Le Forum Catholique

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images/icones/croix_byzantine.png  ( 998809 )Sa béatitude Joseph Slipij et les sacres de 1977 par Ludwik (2026-05-07 08:41:45) 

Un sujet qui revient en force, pour des questions très utilitaires, si j’ose dire.

Première remarque : ceux qui en parlent ou le citent n’entrent jamais dans les détails pour une raison simple : ils n’ont pas accès aux sources et ne parlent pas ukrainien.
Pour les gens motivés : les archives se trouvent dans le bâtiment mitoyen de la basilique Sainte-Sophie des Ukrainiens à Rome.
Ces archives sont seulement en cours d’inventaire et de classement.

Cependant, on peut en tirer plusieurs éléments intéressants.
Je commence par la fin :
==> aucun des trois évêques n’a exercé de ministère épiscopal jusqu’à la reconnaissance de leur épiscopat par Rome en 1996. Une différence de taille ;
==> les ordinations ont eu lieu secrètement. On est loin des agences de voyage organisant le déplacement à Écône.

==> Joseph Slipyi a sacré trois évêques en 1977 pour l’Église gréco-catholique ukrainienne. Le sacre a eu lieu secrètement aux environs de Castel Gandolfo, dans le monastère des Studites.
L’Église ukrainienne disposait alors d’un épiscopat actif dans la diaspora. Le problème était celui de l’extinction probable de la succession apostolique de l’Église clandestine. (Joseph Slipyi avait juste eu le temps de sacrer, dans sa chambre d’hôtel à Moscou, Mgr Velychkovsky avant d’être expulsé d’URSS.)
Il s’agissait donc d’avoir un épiscopat de réserve pour l’Église clandestine. Le secret s’imposait, afin qu’en cas de passage de la frontière soviétique, les évêques ne soient pas immédiatement arrêtés (comme ce fut le cas dans les années vingt).

==> Son prédécesseur avait reçu ce droit (sacrer sans en référer à Rome) de saint Pie X, droit confirmé par tous ses successeurs. Ce droit n’avait pas été retiré, et Slipyi était à la tête d’une Église toujours persécutée.

==> Plus accessoirement, il prétendait au titre patriarcal. Or ce titre n’est pas honorifique (comme pour Venise ou Lisbonne), contrairement à ce que semblent penser certains Latins. C’est un statut canonique très particulier qui donne des droits.
Par exemple, lors de l’élection du patriarche, celui-ci doit en faire part à Rome, mais n’a pas à attendre une confirmation romaine.
De même pour le choix et le sacre des évêques : ce droit est supposé délégué par Rome. Ainsi, pendant plus de mille ans, les patriarches ont sacré sans avoir nécessairement l’accord explicite de Rome ; ils l’avaient implicitement par leur statut même.

Maintenant, jeu des sept erreurs : comparez avec les sacres de 1988 — ou avec ceux de 2026, si Rome s’oppose aux sacres.

Évitez le psittacisme, maladie très répandue dans certains milieux tradis français : on ne pense plus, on répète à n’en plus finir : « la nécessité », vous dis-je ! Brrr…

N.B. : Il ne faut pas trop forcer sur l’opposition de Paul VI, car nous ne savons rien de ce qui s’est passé en sous-main, loin des déclarations diplomatiques. Seule l’ouverture des archives nous le dira.

P.S. : Le problème énorme est méthodologique : on ne peut pas avoir en tête la conclusion à laquelle on souhaite arriver avant de faire l’analyse des faits ! Chacun le sait avec un minimum de formation académique. Une telle démarche invalide tout le raisonnement.

La seule exception concerne la Foi. Or les sacres ne sont pas un élément constitutif du dogme, mais une décision prudentielle… que certains ont élevée au rang de dogme.
images/icones/fleche3.gif  ( 998812 )Merci Ludwik par Pétrarque (2026-05-07 08:56:05) 
[en réponse à 998809]

C'est intéressant, et effectivement éclairant.
images/icones/coeur.gif  ( 998816 )Je vous en prie par Ludwik (2026-05-07 09:07:52) 
[en réponse à 998812]

Tout est dans le titre.
En vous priant d'excuser ma mauvaise humeur.
images/icones/carnet.gif  ( 998815 )merci beaucoup par Réginald (2026-05-07 09:06:43) 
[en réponse à 998809]

Merci beaucoup pour ces précisions historiques, Ludwik. Le point le plus intéressant, et probablement le plus profond théologiquement, est peut-être celui-ci : « aucun des trois évêques n’a exercé de ministère épiscopal jusqu’à la reconnaissance de leur épiscopat par Rome en 1996 ».

