L'enfer, cause efficiente et cause finale par le torrentiel 2011-09-02 06:04:17 |
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Cher Meneau,
Tout d'abord, je tiens à vous remercier de l'envoi de cet article dont la formulation est un peu datée, mais qui fait réfléchir.
On y sent fortement l'empreinte de la scholastique, qui plaque sur nos questionnements de nature parfois trop émotive et existentielle des réponses qui peuvent, elles, être de nature trop abstraite et philosophique, mais qui ont le mérite d'être argumentées.
De plus, toute expression humaine a ses limites.
Comme le dit bien ce dictionnaire, iil ne s'agit pas que la créature et plus encore la créature pécheresse mette des limites ou de la nécessité dans la Souveraineté de Dieu et de Son Amour.
Je voudrais construire ma réponse en questions, réserves et propositions que je reçois sans restriction, tout en insistant au préalable (on ne le fait jamais assez) sur le peu d'importance que peut avoir ma résistance subjective à recevoir tel ou tel argument de la doctrine.
Dans la "lutte avec l'ange" qu'est laFoi pour des âmes portées à la rébellion comme la mienne (tempérament dont je ne me fais pas gloire, il faut soumettre les restrictions internes qu'on met à recevoir le Plan de Dieu à l'infinie supériorité de celui-ci.
Je commencerai d'abord par mes questions. Elles sont au nombre de deux, on ne peut plus sommaires.
1. Quelles sont les coordonnées, la date de parution et l'éditeur de cet ouvrage dont vous avez extrait cet article ?
2. Qu'appelle-t-on "peine de dam" et surtout "peine de sens" ?
Voici maintenant mes réserves.
Je commencerai par mes réserves de formulation:
1. Réserves de formulation.
« « Si Dieu n’est pas mû par un bien quelconque à vouloir ce qu’il veut, il ordonne cependant toutes ses oeuvres à une fin dernière. » La proposition qui ouvre cette phrase a l’air d’employer « si » comme synonyme de « bien que », l’opposition étant rappelée par « cependant » dans la principale. On en déduit l’affirmation suivante, exprimé sur le mode négatif :
« Dieu(nest pas tenu d’être Mû) par un bien quelconque à vouloir ce qu’Il Veut ». » Et cette interprétation est confirmée par la fin de l’article :
« Alors Dieu ne devait pas créer ces maux irrémédiables? Il aurait pu ne pas les créer; mais il n’y était pas tenu ».
- « La bonté (de Dieu) est Miséricorde à l’égard d’êtres misérables ; (…) mais la Miséricorde est un attribut tout transitoire ».
2. Réserves de causalité.
« La cause efficiente, au sens large, qui a produit l’état de choses qui exige l’enfer, c’est le pécheur par son péché et lui seul. »
-« le péché exige l’enfer par mérite de sanction, en droit, dès qu’il est commis, en fait, après la mort lorsque ce droit ne peut plus être périmé par la conversion. »
- « Si Dieu permettait le péché irréparable dans l’éternité, il devait vouloir l’enfer. Cela rentre dans la nature métaphysique des choses actuelles. »
Ce n’est donc pas le pécheur et lui seul qui a produit l’état de choses qui exige l’enfer, c’est une certaine hiérarchisation instituée par Dieu et Dieu Seul entre le péché et l’enfer, celui-ci réparant un mal moral auquel la Rédemption n’a pas mis fin.
Cette hiérarchisation est d’autant plus contestable que Dieu n’a pas premièrement promis l’enfer à l’homme, mais la mort (avec la connaissance).
A moins de faire de la mort un synonyme de l’enfer, il y a exacerbation de la peine entre le moment où le délit qui vaut peine est commis, avec l’indication de la peine proportionnée, et le moment où est fixé ce qui doit être entendu par l'application de cette peine : l’enfer au lieu de la mort, peine dont je vous accorde qu’elle a commencé à s’exercer dès que des anges, gardiens de l’immortalité par l’épée et par la flamme, ont été dépéchés pour interdire à l’homme l’accès du merveilleux Jardin ou paradis terrestre.
