Permettez-moi de revenir sur votre propos :
"La Collaboration parisienne vomissait et le Maréchal et Vichy."
La chose est avérée, me semble-t-il, au sujet du RNP de Déat. Dans
L’Œuvre, Marcel Déat se déchaînait en effet contre les "réactionnaires" et les "cléricaux" de Vichy (la conversion de Déat n'était pas encore à l'ordre du jour !).
En revanche, il me semble que Doriot et le PPF entretenaient une attitude plus ambigüe. Jacques Doriot n'a-t-il pas signé un livre intitulé
Je suis un homme du Maréchal ? Du côté du tribun de Saint-Denis, la figure du Maréchal était officiellement respectée. Ce qui ne veut pas dire que le PPF soutenait purement et simplement la politique de Vichy dans tous les domaines.
Par ailleurs, s'il est très exact qu'il ne faut pas confondre Vichy et la Collaboration parisienne, il n'en est pas moins vrai qu'il existait des passerelles.
Fernand de Brinon, figure de la Collaboration dès avant la guerre - via le comité France-Allemagne -, fut le très officiel délégué général du gouvernement (de Vichy) dans les territoires occupés et servit constamment d'interface entre Vichy et la Collaboration parisienne.
Jacques Benoist-Méchin fut secrétaire d’État dans les gouvernements Darlan (1941-1942) et Laval (1942), au sein desquels il incarna une ligne collaborationniste très avancée, largement aussi avancée que celle de Doriot, de Déat ou de l'équipe de
Je suis partout. Une ligne en rupture avec la partie anti-allemande du personnel de Vichy, mais en phase avec l'action de l'amiral Darlan au moment des protocoles de Paris (Darlan évoluera par la suite), puis en contradiction avec la Collaboration de maquignon conduite par Pierre Laval. La lecture de Benoist-Méchin -
De la défaite au désastre - est d'un puissant intérêt et nous fait saisir de l'intérieur la complexité de Vichy, qui ne peut être réduit ni à la Collaboration pure et dure, ni aux vichysto-résistants. Je ne parle même pas des thèses de Louis-Dominique Girard destinées à accréditer un dédouanement général... et qui ne résistent pas à pareil témoignage.
Autre personnalité : l'amiral Platon, admirable dans la défense de Dunkerque, ministre de septembre 1940 à mars 1943, et qui fut lui aussi à Vichy le partisan d'une Collaboration très avancée, au point d'entrer lui aussi en conflit avec Laval et de participer, en juillet 1944, à une tentative de renversement de ce dernier de conserve avec Benoist-Méchin et le gratin de la Collaboration parisienne (Brinon, Déat, Luchaire).
Il faudrait tout de même également évoquer Joseph Darnand, qui au départ n'a aucun lien avec la Collaboration parisienne et se trouve être originellement anti-allemand. Lui croyait ardemment dans la Révolution nationale ("Ce ne sont que des mots", ironisait Pierre Laval), au point de constituer au sein de la très conformiste Légion française des combattants le flamboyant Service d'ordre légionnaire qui devait finir comme on le sait, en passant en 1943-1944 par la case Vichy, en force supplétive de l'Occupant et en très officielle officine de guerre civile : la trop fameuse Milice au sein de laquelle furent entraînés non pas seulement des hommes de sac et de corde, mais aussi des idéalistes qui payèrent très cher leur fidélité à la Révolution nationale. La façon dont certains dignitaires vichystes - à commencer par le premier d'entre eux - se sont tardivement désolidarisés de la bien encombrante Milice n'est pas d'une extrême élégance.