exemple des Romains qui destituèrent et chassèrent Tarquin le Superbe pour lui substituer un pouvoir amoindri, le pouvoir consulaire. L'autorité publique, ce pourrait être également César-Auguste, un supérieur auquel le peuple juif fit appel contre le tyran Archélaüs, qui marchait sur les traces de son père Hérode.

Que faire si aucun secours humain n'est possible contre le tyran? Saint Thomas répond qu'il faut s'en remettre à Dieu:

Il faut recourir au roi de tous, à Dieu qui "dans la tribulation secourt aux moments opportuns" (Ps. 9, 10). car il est en sa puissance de convertir à la mansuétude le coeur cruel du tyran, selon la sentence de Salomon: " Le coeur du roi est dans la main de Dieu qui l'inclinera dans le sens qu'il voudra" (Prov. 21,1). C'est lui qui changea en mansuétude la cruauté du roi Assuérus qui se préparait à faire mourir les Juifs. C'est lui qui a converti le cruel Nabuchodonosor au point d'en faire un héraut de la puissance divine. "Maintenant donc, dit-il moi Nabuchodonosor, je loue, je magnifie et je glorifie le roi du ciel, parce que ses oeuvres sont vraies et parce que ses voies sont justes et qu'il peut humilier ceux qui marchent dans l'orgueil" (Daniel 4, 34).

Et pourtant Dieu n'a pas hésité à faire tomber Nabuchodonosor de son trône, parce qu'il était atteint par l'orgueil, le retirant même de la société des hommes pour le rendre semblable à une bête. Tous ces prodiges furent annoncés par Daniel au roi quand celui-ci se fit expliquer par le premier le songe de l'arbre (Daniel, 3,98).

Que l'on ne se méprenne pas sur mes propos; loin de moi l'idée d'inciter les liseurs à aller dimanche déposer un bulletin dans l'isoloir, à faire allégeance à ce régime tyrannique dont saint Thomas ne pouvait pas soupçonner la malice. Mon propos n'est pas ici de distiller un quelconque ralliement à la démocratie moderne, il s'agit pour moi de rappeler la position du Docteur Angélique sur la question du pouvoir surtout quand celui-ci est injuste. Et, on l'aura compris, l'occasion est toute trouver pour m'insurger directement contre la politique de ralliement de Léon XIII qui osait écrire dans Immortale Dei:

"Du reste la souveraineté (jus imperii! piètre traducteur et rédacteur ignorant de la terminologie politique classique) n'est en soi nécessairement liée à aucune forme politique; elle peut fort bien s'adapter à celle-ci ou à celle-là, pourvu qu'elle soit de fait apte à l'utilité commune et au bien commun." Ces lignes furent publiées le 1 er novembre 1885 soit près de 7 ans avant la fameuse lettre recommandant aux catholiques français de déposer les armes devant un pouvoir qui les persécutaient (Au milieu des sollicitudes, du 16 février 1892). Ainsi dès les premières années de son Pontificat, Léon XIII décide de ne plus se référer à la division des pouvoirs telle que l'envisageaient Aristote et saint Thomas pour la bonne et simple raison qu'ils rangeaient la démocratie dans la catégorie des régimes injustes et que lui, souverain pontife éclairé, entendait mener ce régime scélérat à la conversion. On sait l'accueil que réservèrent les hommes de la Troisième République à cette politique d'ouverture. Les temps n'ont que très peu changé, la persécution a pris d'autres formes, elle s'est faite plus insidieuse.

Supportons avec courage, avec patience, le régime en place; prions pour la conversion des dirigeants, car nous ne ne pouvons désirer la mort du pécheur, mais, de grâce, n'allons pas nous faire leurs complices en les encourageant par nos votes au premier ou au second tour. La question politique va d'ailleurs bien plus loin que les points non négociables dont il est beaucoup question depuis la présidentielle.

Bonne nuit à tous et rendez-vous très vite pour voir avec saint Thomas quels sont les fruits de notre prière pour les gouvernants. Il sera question du bien commun et de la finalité du pouvoir chrétien.

     

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