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"Le Synode est-il en train de redéfinir l'infaillibilité pontificale ?"
par Vistemboir2 2026-10-10 10:10:01
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Traduction de l’article de Gaetano Masciullo paru le 9 octobre 2026 sur The Remnant sous le titre : « Is the Synod Redefining Papal Infallibility? »
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Un projet de révision du canon 749 soulève une question fondamentale : qui détermine la vérité de la doctrine catholique ? Gaetano Masciullo examine la vision du Synode concernant l’infaillibilité, l’élargissement de l’autorité des laïcs ainsi que les implications possibles de ces changements pour le magistère de l’Église et la Sainte Tradition.

On peut aujourd'hui identifier au Vatican une pluralité de centres de pouvoir, évoluant dans une dialectique complexe entre convergence stratégique et tensions internes. Bergoglio a agi à la manière de certains souverains et empereurs du passé : de son vivant il a concentré le pouvoir entre ses mains— allant même au-delà de ce que le droit divin confère à un pape — tout en préparant une fragmentation délibérée de ce même pouvoir, destinée à éclater au moment de sa mort, précisément pour empêcher un successeur unique de le monopoliser et d'en changer l'orientation.

Une tétrarchie au Vatican ?

C'est la technique employée par de grands empereurs du passé, tels que Gengis Khan ou — exemple peut-être plus pertinent en l'espèce — Dioclétien, l'empereur romain qui a mis en place la tétrarchie, un système à quatre empereurs visant à préserver le projet politique et à éviter que le sort de l'Empire tout entier ne dépende de la volonté d'un seul successeur.

Paradoxalement, parmi ces quatre nouveaux pôles de pouvoir majeurs, le pape est devenu le moins « influent », bien qu'il demeure, sur le papier, le sommet de l'Église à tous égards ; et il le reste assurément, car l'Église est d'institution divine, ce que nul ne saurait modifier au gré de son arbitraire.

Outre le pape, ces centres de pouvoir comprennent la Secrétairerie d'État, qui conserve la maîtrise des dossiers internationaux les plus délicats (tels que les accords secrets avec la Chine et le dialogue multilatéral) et exerce un contrôle omniprésent sur la machine bureaucratique via des instances comme celle du Substitut (rôle autrefois occupé par le controversé Edgar Peña Parra), mais surtout grâce à son influence sur les nominations épiscopales, en synergie avec le secrétariat du Dicastère pour les évêques.

Le troisième « tétrarque » est la Curie romaine dans son ensemble. Jadis au service du pape, elle s'est transformée, au cours des douze dernières années, en un appareil bureaucratique et doctrinal révolutionnaire qui dicte l'agenda à suivre au pape.

Léon XIV lui-même déclarait au début de son pontificat : « Les papes passent, la Curie demeure » : une affirmation qui s'est révélée révélatrice et programmatique. La Curie bergoglienne s'emploie aujourd'hui à préserver l'accélération impulsée par son père fondateur ; elle trouve ses centres névralgiques dans le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral — véritable caisse de résonance de l'agenda écologiste et interface privilégiée avec les mouvements populaires et l'ONU —, dans le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (dirigé jusqu'ici par le cardinal Fernández) et dans le Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, qui entend poursuivre un agenda précis de réforme (ou plutôt de démolition) liturgique .

Il existe un quatrième et dernier centre de pouvoir instauré par Bergoglio au cours de son pontificat : le Secrétariat du Synode. Dirigé par le cardinal Mario Grech et comptant en son sein des figures clés de la mouvance progressiste telles que le cardinal Jean-Claude Hollerich (son rapporteur général), ce secrétariat n'est pas un simple organe organisationnel, mais le moteur de l'ingénierie ecclésiologique de l'Église post-conciliaire. C'est un laboratoire qui a concrétisé le rêve de nombreux jésuites révolutionnaires du siècle dernier.

Le Secrétariat recueille, synthétise et souvent oriente les impulsions émanant des Églises locales et des épiscopats européens les plus « avancés » (comme ceux d'Allemagne et de Belgique), agissant comme un tampon entre les propositions de réforme les plus radicales et l'autorité du pape.

Une proposition de modification du droit canonique

Le 29 septembre, le Secrétariat du Synode a publié le rapport final de la commission canonique, dirigée par Filippo Iannone — préfet du Dicastère pour les évêques nommé par le pape François — et par le cardinal Gianfranco Ghirlanda, principal canoniste de Bergoglio et architecte de certaines des réformes législatives les plus importantes menées par le pape argentin.

