analyse intéressante car fausse à la par Luc Perrin 2011-10-26 00:54:58 |
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base mais extrêmement répandue.
Il est typique des néo-liturges de poser des "évidences" là où il n'y en pas mais seulement leurs présupposés.
"Avouez que la liturgie tridentine était/est également un grand spectacle, où les participants sont exclusivement les clercs : dorures, dentelles, encens, le tout de manière que l'on peut à notre époque juger excessive ou tout au moins d'un autre âge : poses hiératiques, visages fermés, bref, tout cela n'est pas très naturel." (Ion)
- d'abord "grand spectacle" oui bien sûr mais pas toujours et partout : une messe basse de semaine n'a rien d'un "grand spectacle" ; cela vaut pour les messes solennelles et les messes pontificales qui sont au centre de la liturgie romaine, on peut donc retenir l'argument.
- "que l'on peut à notre époque juger excessive ou tout au moins d'un autre âge" ?
L'air est connu pourtant les Églises chrétiennes orientales l'ignorent pour l'essentiel et les Grecs-orthodoxes sont en expansion en Afrique depuis 40 ans.
Si l'on tourne son regard vers les autres religions, dans le bouddhisme, je vois "poses hiératiques, visages fermés" et des tenues "d'un autre âge". Idem pour l'islam du moins une bonne partie, idem pour l'hindouisme. Les dorures et l'encens sont utilisés à profusion en Asie aujourd'hui comme hier.
L'argument de la contemporanéité et de l'inadéquation supposée "à notre époque" (si éclairée ???) est donc bien européo-centriste et peu convaincant.
- reste in fine la pertinence en soi de ce type de raisonnement dans le domaine religieux. C'est là le fond du problème : pour les néo-liturges, leur discours est bien résumé par Ion, le "sacré" "n'est pas très naturel". La néo-liturgie est un peu comme le "design", d'abord fonctionnelle ; elle présuppose un monde purement séculier et raisonneur et elle cherche à s'insérer dans cette sécularité bavarde, elle se veut "du monde" et surtout pas pour le changer.
Le problème est que la liturgie traditionnelle participe du sacré et non de l'anomie libérale, qu'elle est bien dans ce monde séculier mais qu'elle n'est pas de ce monde et ne saurait être que "pas très naturelle" dans cette société laïque, indifférente et oublieuse de Dieu. C'est cela qui lui donne son sens, sa force et sa fécondité.
Et en effet, il n'est "pas très naturel" de croire en la Présence réelle et la transsubstantiation, pas naturel de s'agenouiller devant une autorité supérieure à la toute puissance de l'égo moderne, pas naturel de se taire ... le salut par la Croix n'a vraiment rien de "très naturel". La quête éperdue du "naturel" - ou supposé tel - en religion et par conséquent en liturgie ne peut être qu'une impasse conceptuelle et aboutir aux échecs que l'on observe.
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