Pourquoi ce fait est-il capital ? Parce qu’il souligne la distinction fondamentale entre la validité sacramentelle d’un sacre (le pouvoir d’ordre) et l’agrégation effective à la hiérarchie de l’Église (le pouvoir de juridiction).

Dans le cas de Josyf Slipyj, on a sauvegardé la succession apostolique dans le secret, tout en respectant la structure visible de l’Église : les évêques n’ont pas revendiqué de mission publique tant que Rome ne les avait pas formellement reçus dans la communion hiérarchique.
images/icones/carnet.gif  ( 998822 )Question sur le sanctoral par Halbie (2026-05-07 09:57:29) 
[en réponse à 998809]

Pardon de vous poser une question HS : est-ce qu'il y avait des saints postérieurs au schisme dans leur calendrier avant Vatican II ? Est-ce que certains y ont été introduits par la suite ?
images/icones/croix_byzantine.png  ( 998836 )Sanctoral des Eglises orientales par Ludwik (2026-05-07 11:06:56) 
[en réponse à 998822]

Je prépare un ouvrage dans lequel cette question sera abordée (succinctement), ce qui me permet de vous répondre, un peu, sans être un spécialiste du sujet.
J’avais parlé aussi de cette question ici : ici.

Ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que la date de séparation retenue — notamment pour la reprise des sanctoraux — est celle du concile de Florence. Son refus marque la séparation bien plus que les excommunications mutuelles et personnelles de 1054.
Le protocole retenu, après discussion lors du concile de Florence, est d’ailleurs éloquent : les deux « Églises », latine et byzantine, étaient traitées à parité d’honneur, si je puis dire. Il s’agissait d’une « réunification », visant à surmonter des incompréhensions ecclésiologiques, théologiques, liturgiques et disciplinaires.
Ce n’était pas d’affreux schismatiques venant demander pardon à la Rome éternelle !
Et Rome leur reconnaissait le droit et la possibilité d’offrir à la vénération des fidèles des saints et des saintes.
Il y a donc, dans les calendriers orientaux byzantins notamment, toute une partie du sanctoral composée de saints ayant vécu après 1054, mais avant le concile de Florence.

Je ne sais pas si j'ai répondu à la question ?
images/icones/fsspx.gif  ( 998866 )Précisions par Capucin (2026-05-07 15:45:22) 
[en réponse à 998809]

Personne ne mettra en prison Nosseigneurs Fellay et de Galarreta pour les ordinations épiscopales du 1er juillet prochain. Point n'est donc besoin de se cacher pour les faire, ce qui évidemment n'était pas le cas en 1977.

Autre point subsidiaire au premier : nous sommes actuellement dans un contexte où la présence de 15 000 à 20 000 personnes dans la plaine d'Ecône assistant à cet acte non anodin sera perçu comme une manifestation de soutien massif par nombre de catholiques qui auront fait le déplacement du monde entier et même par certaines autorités de l'église. Une sorte de démonstration de force en somme. Nous savons bien que le nombre compte ô combien sur ce sujet où les traditionalistes se voient systématiquement opposer les chiffres de l'église universelle.
images/icones/1h.gif  ( 998880 )Pour avoir "du monde"... par Alexandre (2026-05-07 19:05:10) 
[en réponse à 998866]

... il vaudrait mieux fixer la cérémonie un samedi matin, non ?
En plein milieu de semaine, moins évident de se libérer, d'abord, puis de venir, surtout de loin.
images/icones/iphone.jpg  ( 998884 )La date du 1er juillet n’est pas anodine par Capucin (2026-05-07 19:23:24) 
[en réponse à 998880]

Et n’a pas été fixée par hasard : c’est la fête du très précieux sang de NSJC.

Puis c’est 2 jours après les ordinations diaconales et sacerdotales au séminaire d’Econe. Donc les 2 prélats pourront se reposer / préparer.