Ce rapport propose une restructuration du Code de droit canonique latin afin de le rendre plus conforme aux nouveaux « besoins » de l’Église synodale. Les principales propositions de réforme visent notamment à confier à des laïcs — hommes et femmes — des rôles de gouvernement, judiciaires et liturgiques qui, jusqu’à présent, étaient réservés au clergé ordonné.

Par exemple, la réforme du canon 1425 §4, qui prévoirait la possibilité pour un laïc (homme ou femme) de siéger comme « juge unique » dans des procès de première instance impliquant des sanctions graves, telles que le renvoi de l’état clérical ou la déclaration/imposition d’une excommunication ; la réforme du canon 463 §1, qui imposerait que les laïcs constituent la majorité des membres des synodes diocésains ; la réforme du canon 512 §4, qui permettrait la nomination, au sein des conseils pastoraux diocésains, de chrétiens appartenant à des « Églises non en pleine communion avec l’Église catholique » ; la réforme des canons 230 §3 et 1112 §1, déléguant aux laïcs (hommes ou femmes) l’autorité d’assister aux mariages sans nécessiter d’autorisation préalable du Saint-Siège, voire de diriger les prières liturgiques propres à ce sacrement.

Selon les déclarations du cardinal Grech et de la Commission, l’objectif de cette réforme serait de traduire en normes juridiques contraignantes l’ecclésiologie « issue du cheminement synodal ». Le droit canonique est ainsi conçu comme l’expression juridique de la perception que l’Église a d’elle-même, une expression nécessaire pour que la réflexion théologique sur la « coresponsabilité » ne demeure pas purement théorique.

La réinterprétation du concept dogmatique d'infaillibilité

Il est compréhensible que de nombreux analystes se soient concentrés sur cet aspect de la réforme canonique proposée par le Synode, à savoir l'extension de la gouvernance aux laïcs. On a toutefois accordé moins d'attention à une autre proposition de la même commission — à mon sens plus grave et plus importante, bien qu'elle soit en miroir et directement liée à celle qui a suscité le plus d'intérêt.

Parmi les amendements proposés, en effet, la reformulation du canon 749 §1 réinterprète le concept d'infaillibilité. Il ne s'agit pas d'une modification mineure, car l'infaillibilité est un concept théologique et dogmatique d'une grande importance pour la doctrine catholique.

L'infaillibilité, traditionnellement réservée au Souverain Pontife et, dans un sens subordonné, au Collège des évêques sous des conditions spécifiques, est désormais étendue à l'ensemble du corps des fidèles.

La proposition pour le nouveau canon stipule que la totalité des baptisés, ayant reçu l'onction du Saint-Esprit, « ne peut se tromper en matière de foi ». Une telle infaillibilité se manifesterait par le biais d'un consensus universel. Ainsi, le « sens surnaturel de la foi de tout le peuple... depuis les évêques jusqu'au dernier des fidèles laïcs » deviendrait la nouvelle mesure (du moins en apparence) de la vérité.

Il convient de noter la manipulation lexicale habituelle, typique du néo-modernisme. Le « sens » — c’est-à-dire le sentiment — est ici élevé au rang de critère. La Tradition catholique a toujours considéré le sensus fidei (le sentiment de la foi chez les fidèles) avec un grand respect, mais elle ne l’a jamais tenu pour une mesure de la vérité ; et ce, notamment parce que l’histoire a connu plusieurs périodes où la majorité des baptisés — laïcs comme membres du clergé — adhéraient à des doctrines erronées : pensons à la crise arienne ou à la vaste diffusion des idées protestantes et apparentées entre le XIVe et le XVIe siècle.

Tout sentiment témoigne d’une réalité, mais cela ne signifie pas qu’il soit nécessairement un signe de vérité. S’il possède certes une dimension expérientielle importante qui mérite d’être prise en compte, il ne constitue pas pour autant une source autonome de la Révélation — contrairement à ce que soutiennent certains théologiens modernistes — précisément parce qu’un sentiment ne saurait faire autorité.

De grands théologiens du passé, tels que saint Vincent de Lérins, saint Robert Bellarmin et Jean de Saint-Thomas, ont enseigné que le consensus des fidèles mérite considération en tant que témoin privilégié de la Tradition, c’est-à-dire de la transmission ininterrompue d’une même doctrine depuis l’époque des Apôtres.

