Sainte tambouille ou De l'acceptation des Saints des Eglises orientales dans le sanctoral catholique par Ludwik 2026-01-07 17:57:08 |
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Récemment, la question de l’infaillibilité des canonisations a été soulevée.
Il n’est pas inintéressant de savoir comment les saints vénérés par les Églises orientales sont acceptés dans les sanctoraux catholiques lorsque l’Union est faite, ou en vue de celle-ci.
Cette lettre est fort longue ; aussi n’en ai-je donné qu’un long extrait. Elle est de Jean-François Charron, dit Cyrille Korolevskij, que tous les amateurs d'histoire de l'Eglise connaissent bien. Prêtre français de rite byzantin, le plus grand connaisseur des Églises orientales du XXe siècle, après sept ans en Syrie et au Liban, il passa sa vie à Rome, comme consulteur et assistant à la congrégation des Eglises orientales.
Travailleur acharné et infatigable de la cause de l'Union et pourfandeur de l'uniatisme.
Il fut d’abord sous la juridiction melkite, puis sous celle du métropolite André Szeptyckyj.
Pour les questions portant sur l’Église d’Orient, il fut l’homme de confiance — ou l’un des hommes de confiance — des pontifes romains, de Pie X à Pie XII.
La lettre est publiée dans le quatrième tome de ses mémoires autobiographiques, Kniga bytija moego, publié aux Archives secrètes vaticanes par G. M. Croce.
Il fut la cheville ouvrière de la délatinisation du rite ruthène.
Il raconte ici comment le sanctoral russe catholique a été élaboré.
KOROLEVSKIJ à DUMONT
Rome, 29 octobre 1947
Archives Istina
Rome, 29 octobre 1947
Je continue donc là où j’en étais resté : dans la dernière lettre je vous faisais l’historique des travaux ; dans celle-ci je veux traiter l’une des principales objections que l’on a faites :
« Nous n’avons pas inséré tous les saints russes qui se trouvent dans le Sluijebnik. »
I.
Les Ruthènes ont été tout à fait radicaux. Si l’on excepte le Basilien Ignace Kulcynskyj (qui, dans son Specimen Ecclesiae Ruthenicae, Rome, 1733), publié pourtant, avec toutes les approbations possibles de gens qui n’y entendaient rien, accepte soixante-cinq saints qui ne sont pas tous de la Russie occidentale, mais bien aussi de la Russie du Nord et même de la Grande-Russie, ses successeurs ont été beaucoup plus sévères. Ils sont partis d’un principe simpliste : la Russie faisant partie de l’« Église grecque » ; or le schisme grec date de 1054, donc tout ce qui est postérieur à 1054 doit être rejeté en bloc. De fait, si vous ouvrez les livres récents des Ruthènes, vous y voyez figurer : Vladimir, Olga, Boris, Gleb, Josaphat de Polotsk, et c’est tout (…).
Tout le monde était d’accord pour admettre que, dans un livre destiné avant tout aux Russes catholiques, il fallait admettre un certain nombre de saints russes. Pour mon compte, j’allais plus loin : nos livres ne sont pas seulement destinés aux Russes, mais bien à tous ceux qui suivent le rite byzantin en langue slave, sauf les Ruthènes, qui ont leur recension à part. Donc j’entendais que la discussion portât aussi sur les saints serbes et bulgares, et que l’on en insérât le plus grand nombre possible. On y consentit.
La première chose à faire était de déterminer les critères qui serviraient de base à notre examen. Les deux premiers furent acceptés d’emblée, et les voici : je traduis littéralement les procès-verbaux :
1° Les mêmes saints qui seront acceptés dans le calendrier du Sluijebnik le seront aussi dans les autres livres de la recension vulgate, c’est-à-dire Évangéliaire, Apostol, Ménée, Molitvoslov.
2° Il est à souhaiter que l’on puisse admettre le plus grand nombre possible de saints russes, principalement ceux qui sont particulièrement vénérés par le peuple russe ou qui ont contribué davantage à sa formation religieuse et ascétique.
Ceci posé, il se présentait une question préjudicielle, une objection (…) :
« Accepter des saints russes dans une édition catholique équivaut à procéder à leur égard à la canonisation que les canonistes appellent équipollente. »
La canonisation équipollente est une sentence par laquelle le Souverain Pontife ordonne d’honorer comme saint, dans l’Église universelle, un serviteur de Dieu pour lequel n’a pas été introduit un procès régulier, mais qui, depuis un temps immémorial, se trouve en possession d’un culte public.