D’ailleurs comme celles des prises de soutanes à la FSSPX, des différents ordres conférés et des ordinations sacerdotales. Ce sont des dates précises car elles se rapportent à des évènements liés aux Saintes Écritures ou à la foi.

Le but des sacres n’est pas de faire venir du monde en soi mais, en raison de l’événement, ce sera le cas.
images/icones/fleche3.gif  ( 998904 )Un article détaillé du RP Joseph par Ludwik (2026-05-08 07:13:58) 
[en réponse à 998809]

Un précédent aux sacres de la FSSPX : les sacres du 2 avril 1977 par le cardinal Slipyj : Ici
images/icones/attention.gif  ( 998905 )Excellent article très détaillé par Ludwik (2026-05-08 07:27:29) 
[en réponse à 998904]

Dont je ne peux guère que conseiller la lecture attentive à tous.

Il faut bien passer la fléche de la souris sur les notes pour pouvoir les lire au fur et à mesure.
Ces dernières apportant des précisions tout à fait importantes.

images/icones/carnet.gif  ( 998924 )Ca me semblait contradictoire par Meneau (2026-05-08 20:15:45) 
[en réponse à 998905]

J'avais lu cet article, mais il me paraissait contradictoire avec certains des éléments que vous aviez posté dans le fil dédié (repris sur le S.Beige au passage)

En particulier, il semble d'après cet article qu'il ait sacré sans mandat, non pas à cause du titre de patriarche qui lui était refusé par Paul VI et des prérogatives associées, mais parce qu'il pensait que Paul VI refuserait ?

Cordialement
Meneau
images/icones/croix_byzantine.png  ( 998929 )Pas contradictoire et pas décisif, par Ludwik (2026-05-09 04:25:19) 
[en réponse à 998924]

Me semble-t-il.
En tout cas, je l’espère, car le père Joseph m’avait gentiment fait passer son article en préparation avant publication et a bien voulu tenir compte des faits que j’ai pu porter à sa connaissance.

Mon post étant postérieur à ma lecture dudit article, j’espère bien que mon ajout sur le FC est complémentaire et non contradictoire avec l’article en question.
L’article du père Joseph est intéressant du point de vue historique ; l’interprétation qui en est tire relève, elle, de la responsabilité de l’auteur.

Pour comprendre pourquoi l’article n’est pas décisif, il faut, comme je le proposais, jouer au jeu des sept différences.
Je vous les propose en accéléré.
Tout d’abord, quatre raisons pour lesquelles Joseph Slipyj pouvait revendiquer ce droit (sacrer sans permission explicite du pape) :
1) Il était cardinal et ne tombait donc pas sous le coup de la loi pénale de l’Église (c’est l’apport de l’article du père Joseph). Note 36.

2) Son prédécesseur avait ce droit, explicitement donné par saint Pie X et confirmé par ses successeurs. Droit justifié par la persécution de l’Église ukrainienne. La persécution se poursuivait, et Rome n’avait pas remis en cause ce privilège.(note 39)

3) Depuis l’Union de Brest (1596), tous ses prédécesseurs avaient ce droit (l’Union de Brest le mentionne), même si celui-ci a pu être malmené par l’histoire et par la Curie en particulier. (note 25).

4) Sa demande de reconnaissance du patriarcat était conforme au droit de l’Église et aux dispositions du concile Vatican II pour les Eglises orientales (nore 20).

=> C’est sans doute l’argument le moins fort juridiquement pour Rome, mais le plus motivant pour les Ukrainiens.

Puis trois autres différences avec les sacres qu’effectuera Mgr Lefebvre :
5) Sacres en secret.
6) sacres uniquement pour l’Église clandestine, au cas où la succession apostolique s’interromprait en Union soviétique.
7) Aucune mission épiscopale confiée aux évêques jusqu’à leur reconnaissance par Rome.

J'ajoute un huitiéme point à ces 7 éléments et qui n'est pas le moindre même s'il est assez évident: l'absence de permission explicite (fût ce parce que la permission n'est pas demandée) n'est pas un refus explicite.

