Il y a plus que des nuances entre ces théologiens. par Scrutator Sapientiæ 2012-03-19 23:19:01 |
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Bonsoir jbbourgoin,
Il n'y a rien de plus réducteur que de mettre, pour ainsi dire, tous les théologiens catholiques non thomistes du XX° siècle sur un bûcher, sur une même liste, ou bien encore, comme on dit, "dans le même sac", car il y a plus que des nuances entre eux, et eux mêmes en avaient bien conscience, d'où les divergences, pour aller vite, notamment entre les théologiens de la tendance Concilium et ceux de la tendance Communio.
Je souscris d'autant plus à votre remarque que vous la formulez en réponse à un message faisant allusion à l'appartenance supposée de Hans Urs von Balthasar à la même mouvance que celle qui est pointée du doigt à cause de sa soumission à une inspiration philosophique hégélienne.
HUV Balthasar est probablement le théologien catholique, plus "patristique" que "scolastique" le plus atypique de toute la deuxième moitié du XX° siècle ; sans doute doit-on déplorer certaines de ses prises de position, notamment sur l'enfer, mais je ne pense pas que l'on puisse lui reprocher d'avoir succombé au chant de sirènes hégéliennes.
Je formule deux regrets, diamétralement opposés, et néanmoins complémentaires :
1 - les théologiens néo-modernistes s'expriment souvent à partir de présupposés philosophiques "idéalistes" ou "herméneutistes" d'origine allemande, présupposés auxquels ils semblent souscrire comme on souscrit à des vérités d'Evangile ou d'évidence ; or, la validité de ces présupposés ne va pas de soi, et n'a pas à être mise en avant sous la forme d'un argument d'autorité historiciste :
- "depuis Kant puis Hegel, nous savons qu'il n'est plus possible de croire comme ceci ou comme cela" ;
- "depuis Husserl et Heidegger, nous savons que la révélation ne signifie pas tant connaissance qu'une certitude que compréhension d'un dévoilement"...
2 - les détracteurs de ces théologiens, même quand ils ont raison sur le fond, ne nous disent pas toujours précisément en quoi le fait, pour ces auteurs, de faire reposer leur théologie sur une philosophie idéaliste, et non réaliste, peut être stérile, voire nuisible, pour la théologie, mais aussi, en définitive, pour la Foi elle-même.
Je pense ici au livre "Trente ans de théologie française", qui n'est certes pas un mauvais livre, mais qui m'a un peu laissé sur ma faim, dans la mesure où son auteur ne précise ou ne rappelle pas assez clairement en quoi le fait de prendre appui sur tel ou tel philosophe idéaliste allemand, pour faire de la théologie catholique, est vraiment problématique, alors que je crois par ailleurs que cette prise d'appui est bel et bien préoccupante à plusieurs titres.
Enfin, que retenir de ces alignements successifs de bon nombre de théologiens catholiques, au XX° siècle, d'abord sur Kant puis Hegel, ensuite sur Husserl puis Heidegger, enfin sur Lévinas ?
D'une part, ces théologiens se seraient peut-être mis à l'abri de certaines tentations, sous l'angle du mimétisme intellectuel, si leurs intentions avaient été beaucoup plus délibérément apologétiques.
D'autre part, on est en droit de se demander si le but de la manoeuvre n'a pas consisté, pour certains de ces auteurs, à donner des gages à leurs collègues philosophes non catholiques.
"Voyez, bien que théologiens catholiques, nous aussi nous sommes intelligents, ouverts sur la modernité, au point de nous mettre aux mêmes auteurs, aux mêmes idées que vous ; vous n'avez donc plus aucune raison, en tout cas, d'ordre intellectuel, de nous ringardiser ou de nous stigmatiser".
Je ne crois pas forcer le trait...
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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