Saint Vincent de Lérins a formulé la célèbre maxime : quod ubique, quod semper, quod ab omnibus (« partout, toujours, par tous »). Lorsque l’on observe l’histoire et que l’on constate qu’une doctrine a été transmise et crue de manière constante, en particulier sur le plan liturgique, alors cette doctrine est digne de foi. Ainsi, le sensus fidei est le reflet, au sein du peuple de Dieu, de la foi prêchée par l’Église enseignante ; il confirme la Tradition sans pour autant la juger.

On peut également dire que, selon la tradition, il convient d’écouter le peuple de Dieu pour comprendre comment la foi est vécue, et non pour déterminer ce qui est vrai. Il arrive aussi — et l’histoire de l’Église en témoigne — qu’en raison d’une crise de l’autorité, le peuple de Dieu vive mal la foi. En pareil cas, il ne faut pas complaire au peuple de Dieu, mais l’exhorter et le corriger.

Une nouvelle conception du pouvoir dans l’Église ?

La proposition de réforme canonique renverse cette vision traditionnelle. Elle s’inscrit dans le prolongement d’une tendance théologique récente visant à réformer le concept traditionnel du pouvoir de gouvernement dans l’Église, selon lequel l’autorité émane de Dieu par le biais du charisme. Nous y reviendrons sous peu.

Traditionnellement, il existe dans l’Église deux hiérarchies parallèles, unies mais distinctes : la hiérarchie d’ordre et la hiérarchie de juridiction. La première a pour sommet l’évêque, qui détient la plénitude de l’ordre sacré ; la seconde a pour sommet le pape, qui détient une juridiction directe, universelle et absolue sur les lois ecclésiastiques.

Au fil des siècles, divers courants de pensée ont vu le jour pour étudier, approfondir et comprendre dans quelle mesure le lien entre ces deux hiérarchies devait s'établir ; toutefois, la majorité des théologiens faisant autorité a toujours soutenu que la consécration — et l'épiscopat en particulier — rend le sujet spécialement « apte » à recevoir le pouvoir de gouvernement, tout en maintenant la distinction formelle entre les deux hiérarchies, qui ne sauraient être confondues.

Cela correspond d'ailleurs à la nature même de l'Église, qui est non seulement hiérarchique mais aussi, par ses fondements, de nature sacrale ; en elle, l'Église enseignante et l'Église apprenante doivent demeurer nettement distinctes pour assurer un bon fonctionnement, et le munus docendi (« charge d'enseigner ») est traditionnellement considéré comme faisant partie du munus regendi (« charge de gouverner »). Seuls ceux qui gouvernent détiennent également l'autorité d'enseigner : le Pape avant tout, puis les évêques unis à lui. En effet, l'enseignement constitue l'acte le plus noble du gouvernement, car il guide la volonté non par la contrainte, mais par la conviction.

Par ailleurs, il convient que le pouvoir de gouvernement ne découle pas immédiatement et automatiquement du sacrement de l'Ordre (une tendance de pensée qui s'est répandue dans la période post-conciliaire, notamment dans les milieux conservateurs), afin d'éviter de présumer que la simple consécration suffirait à gouverner légitimement.

Les deux hiérarchies doivent néanmoins demeurer tendanciellement unies (bien que l'histoire ait connu des cas de laïcs auxquels une juridiction fut déléguée), tant pour préserver l'unité des trois munera — c'est-à-dire les charges du Christ (sanctifier, gouverner et enseigner) — que parce que l'Église n'est ni une simple société juridique ni une pure réalité sacramentelle : elle est les deux à la fois.

Or, si le gouvernement est réparti horizontalement, l'enseignement devient lui aussi horizontal, et celui qui enseigne est également celui qui apprend. On assiste ainsi à la démocratisation et, en fin de compte, à la relativisation du Dogme. C'est précisément ce que recherchent les modernistes : modifier les mentalités tout en laissant peut-être la doctrine intacte dans les pages des catéchismes.

Dans cette perspective, le munus docendi tend progressivement à se transformer, passant d'un acte de gouvernement à un acte de consultation ; Le Magistère cesse d'être conçu principalement comme le critère objectif et l'unique interprète légitime de la double source de la Révélation (Écriture sainte et Tradition) pour devenir, à la place, l'interprète d'une foi présumée déjà présente et répandue au sein du peuple de Dieu.

La vision charismatique de l’autorité ecclésiastique a été évoquée. Sous le pontificat de François (et dans la réflexion de nombreux cardinaux proches de lui), a émergé l’idée de dissocier totalement le pouvoir de gouvernement du pouvoir d’ordre, afin de l’ancrer dans la dignité transversale du baptême : deux hiérarchies non plus distinctes mais unies — sans pour autant être confondues l’une avec l’autre, comme le voudraient certains théologiens conservateurs, mais bien plutôt distinctes et indépendantes. Une sorte de nestorianisme ecclésiologique.

