Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=1003242
images/icones/carnet.gif  ( 1003242 )Question sur "le mensonge" par Chouan (2026-07-21 12:53:13) 

Notre Seigneur dénonce dans le mensonge une œuvre diabolique : « Vous avez pour père le diable ( ... ) il n'y a pas de vérité en lui: quand il dit ses mensonges, il les tire de son propre fonds, parce qu'il est menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44).
L'affaire est entendue... Il n'est jamais permis de mentir . Et je mets de côté "la restriction mentale" qui ne relève pas du mensonge et peut-être nécessaire.

Mais je pose un cas d'école : quid des agents secrets qui doivent mentir sur leurs véritables activités (y compris à leur famille) ?
Qu'en est-il des "infiltrés" qui doivent pénétrer des réseaux de narco trafiquants ou des réseaux terroristes sous une fausse identité pour protéger le bien commun de la société ?
images/icones/fleche2.gif  ( 1003248 )exemple d'un infiltré célébre par jejomau (2026-07-21 14:25:00) 
[en réponse à 1003242]

Dans Genèse 27, Jacob obtient la bénédiction d’Isaac (qui était normalement destinée à l’aîné) en se faisant passer pour Ésaü. Tromperie de Jacob..
images/icones/bravo.gif  ( 1003249 )Merci jejomau. Très intéressant ! par Chouan (2026-07-21 14:29:56) 
[en réponse à 1003248]

Tout est dans le titre
images/icones/neutre.gif  ( 1003262 )Ça m'étonnerait par Eti Lène (2026-07-21 19:49:33) 
[en réponse à 1003242]

Cher Chouan, qu'ils les sélectionnent avec des scrupules de conscience.

La raison d'état a été initiée aux XVIIème siècle il me semble, tout comme la folie administrative a été initiée par Louis XIV.

Pour pratiquer ce métier, il n'y aura pas de catholique scrupuleux sur le mensonge. Un catho bien libéral, car au point où on en est, le meurtre fait partie du Job.

"Tout homme est menteur" dit la Bible, car en fait même la médisance est un mensonge, puisqu'elle se substitue à Dieu qui voit tout.

Hélas, nous commettons le mal que nous ne voulons pas.

En revanche les militaires, ils ont besoin de personnes droites, mais la république a trouvé le moyen de les exclure avec l'affaire des fiches en 1904. Mais la chair à canon pour répandre la liberté, ça, tout le monde peut s'y mettre. Les compétents ayant été virés, 114 généraux ont été limogés en 1914. Il faut croire que quand on a besoin des honnêtes gens pour une cause honorable et qui donne la mort, là la république sait se défendre.
images/icones/carnet.gif  ( 1003266 )Certes par Chouan (2026-07-21 20:32:45) 
[en réponse à 1003262]

Cher Eti Lène mais en l'espèce il me semble qu'il s'agit moins d'une question conjoncturelle que d'une question de casuistique qui dépasse les époques (car la ruse et l’espionnage ont existé de tout temps...).
Idem pour la guerre qui sur le papier contrevient au 5e commandement du Décalogue ("tu ne tueras point").
Or, même dans le cas d'une "guerre juste" (légitime défense de la patrie) on est amené à tuer parfois de braves pères de famille (qui peuvent être beaucoup plus saints que nous...).
images/icones/carnet.gif  ( 1003272 )Ruse de guerre ? par Meneau (2026-07-21 21:44:15) 
[en réponse à 1003242]

St Thomas admet la dissimulation en tant que ruse de guerre, mais pas le mensonge :


Il n'est donc jamais permis de dire un mensonge pour soustraire quelqu'un à n'importe quel danger; quoiqu'il soit permis de dissimuler prudemment la vérité, dit S. Augustin

IIa-IIae q110 a3 ad4


Les ruses sont destinées à tromper l'ennemi. Or, il y a deux manières pour quelqu'un d'être trompé par les actions ou les paroles d'un autre. Ou bien, parce qu'on lui dit une chose fausse ou qu'on ne tient pas une promesse. Et cela est toujours illicite. Personne ne doit tromper l'ennemi de cette façon;
(...)
Ou bien quelqu'un peut se tromper sur nos paroles ou nos actes parce que nous ne lui découvrons pas notre but ou notre pensée.
(...)
Cette dissimulation fait partie des ruses dont il est permis d'user dans les guerres justes. Et les ruses de ce genre ne sont pas appelées à proprement parler des tromperies; elles ne s'opposent pas à la justice, ni à une volonté bien ordonnée.