En effet, depuis une constitution d’Alexandre III de 1170, les canonisations sont exclusivement réservées au pape dans l’Église catholique, constitution qui ne fut pas tout d’abord entendue dans un sens absolu, mais qui l’est devenue depuis un bref d’Urbain VIII de 1634 (ibid., coll. 1633-1634).
La réponse à cette question, si elle avait été affirmative, aurait pu tout arrêter dès le début. Elle fut examinée dans la séance du 14 juin 1940. On remarqua tout d’abord que nous n’avons aucune compétence pour déclarer que l’inscription d’un saint à un calendrier traditionnel, si nous la conservons, est équivalente à une canonisation équipollente au sens des canonistes. Cela est du ressort de la Congrégation des Rites, qui est la seule chargée d’instruire les causes des saints et de vérifier la légitimité de leur culte lorsqu’ils en possèdent déjà un. Nous n’avons même pas à proposer la question, car la pratique romaine, lorsqu’il s’agit des saints de l’Église orientale, est contraire.
En effet, chaque fois qu’il s’est agi d’examiner un livre contenant des noms de saints orientaux, depuis 1656 jusqu’au tout récent Horologe grec de 1937 — et le cas s’est présenté une dizaine de fois au moins — la question n’a jamais été soulevée. Il en serait resté trace dans les archives : or, ces archives, dûment examinées, n’en font pas mention. On s’est borné à prendre les calendriers traditionnels tels qu’ils étaient et à examiner les noms les uns après les autres. Ceux qui étaient hérétiques ou schismatiques ont été éliminés, les autres ont été acceptés, soit immédiatement lorsqu’il n’y avait aucun doute, soit après examen, et cela avec une très grande largeur de vues. Et le rapporteur cita un grand nombre d’exemples.
La Commission n’avait donc qu’à faire de même avec les saints russes, en tenant compte toutefois de la situation spéciale de la Russie, qui n’est pas la même que celle des Églises non byzantines (syrienne, copte, arménienne, éthiopienne) ou de l’Église byzantine de langue grecque.
En effet, pour celles-ci, on suit avec précision quand elles se séparèrent de l’unité catholique. Pour les Grecs, c’est 1054, date de la consommation du schisme sous Michel Cérulaire, bien qu’après cette date il y ait eu certainement des catholiques même sur le trône de Constantinople, par exemple le patriarche Jean Veccos, qui mourut en prison à cause de son attachement à l’Union conclue à Lyon.
Pour l’Église russe, au contraire, il est impossible de déterminer avec précision à quelle époque elle se détacha du corps de l’Église catholique. Deux points seulement sont certains : l’Église russe resta catholique un certain temps après le schisme de Cérulaire — la chose est certaine — et il est non moins certain qu’après le rejet solennel du concile de Florence à Moscou (1439) elle ne peut plus être considérée comme officiellement catholique. Mais entre ces dates il y a une grande divergence d’opinions, et donc rien ne nous empêche de suivre la plus large, celle qui fixe 1439 comme date extrême.
Il est certain que les doctrines anticatholiques ont commencé à se répandre dès la fin du XIIe siècle, mais on ne peut préciser ni en quelle mesure ni avec quelle extension. Le fait que les métropolites de Kiev restaient en communion avec le patriarche de Constantinople ne prouve rien, car en ce temps le concept de l’Union avec Rome n’était pas compris comme à présent : la querelle entre le pape et les patriarches était considérée par l’épiscopat, par le clergé inférieur et surtout par les simples moines ou les simples fidèles comme une affaire personnelle, et nous ne devons pas appliquer à ces temps reculés nos idées d’aujourd’hui.
Avant Cérulaire, les patriarches de Constantinople ont été bien des fois en dehors de la communion romaine, et cela ne veut pas dire que tous les évêques, tous les prêtres et tous les fidèles les aient suivis dans leur séparation ; chaque cas est à examiner en particulier. Tout au plus devions-nous nous montrer sévères pour les métropolites, qui devaient être plus instruits que les autres, et qui d’ailleurs sont à exclure pour d’autres motifs.
Donc la marche à suivre était celle-ci : accepter provisoirement tous les saints russes qui ont vécu avant le concile de Florence et sont morts avant 1439, retenir aussi à première vue tous ceux qui furent indubitablement catholiques comme Vladimir, Olga, etc., et examiner le cas des autres individuellement (…).
La suite est tout à fait interessante, mais c'est vraiment trop long à reprendre pour le forum. Les amateurs peuvent se procurer le livre en question.
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