Le 16 février 2026, par exemple, le cardinal Marc Ouellet a défendu les nominations de laïcs effectuées par François, les qualifiant de tournant prophétique et proposant de développer une vision encore plus « charismatique » du gouvernement de l’Église. Selon Ouellet, c’est le baptême — et non le sacrement de l’ordre — qui rend les fidèles « aptes » à participer, de manière stable et propre, au gouvernement ecclésiastique.

Plus tôt encore, en novembre 2025, le cardinal Francesco Coccopalmerio avait suggéré, dans l’un de ses ouvrages, de modifier le droit canonique précisément pour stabiliser et structurer la participation des laïcs au gouvernement de l’Église selon cette vision « charismatique ». Avec cette proposition de la commission canonique du Synode, ce projet a franchi une étape supplémentaire vers sa concrétisation.

Les tétrarchies du passé ont toujours fini par s'effondrer

Pour conclure cette brève analyse, je souhaite proposer une réflexion sur la stratégie de Bergoglio consistant à diviser les centres de pouvoir afin de conserver la maîtrise de l'orientation de l'Église dans la voie qu'il a tracée. Comme nous l'avons souligné au début, cette stratégie n'a rien de nouveau dans l'histoire.

Or, l'histoire elle-même nous enseigne que les tétrarchies — ou, plus généralement, les systèmes de gouvernement collégial entre plusieurs souverains formellement égaux — tendent à échouer pour une raison structurelle : par nature, l'autorité suprême est difficile à partager de manière stable.

Cela s'explique par le fait que toute organisation complexe exige, tôt ou tard, une décision définitive. Ce que les néo-modernistes refusent de comprendre, par obstination idéologique, c'est que la réalité est par nature monarchique : un fait auquel on ne peut se soustraire.

En cas de conflit, faute d'une autorité supérieure véritablement commune, le différend tend inévitablement à se transformer en lutte intestine. De plus, les successeurs ne partagent pas nécessairement le projet du fondateur. Tôt ou tard, quelqu'un peut se demander : pourquoi n'être que l'un des quatre alors que je pourrais être le seul ? L'expérience de l'Église post-conciliaire nous enseigne d'ailleurs que le personnalisme n'est pas une tentation improbable pour les évêques…

Par ailleurs, la nature humaine fait que les gens ont tendance à s'attacher davantage aux personnes qu'aux structures. S'il existe quatre centres de pouvoir, quatre réseaux de clientèle émergent inévitablement et finissent par entrer en concurrence. En réalité, parmi toutes ces limites, c'est peut‑être celle dont Bergoglio était le plus conscient.

En effet, comme cela apparaît peu à peu au grand jour, François a instauré au Vatican une véritable « société du chantage mutuel » : des postes clés confiés à des prélats accablés par de graves accusations ou par des affaires jamais totalement élucidées, bénéficiant d'une protection garantie en échange d'une loyauté absolue envers la ligne de gouvernance. Ceux qui gravitent autour du pouvoir se sentent ainsi protégés par l'autorité supérieure ou par les autres centres de pouvoir convergents, tant qu'ils restent alignés sur l'agenda du pouvoir. Dès que cette conformité fait défaut, l'existence d'une procédure judiciaire ou d'une plainte est révélée par les médias. Pensons au tristement célèbre « réseau McCarrick » aux États-Unis ou à l'« affaire Lute » au Pérou.

Cela nous donne, en vérité, un motif d'espérance supplémentaire : les modernistes n'ont pas d'avenir. Comme le dit l'Évangile : « Ne les craignez donc point : car rien de caché qui ne doive se découvrir, rien de secret qui ne doive être connu » (Mt 10,26). La proposition du Secrétariat du Synode visant à redéfinir l'infaillibilité et à démocratiser l'Église s'inscrit dans une stratégie délibérée de fragmentation de l'autorité, mais cette stratégie est structurellement vouée à l'échec. L'Église renaîtra grâce à ceux qui auront su préserver la véritable Tradition catholique.

     

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          le grand danger de la synodalité par Réginald  (2026-10-10 18:24:23)
              Oui par Chouan  (2026-10-10 18:52:11)
                  instinctivement par Réginald  (2026-10-10 19:57:55)
                      C'est très bien par Chouan  (2026-10-10 21:44:50)


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