Voici pourquoi un paralléle m’apparaît impossible.
Maintenant, venons-en à la motivation de ces sacres de 1977 :
==> Sacres en secret parce que ces évêques constituaient une réserve épiscopale pour un éventuel passage dans la clandestinité en URSS ? Ou secret pour éviter un refus en cas de demande officielle (Ostpolitik de Paul VI) ?

Probablement les deux. Le premier élément est certain. Le second, non (note 32).
C’est pour cela que vous trouverez dans l’article du père Joseph des notes qu’il faut impérativement lire. Que Paul VI et son Ostpolitik aient été insupportables pour Slipyj, c’est certain ; qu’il n’ait pas été au courant des sacres l’est moins.
Il faudra attendre l’ouverture des archives et leur publication.

_________________________________________________

Pour continuer sur l’article du père Joseph, je ne reprendrai qu’un seul élément de conclusion, qui relève donc d’une interprétation libre de l’auteur.

C’est le paragraphe où l’auteur imagine quelles ont pu être les circonstances atténuantes de Joseph Slipyj face à Rome.

Je passe sur le fait de présenter Joseph Slipyj comme partisan de la liberté religieuse, la note 43 détruisant, à mon sens, l’argument.
Je voulais seulement dire un mot sur l’idée selon laquelle Joseph Slipyj n’aurait pas rejoint le combat de Mgr Lefebvre pour la messe.
Et là, je trouve cela assez baroque.
Sa Béatitude était patriarche de l’Église ukrainienne. Il n’a jamais célébré de sa vie le rite latin. Il aurait été assez insensé de se révolter ouvertement contre une réforme liturgique qui ne concernait ni lui ni son Église.
C’était aux évêques latins de le faire, et aucun — sauf deux — ne l’a fait.
L’Église latine n’est pas l’Église universelle !

PS:
- la note 44 souligne qu'il fut horrifié par la messe normatrice.

- Le salon beige a repris mon post, avec ma permission. Mais mon post ne se veut pas contradictoire avec l'article du pére Joseph mais complémentaire. Et il faut bien distinguer la partie des faits établis et celle de l'interprétation.

- Je m'arrête ici, j'espére que quelqu'un lira jusqu'au bout !
images/icones/carnet.gif  ( 998932 )Merci par Meneau (2026-05-09 12:59:01) 
[en réponse à 998929]

Je vous ai lu jusqu'au bout, et j'avais bien lu les diverses notes de l'article du père Joseph.

1/ Le fait qu'il était cardinal et ne tombait pas sous le coup de la loi pénale de l'Eglise ramène le problème à un aspect purement juridique, distinct du droit divin.

Idem pour les point 2 et 3.

6/ et 7/: les éveques sacrés par lui n'avaient pas de "mission". Entendez-vous par là qu'ils n'avaient pas de mission canonique donnée par l'Eglise ? Ou bien se sont-ils aussi abstenu de tout acte relevant de leur statut d'évêques (enseignement/prêche, confirmations, ordinations, ...). Et se seraient-ils abstenu de consacrer à leur tour si la situation avait perduré et que la succession apostolique avait été à nouveau menacée ?

Pour finir, votre 8ème point est tendancieux et c'est justement ce qui m'avait fait tiquer lors de ma première réponse : lorsqu'on s'abstient de demander parce qu'on sait qu'on aurait obtenu un refus, cela relève de l'ignorance coupable, et c'est en soi le même acte de désobéissance.

Je vous accorde que tout cela n'est pas décisif, dans la mesure où il y a aujourd'hui encore beaucoup de choses secrètes ou inconnues.

Cordialement
Meneau
images/icones/fleche3.gif  ( 998938 )Je vous en prie. Remarques complémentaires. par Ludwik (2026-05-09 15:57:16) 
[en réponse à 998932]

1) Ce que je voulais souligner, c’est que ce droit (de sacrer sans demander une permission explicite à chaque fois), il l’avait.
De par sa fonction même, ce droit lui était délégué.

Ces évêques n’ont exercé aucune fonction épiscopale jusqu’à leur reconnaissance par Rome. Et c’est logique : pour être évêque catholique, il faut être agrégé par le pape au corps épiscopal.

Ceci explique qu’un patriarche sacrant un nouvel évêque doive en informer le pape.