- « Dieu pardonne toujours de ce pardon qui continue à vouloir du bien, mais il ne donne que le bien possible; » or qui a fixé les limites du possible ? Dieu n’est-Il pas le Dieu de l’impossible ? Qui a fixé que « les damnés ne (veuillent) plus à jamais », ce qui rend impossible qu'ils reçoivent la Grâce ?
-"Dieu... est la cause efficiente indirecte" de l'enfer.
3. Mes réserves de conséquence.
-La sujétion post mortem des damnés aux démons serait une relativisation de l’Incarnation ;
Même si, après « la destruction des droits des démons sur les hommes par Saint-Anselme et par Abélard », cette sujétion se réduit, de permission divine, à « à mettre le criminel au pouvoir du bourreau » démoniaque, ce serait une belle revanche pour les démons que celle qui satisferait pleinement à leur jalousie, faute d’avoir pu infléchir le Dessein divin de l’Incarnation, de pouvoir se venger durant l'éternité des hommes qui ne s’en seraient montrés, ni dignes, ni reconnaissants : la vengeance serait ainsi placée au centre de l’économie du salut.
Heureusement, « Saint-Thomas, rapporte l’opinion d’un théologien qui refusait aux démons, non seulement tout droit, mais tout pouvoir sur l’homme, au moins après le Jugement. Saint Thomas la rappelle aussi avec l’opinion contraire du pouvoir diabolique éternel sur les damnés, (…)et il déclare qu’il est impossible de se prononcer avec certitude en faveur de l’une ou de l’autre.
Voici des formules que je trouve heureuses, parce qu'elles épaississent le Mystère :
"… »et c’est une exagération de dire que l’enfer est exclusivement une œuvre d’amour, de l’amour qui voulait forcer les hommes au salut par la crainte ». "
Car, malgré cet amour, Dieu a voulu l’enfer.
- "Bien plus, nous allons le dire, c’est par amour plus grand que Dieu a sans doute conservé le mal dans notre ordre, alors qu’il aurait pu le supprimer. ".
Voici enfin les propositions que je reçois sans restriction, dans un ordonnancement que je rends volontairement progressif, pour faciliter la Contemplation de ceux qui les aimeront comme moi :
- « Seul le bien est béatifiant », et il ne faudrait pas que « le pécheur » « jouisse de son désordre », par où ne « (resplendirait) plus la Sainteté de dieu ».
- - « Dieu crée tous les hommes pour le ciel et personne pour l’enfer;
- « Le crucifix, l’eucharistie, le Sacré-cœur, voilà ce qu’il faut considérer pour comprendre l’enfer ».
- « Cet ordre de la justice est un ordre absolument essentiel ».
- - « La Justice de Dieu en enfer n’est pourtant pas une vengeance personnelle au sens strict, cette vengeance que défend l’Évangile. Dieu pardonne toujours de ce pardon qui continue à vouloir du bien,, mais Il ne donne que le bien possible. », mais les damnés ne voulant plus ne peuvent plus recevoir la Grâce, « dieu ne peut la leur donner et ainsi, Il ne peut leur pardonner de pardon justifiant ».
- « il est souverainement probable, comme le pensent plusieurs théologiens, que Dieu ne précipite pas le pécheur en enfer pour un péché mortel isolé, surtout pour un péché de fragilité, mais qu’il n’y envoie que des pécheurs invétérés. (…)Il est donc vrai de dire que l’enfer n’est que la punition d’un mépris obstiné de l’amour divin. »
Je remercie encore Meneau pour cet article, et j'espère que nous aurons ensemble contribué à spéculer, à méditer et à prier
au sein des Mystères du trois fois Saint
Cordialement
Le torrentiel
2. Réserves de causalité.
2. Réserves de causalité.
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