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Un même ennemi, une même intuition, une même victoire.
par Scrutator Sapientiæ 2011-09-20 21:09:13
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Bonsoir Denis Sureau,

J'envisage en effet seulement trois "causes" ou "choses" communes à ces quatre auteurs, à savoir :

1 - un même ennemi : le controversisme exclusiviste véhiculé par une certaine manière "extrincésiste" et "monophorique", (néo)scolastique ou (post) tridentine, de faire de la philosophie et de la théologie thomistes, la manière de "prescrire" qui prévalait alors à Rome ;

2 - une même intuition : le recours aux sources et le retour aux sources, notamment historiques et patristiques, mais je pense aussi, chez Rahner, aux sources kantiennes, avérées ou supposées, de l'idéalisme allemand

a - non seulement pour se démarquer ou pour se libérer, précisément, de l'ennemi qu'ils avaient en commun,

b - mais aussi pour s'approprier et pour communiquer, d'une manière plus "authentique" ou plus "familière", une partie non négligeable de la composante non thomiste ou pré-thomiste du patrimoine de la Tradition ;

3 - une même victoire : le Concile Vatican II, comme on le voit notamment dans Lumen Gentium, dans Dei Verbum, dans Gaudium et Spes, dans Unitatis Redintegratio, mais Balthasar, je le sais bien, n'était pas présent au Concile, et ce que j'écris là est peut-être un peu moins vrai pour lui.

Donc, comme vous le voyez, je suis bien d'accord avec vous, il y a vraiment peu de choses en commun qui caractérisent ces quatre théologiens...

Cette précision, que je ne crois pas infondée, étant apportée, je reconnais que chacun de ces quatre auteurs a eu sa propre manière de se positionner et de se réaliser, en fonction de sa culture, de sa formation, de ses problématiques, face à cet ennemi commun, face à cette intuition commune, et face à cette victoire commune.

C'est ce qui explique grandement qu'en aval du Concile il y ait eu une certaine forme de bi-polarisation, pour aller vite, faute de temps, entre la tendance Concilium (Congar, Rahner) et la tendance Communio (Balthasar, de Lubac), le futur Jean-Paul II ayant opté en faveur de Communio, alors que le futur Benoît XVI, est passé, par ailleurs, assez vite, de Concilium à Communio.

A partir de là, vous pourriez croire que je les mets dans le même sac, dans l'acception péjorative de l'expression : or,

- d'une part, ce n'est pas un sac, mais tout un ensemble, tout un mouvement, polyphonique, et c'est surtout ce qui s'est produit en aval de leur victoire qui a pris une tournure cacophonique, plus chez leurs continuateurs ou épigones plus ou moins auto-proclamés que chez eux ;

- d'autre part, je n'ai pas à les mettre dans un sac, pour les jeter dans l'océan ou dans une rivière, car leurs oeuvres respectives comportent, comme bien souvent, des mérites et des limites : en particulier, sous l'angle de l'érudition, le haut de ma chevelure n'est pas digne de frôler le dessous des chaussures du plus intéressant et original d'entre eux, à savoir Balthasar, ce qui ne signifie en rien que je pourrais être d'accord avec tout ce qu'il a écrit, ni que lui-même a été en accord avec tout ce qu'a écrit Rahner.

Cela dit, si les principales novations théologiques de ces auteurs n'avaient fait que du bien à l'Eglise, depuis 75 ans, en général, et depuis 50 ans, en particulier, il me semble que cela se saurait ou se verrait, même si, j'en conviens volontiers, de Lubac, par exemple, a pu avoir le sentiment d'avoir été trahi par ceux qui ont tiré parti de ce qui lui tenait à coeur, non seulement, un peu, pour en faire ce qu'ils en ont fait, au moment du Concile, mais aussi, et beaucoup, pour en faire ce qu'ils en ont fait par la suite, entre 1965 et la fin des années 1970.

Je demeure convaincu pour ma part que ce que nous avons peut-être gagné d'un côté, à savoir une érudition et une virtuosité évidentes, dans le recours à un mode de raisonnement herméneutisant et historicisant, nous l'avons sans doute perdu de l'autre, en congédiant un mode de raisonnement plus anhistorique et axiomatique, mais caractérisé par une orthodoxie et une linéarité plus explicites.

Et ce ne sont certes pas, par exemple, les auteurs des renseignements techniques que l'on trouve dans chacun des volumes de la Somme Théologique, dans l'édition de la Revue des Jeunes, qui m'auraient contredit...

Vraiment merci beaucoup pour votre message et bonne fin de journée.

Scrutator.

     

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