Ce n’est pas tout de recevoir la plénitude du sacrement de l’ordre pour être évêque catholique ; il faut encore faire partie du corps épiscopal dont le chef est le successeur de Pierre. D’où la remarque de Mgr Tissier ici

2) Pour les confirmations, je ferai remarquer au passage que le problème ne se pose pas pour l’Église ukrainienne, les prêtres ayant la faculté usuelle de confirmer. Et heureusement, car la confirmation suit immédiatement le baptême.
Imaginer que, pour chaque baptême, il faille la présence d’un évêque !

3) De la remarque précédente en vient une autre : la FSSPX aurait pu demander à Rome le pouvoir pour certains de ses prêtres de confirmer (par exemple les supérieurs de district). Cela aurait déchargé les deux évêques restants de la majorité de leurs obligations sacramentelles et peut-être rendu moins urgent les sacres.

==> Pour le point 8, je ne sais pas si c'est tendancieux, mais la précision mérite d'être apportée.

images/icones/iphone.jpg  ( 998928 )Merci pour cet article décisif par Signo (2026-05-09 02:15:27) 
[en réponse à 998904]

Car il montre avec quasi-certitude qu’il est possible, dans des circonstances extrêmes et nécessairement rares, de sacrer des évêques non seulement sans mandat, mais contre la volonté romaine.

Ce n’est donc pas la question des sacres en eux-mêmes qui est problématique, mais davantage un certain état d’esprit marqué par une perte du sens de l’Eglise qui caractérise la Fraternité.

Il est donc clair que la position consistant à exclure radicalement et en toute circonstance des sacres contraires à la volonté romaine est exagéré, quelque soient la pertinence du raisonnement par ailleurs.

Comme l’a écrit récemment le P. Cyrille du Barroux:

Les priorités au sein de la vie de l’Église sont inversées, érigeant la dimension canonique et juridique – autrement dit, un certain positivisme juridique – en critère suprême. De plus, on constate parfois un manque de connaissance historique concernant la pratique de l’Église en matière d’ordinations épiscopales. La désobéissance est ainsi trop facilement assimilée au schisme. Les critères de communion épiscopale avec le Pape, et par conséquent la compréhension de ce qui constitue véritablement un schisme, sont envisagés de manière excessivement unilatérale par rapport à la pratique et à la conception que l’Église avait d’elle-même à l’époque patristique, au temps des Pères de l’Église. Dans ce débat, de nouveaux quasi-dogmes, absents du dépôt de la foi, sont établis. Ces quasi-dogmes affirment que le consentement du pape à la consécration d’un évêque est de droit divin et qu’une consécration effectuée sans ce consentement, voire contre une interdiction papale, constitue en soi un acte schismatique.

Or, la pratique et la compréhension de l’Église, tant à l’époque des Pères de l’Église que pendant une longue période ultérieure, s’opposent à cette conception. De plus, il n’existe pas d’opinion unanime sur ce point parmi les théologiens reconnus de la tradition bimillénaire de l’Église. Des siècles de pratique ecclésiale, ainsi que le droit canonique traditionnel, s’opposent également à de telles affirmations dirimantes. Selon le Code de droit canonique de 1917, une consécration épiscopale effectuée contre la volonté du pape n’était pas punie d’excommunication, mais seulement de suspension. Par-là, l’Église a clairement manifesté qu’elle ne considérait pas un tel acte comme schismatique.

images/icones/carnet.gif  ( 998958 )oui par Réginald (2026-05-10 11:30:00) 
[en réponse à 998928]

Le problème n’est pas celui du mandat en lui-même. L’histoire de l’Église a connu des irrégularités, des exceptions et des souplesses disciplinaires. Mais elle n’a jamais considéré comme normal la constitution durable d’un épiscopat autonome fonctionnant contre la volonté explicite du principe visible d’unité. La vraie question est plutôt : comment les évêques sont-ils reçus dans la communion hiérarchique actuelle de l’Église ?