IIa-IIae, q40, a3

Cordialement
Meneau
images/icones/carnet.gif  ( 1003276 )Merci Meneau pour cet éclairage théologique bienvenu par Chouan (2026-07-21 23:17:58) 
[en réponse à 1003272]

Tout est dans le titre
images/icones/fleche2.gif  ( 1003279 )2 exemples dans la Bible par jejomau (2026-07-22 05:50:47) 
[en réponse à 1003242]

1)Un exemple d'espionnage, celui de Rahab.

Rahab est une femme de Jéricho qui cache les espions envoyés par Josué. Elle trompe les autorités de la ville en disant que les espions sont partis alors qu’elle les a cachés sur son toit (Josué 2:4-5). Pourtant, elle est ensuite épargnée par Dieu, intégrée au peuple d’Israël, et elle est même mentionnée dans la généalogie de Jésus (Matthieu 1:5) !

2)Un autre exemple concernant les sages-femmes d’Égypte sous Pharaon :

Elles désobéissent au pharaon qui leur ordonne de tuer les nouveau-nés hébreux.

Elles mentent au pharaon en donnant une explication pour justifier pourquoi elles ont laissé vivre les enfants.

Dieu les approuve et les bénit :

« Dieu fit du bien aux sages-femmes ; et le peuple multiplia et devint très nombreux. » (Exode 1:20)
images/icones/carnet.gif  ( 1003280 )Le mensonge est toujours illicite par Réginald (2026-07-22 07:55:58) 
[en réponse à 1003279]

Le mensonge est toujours illicite

« Une chose mauvaise par nature ne peut jamais être bonne et licite. En effet, pour qu'une action soit bonne, il faut que tous ses éléments concourent à sa perfection : "Le bien est produit par une cause parfaite, tandis que le mal résulte de n'importe quel défaut", selon Denys.

Or, le mensonge est mauvais par nature : c'est un acte dont la matière est inadéquate. Les mots étant les signes naturels des pensées, il est contre nature et illégitime de leur faire signifier ce qu'on ne pense pas. Aussi Aristote affirme-t-il que "le mensonge est par lui-même mauvais et haïssable, tandis que le vrai est bon et louable". Tout mensonge est donc un péché, comme le soutient saint Augustin. »
(II-II, q. 110, a. 3)

Le cas des sages-femmes

« Les sages-femmes n'ont pas été récompensées pour leur mensonge, mais pour leur crainte de Dieu et la bonne volonté qui les ont poussées à agir. C'est ce que souligne expressément le livre de l'Exode : "Parce qu'elles avaient craint Dieu, Dieu leur accorda une postérité." »
(ad 2)

Autres exemples tirés de l’Ancien Testament

« La Sainte Écriture, remarque saint Augustin, présente certains personnages comme des modèles de vertu parfaite ; on ne doit donc pas supposer qu'ils aient menti. Si certaines de leurs paroles semblent mensongères, il faut y voir des figures et des prophéties. Il faut croire que de tels hommes, qui ont joué un rôle majeur dans les temps prophétiques, ont dit et fait d'une manière prophétique tout ce que l'Écriture leur attribue.

Ainsi, selon saint Augustin, Abraham a simplement voulu taire la vérité en faisant passer Sarah pour sa sœur, sans pour autant mentir, comme il l'explique lui-même : "Elle est vraiment ma sœur : elle est fille de mon père, quoiqu'elle ne soit pas fille de ma mère" (Gn 20, 12).

De même, si Jacob a déclaré être Ésaü, le fils aîné d'Isaac, c'est de manière figurative, car le droit d'aînesse lui appartenait légitimement. Il fit cette déclaration par esprit prophétique pour exprimer un mystère : le peuple puîné, c'est-à-dire les païens, remplacerait le fils aîné, c'est-à-dire les Juifs.

