Deux remarques peuvent être formulées à propos de cette critique par Réginald 2026-06-01 15:14:47 |
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D'une part, l'argumentation repose largement sur des formulations subjectives. Mgr Strickland écrit notamment que certaines orientations « semblent susceptibles » de créer de la confusion, que l'accent « semble souvent être inversé », que certaines affirmations « donnent l'impression » d'une théologie anthropocentrique, que le Christ « paraît presque » davantage présenté comme accomplissement de l'humanité que comme Sauveur, ou encore que le salut « paraît moins central ». Ces affirmations ne constituent pas, à elles seules, une démonstration. On s’attendrait à l'identification précise de propositions incompatibles avec la doctrine catholique et l'établissement rigoureux de leur incompatibilité.
D'autre part, le reproche selon lequel l'encyclique placerait l'homme au centre au détriment de Dieu n’est pas conforme avec le propos de l’encyclique. Celle-ci est en effet structurée autour de la métaphore biblique de Babel, qui en constitue le fil conducteur. L’expression renvient une dizaine de fois sous sa plume. Léon XIV affirme ainsi que le défi contemporain « ne se situe pas entre un “oui” ou un “non” à la technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem », et invite explicitement à « éviter le syndrome de Babel ». (n°9)
Cette perspective est d'ailleurs confirmée par la référence explicite à saint Augustin. Le pape présente l'histoire humaine comme le théâtre d'une lutte entre deux amours qui engendrent deux cités : l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, qui édifie la cité céleste, et l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, qui édifie la cité terrestre. Le cadre retenu est donc aussi résolument théocentrique. (voir n° 130)
Or, dès son commentaire du récit de la Genèse, Léon XIV explique que le projet de Babel est voué à l'échec parce qu'il est conçu « sans référence à Dieu » et procède d'une « prétention à l'autosuffisance ». Il ajoute que Babel révèle la limite de toute construction qui naît de « l'absolutisation de l'humain » (n° 7). Le cœur de son analyse consiste ainsi à dénoncer la tentation anthropocentrique d'une humanité qui prétend s'accomplir par ses seules forces et construire son avenir indépendamment de Dieu.
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