C’est d’ailleurs ce que Mgr Tissier reconnaissait lui-même avec beaucoup d’honnêteté : « il ne peut y avoir d’évêque légitime sans le pape, sans l’accord au moins implicite du pape ».
De même, l’abbé de La Roque écrivait : « Il existe bien dans la Fraternité une juridiction ordinaire qui descend du pape (même à son corps défendant) (sic) au supérieur pour lui permettre, entre autres, l’incardination de ses membres. »

Cette formule est très révélatrice : elle montre bien que la question décisive demeure celle de l’insertion effective dans la communion hiérarchique de l’Église.
Cette exigence d’un accord au moins implicite du pape a conduit certains auteurs à chercher ensuite des constructions théologiques de plus en plus échevelées pour justifier a posteriori la situation.
images/icones/iphone.jpg  ( 998961 )Dans l’esprit des membres de la FSSPX par Signo (2026-05-10 13:15:07) 
[en réponse à 998958]

Ces sacres sont compris comme une opération d’urgence pour sauvegarder le minimum de vie sacramentelle dans un contexte de crise gravissime.

Le ministère de ces évêques est donc présenté comme provisoire: une fois la crise passée, ils se mettront à la disposition du Siège apostolique qui leur confiera officiellement une mission canonique.

Cette approche est défendable, mais le problème est qu’aucun critère n’est donné permettant d’identifier le seuil en dessous duquel l’état de nécessité n’existera plus. Car la crise de l’Eglise est un phénomène complexe ayant de multiples facettes, dont l’évaluation peut être variable en fonction des critères choisis. Sans compter que le réalisme impose de prendre conscience du fait que les bouleversements qu’a connus l’Eglise ces dernières décennies sont d’une radicalité telle qu’une partie d’entre eux sont irrémédiables, et donc que nous ne reviendrons jamais à l’Eglise de Pie XII, y compris sur le plan doctrinal.

Pourtant, il est possible de poser des critères objectifs: par exemple, le droit reconnu à l’usage des anciens livres liturgiques dans leur intégralité, et un statut protecteur pour les communautés traditionnelles, ainsi qu’une certaine liberté de critique des erreurs répandues dans le corps ecclésial.

Mais même cela ne serait probablement pas jugé suffisant pour la FSSPX. La réalité est que cette dernière s’est habituée à l’autocéphalie et n’a plus aucun désir d’en sortir. Ils vont alors être contraints de produire un argumentaire toujours plus complexe pour justifier les sacres futurs et le maintien d’une vie ecclésiale séparée. Et c’est là que sur le long terme, il y a un risque de dérive hérétique. Car on ne connaît pas de groupe durablement séparé du corps vivant de l’Eglise qui ne finisse, tôt ou tard, par adopter telle ou telle position hétérodoxe, ne serait-ce que pour justifier le maintien d’une situation bancale.

Une fois encore, la lourde responsabilité de cette impasse repose sur les évêques et les autorités romaines, qui depuis les années 1960 ont vraiment tout fait pour susciter, nourrir et durcir cette réaction qui débouche sur la cristallisation actuelle.
images/icones/1f.gif  ( 998970 )La Petite Église n'est pas hérétique par Pétrarque (2026-05-10 18:32:57) 
[en réponse à 998961]


Et c’est là que sur le long terme, il y a un risque de dérive hérétique. Car on ne connaît pas de groupe durablement séparé du corps vivant de l’Eglise qui ne finisse, tôt ou tard, par adopter telle ou telle position hétérodoxe, ne serait-ce que pour justifier le maintien d’une situation bancale.



Les dissidents de la Petite Église, par exemple, sont schismatiques depuis plus de 200 ans, mais ils ne sont pas hérétiques au sens strict du terme.

Leur foi n'a jamais dévié, même s'ils n'ont rien accepté, depuis 1801, des développements successifs du dogme catholique.
images/icones/iphone.jpg  ( 998972 )La Petite Eglise par Signo (2026-05-10 20:49:57) 
[en réponse à 998970]

N’est plus à proprement parler une Église, puisqu’ils n’ont plus de clergé. Les derniers évêques de cette Église ayant refusé d’en sacrer de nouveaux… les fidèles prient avec les missels gallicans du XVIIIe siècle mais sans prêtres ni sacrements (comme certains vieux-croyants russes orthodoxes). En revanche ils peuvent avoir selon leurs propres règles une vie ecclésiale et sacramentelle normale en dehors de France, puisque l’objet du litige ne concerne que la démission forcée de l’épiscopat français.

Un témoignage intéressant d’un prêtre orthodoxe né dans les milieux de la « Petite Église » à écouter ici.

Voyez en revanche le naufrage des Vieux-catholiques…
images/icones/carnet.gif  ( 998985 )Naufrage logique par JFB33 (2026-05-11 00:35:47) 
[en réponse à 998972]

Plus d'évêques, plus de sacrements = naufrage assuré.
Raison de plus pour ne pas les comparer à la FSSPX qui elle, en 2026 et bien plus prudente sur le sujet.
images/icones/info2.gif  ( 998996 )ne soyez pas si pessimiste JFB33 d'une part par Luc Perrin (2026-05-11 10:46:56) 
[en réponse à 998985]

et d'autre part en référence à un de vos posts, l'intelligence est une qualité plus répandue que vous ne semblez le penser en la réservant aux seuls dirigeants successifs (supérieur et son conseil) de la FSSPX.

Le baptême n'a point besoin d'évêque, vous devriez le savoir et pas même besoin d'un prêtre ; le mariage n'a qu'un prêtre comme témoin, dans les situations extrêmes sans évêque ni prêtre, ils restent possibles.

Des chrétiens, en dehors de la très Petite Église, ont pu subsister envers et contre tout sans diacre, sans prêtre et sans évêque pendant 250 ans au Japon et dans une situation de persécution cruelle type Dioclétien ou stalinienne impitoyable qui ne s'est relâché - et encore jamais complètement - qu'à la fin du XVIIIe-premier XIXe siècle.
Rien de volontaire dans leur condition tragique, à la différence de la toute Petite Église. Puissions nous tous faire preuve d'autant de courage et d'endurance que ces humbles ... L'intelligence n'est pas tout dans la vie chrétienne et il est bien des manières de l'exercer en outre.

Après tout, le Christ dit clairement en Matthieu 18, 20 :
"En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux." (version AELF)

Pas un évêque et deux ou un évêque, un prêtre et un laïc ...

Ceci posé, il est clair que ces situations extrêmes sont très inconfortables, privent de l'eucharistie et d'autres sacrements et ouvrent la porte, sur le long terme, à des déviations diverses (syncrétisme au Japon de la majorité, repli définitif d'une partie).

Ce n'est sûrement pas la voie à souhaiter pour les communautés liées à la FSSPX ni au Tradiland en général puisque c'est bien vers ce but que T.C. dirige toutes les communautés.
images/icones/carnet.gif  ( 999006 )Et les autres sacrements ? par JFB33 (2026-05-11 18:11:20) 
[en réponse à 998996]

L'Ordre notamment ?
On tourne en boucle pour la 1000ème fois sur ce forum.
C'est lassant.
images/icones/iphone.jpg  ( 999003 )Vous n’avez pas compris par Signo (2026-05-11 12:08:12) 
[en réponse à 998985]

La Petite Église précisément n’a pas vraiment fait naufrage dans la foi, en dépit du fait qu’elle a refusé de faire ce que fait aujourd’hui la FSSPX: constituer une hiérarchie parallèle.

Au contraire, l’Eglise vieille-catholique, qui après avoir refusé Vatican I a constitué une hiérarchie épiscopale parallèle, célèbre aujourd’hui des mariages homosexuels…
images/icones/fleche3.gif  ( 999005 )Vous êtes sourds par JFB33 (2026-05-11 18:09:47) 
[en réponse à 999003]

Combien de fois faudra-t-il expliquer sur ce forum qu'il n'y a aucune intention ni aucune formalisation d'une hiérarchie parallèle au sein de la FSSPX ?
Quel est son pape ? A-t-elle des diocèses avec des évêques ?
Pour qui prie-t-elle au Canon de la messe ?
Un peu de sérieux zut !
images/icones/3f.gif  ( 998991 )Quel dommage qu’il ne soit resté vieux calendariste par Ludwik (2026-05-11 07:42:21) 
[en réponse à 998972]

En dire tant de bien pour finir acoquiné avec Moscou.
images/icones/carnet.gif  ( 998983 )Ils sont plus intelligents par JFB33 (2026-05-11 00:33:35) 
[en réponse à 998961]

Que vous et moi même

Vous nous dites :


Pourtant, il est possible de poser des critères objectifs: par exemple, le droit reconnu à l’usage des anciens livres liturgiques dans leur intégralité, et un statut protecteur pour les communautés traditionnelles, ainsi qu’une certaine liberté de critique des erreurs répandues dans le corps ecclésial.
Mais même cela ne serait probablement pas jugé suffisant pour la FSSPX. La réalité est que cette dernière s’est habituée à l’autocéphalie et n’a plus aucun désir d’en sortir. Ils vont alors être contraints de produire un argumentaire toujours plus complexe pour justifier les sacres futurs et le maintien d’une vie ecclésiale séparée.



Concernant le premier paragraphe cité, aucun des 3 aspects n'est rempli donc déjà la question ne se pose même pas !
Sans parler de rétirer certains textes du Concile qui portent trop à la confusion et dons à des erreurs.

Quand tout celà sera réglé, laissez les supérieurs de la FSSPX décider ce qu'ils décideront de faire. Ils sont plus intelligents que vous et nous tous ici sur le forum.
images/icones/fleche3.gif  ( 998966 )C'est un grand classique par Ludwik (2026-05-10 16:08:46) 
[en réponse à 998958]

ou par nécessité historique, des groupes ecclésiaux se mettent à sécréter leur propre ecclésiologie.

Les exemples historiques sont nombreux... tout au long de l'hsitoire d l'Eglise.
images/icones/rose.gif  ( 998975 )le "comment" a varié dans l'histoire mais ne pose pas question par Luc Perrin (2026-05-10 21:20:15) 
[en réponse à 998958]

en fait.

Les évêques constitutionnels français élus dans un schisme déclaré ont pour partie rejoint "la communion hiérarchique" actuelle de leur temps via l'application du "concordat" de 1801 par Napoléon Bonaparte, Premier Consul.
Plusieurs évêques chinois de même avant l'accord secret - toujours secret - de 2018. A fortiori depuis et même l'un d'eux désignés par l'Association chinoise hors accord a rejoint cette communion en 2023.

Feu Mgr Rangel (Campos) de même en 2001 via une démarche et une lettre publiée.
Il y a eu des cas en Europe orientale aussi à l'issue de la période communiste soviétique sauf erreur de ma part.

Ne nous inquiétons pas trop du "comment", l'imagination des canonistes est quasiment sans borne, et quand Rome veut à tout prix la paix (avec la France révolutionnaire, avec la Chine communiste, avec Cuba sous Fidel Castro, avec l'Ostpolitik ...), le Saint-Siège trouve toujours un Consalvi, un Casaroli, un Parolin avec la boîte à outils canoniques pour aboutir à une solution.

Ce n'est point tant du "comment" mais du "veut-on" qu'il faut se soucier, veut-on à Rome et à Menzingen à la fois parvenir à une forme d'agrément aussi souple soit-elle à la façon chinoise ?
images/icones/carnet.gif  ( 998978 )L’illusion du droit futur par Réginald (2026-05-10 21:47:51) 
[en réponse à 998975]

Je ne contesterai pas vos exemples historiques : ils sont très justes et montrent bien la grande souplesse avec laquelle Rome a souvent résolu après coup des situations très irrégulières.

Mais ils me semblent aussi poser implicitement une autre question : quelle est précisément la nature ecclésiale de la situation avant cette réconciliation ?

Car le fait qu’une régularisation future soit possible ne suffit pas à qualifier pleinement la situation présente. Et rien ne garantit d’ailleurs qu’une réconciliation aboutira nécessairement un jour. L’histoire montre aussi, vous le savez, des séparations devenues durables.

L’Église, en bonne mère, préfère souvent laisser la porte ouverte. Mais une porte ouverte n’est pas encore une maison pleinement habitée en commun.

Cela me fait penser, analogiquement, à une personne divorcée remariée profondément persuadée que son premier mariage sera probablement reconnu nul par l’Église. Cette conviction peut être sincère, raisonnable, et même finalement confirmée plus tard. Mais tant que cette reconnaissance n’a pas eu lieu, elle ne suffit pas encore, à elle seule, à transformer objectivement la situation présente ni à permettre de raisonner comme si la décision avait déjà été rendue.