Enfin, l’Écriture loue certaines personnes non pas pour en faire des modèles de vertu parfaite, mais pour les sentiments louables qui les ont animées, en dépit d'actes parfois répréhensibles. C'est ainsi que Judith est louée, non pour avoir trompé Holopherne, mais pour le patriotisme qui lui a fait braver le danger. On peut également considérer que les paroles de cette héroïne étaient vraies au sens spirituel. »
(ad 3)
images/icones/hein.gif  ( 1003282 )Faux certificats de baptême au profit d'enfants juifs par Candidus (2026-07-22 08:15:25) 
[en réponse à 1003280]

Durant la seconde guerre mondiale, l'évêque de Nice, Mgr Paul Rémond, pourtant pétainiste, s'est illustré en sauvant de très nombreux enfants juifs en leur attribuant de faux certificats de baptême. L'Eglise ne lui en a jamais fait grief, il a même été nommé archevêque à titre personnel après la guerre. Son action était-elle peccamineuse ?
images/icones/carnet.gif  ( 1003284 )[réponse] par Réginald (2026-07-22 08:38:10) 
[en réponse à 1003282]

Le fait que l'Église n'ait jamais reproché à Mgr Rémond son action manifeste surtout la reconnaissance de son courage exceptionnel face à une situation tragique. Cela ne constitue pas, à lui seul, une définition doctrinale sur la licéité de tous les moyens employés.
images/icones/carnet.gif  ( 1003303 )Sur cette question des Juifs pendant la 2e Guerre Mondiale par Chouan (2026-07-22 12:17:45) 
[en réponse à 1003282]

"N’existe-t-il pas des cas où la dissimulation de la vérité est nécessaire, par exemple pour servir le bien commun ou pour protéger des vies ?

P. M. V. – Les évêques allemands ont beaucoup travaillé sur cette problématique dans les années 1990 (...) Ils évoquent des contextes particuliers. Comme celui, pendant la seconde guerre mondiale, où un prisonnier refusait de dire à la Gestapo où se cachaient des juifs. . Dans ce cas-là, il ne s’agit pas d’un mensonge car l’interrogateur ne cherchait pas à grandir dans la vérité mais à tuer. "
Source : P.Matthieu Villemot, docteur en philosophie et professeur extraordinaire à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins.

Après, je ne suis pas un grand "fan" des évêques allemands (même dans les années 90) mais l'argument est intéressant...
images/icones/carnet.gif  ( 1003309 )Ne pas dire toute la vérité par Donapaleu (2026-07-22 13:35:56) 
[en réponse à 1003303]

Est tout à fait licite. Ce qui ne l'est pas c'est de dire le contraire de la vérité. À un malade dont le pronostic est sombre on n'est pas forcé de lui détailler son cas ; on peut omettre quelques détails pénibles. Mais on ne peut pas lui dire que tout va bien.
images/icones/iphone.jpg  ( 1003310 )Cas concret par Signo (2026-07-22 14:00:09) 
[en réponse à 1003309]

Nous sommes en 1942, je cache des Juifs dans ma cave.
La Gestapo toque à la porte. Ils me demandent: « y a t’il des Juifs dans cette maison? ».

Impossible de sauver les Juifs sans mentir…
images/icones/carnet.gif  ( 1003314 )Un peu de finesse ! par Donapaleu (2026-07-22 14:11:44) 
[en réponse à 1003310]

Vous répondez : « entrez et vérifiez vous-même ! » De toute façon s'ils veulent rentrer ils rentreront. Et il est peu probable que ce genre de question soit posée.
images/icones/fleche2.gif  ( 1003336 )lire une histoire de la France occupée 1940-1944-1945 par Luc Perrin (2026-07-22 19:19:40) 
[en réponse à 1003314]

ce type d'interrogatoire était monnaie courante.

Il est évident, à mon humble avis, que la théorie de la rigidité absolue de Réginald est absurde et pour le coup manque de finesse. Pas l'ex. pertinent de Signo et ceux donnés par d'autres dans le fil y compris bibliques.

Condamner le mensonge ou la dissimulation en soi urbi et orbi, c'est mettre à la poubelle toute la théologie morale et le droit canonique qui en découle.

Revenons sur terre.
images/icones/carnet.gif  ( 1003338 )Quelle théologie morale ? par Meneau (2026-07-22 19:47:40) 
[en réponse à 1003336]


c'est mettre à la poubelle toute la théologie morale



Celle de l'Eglise catholique, appuyée sur les théologiens, les moralistes, les Pères de l'Eglise et le catéchisme, sources abondamment citées dans ce fil et dans celui auquel renvoie Lycobates ?

Ou celle de Luc Perrin, appuyée ... euh ... sur quelles sources au fait, à par le fait que, oui, dans l'Histoâââre, il y a eu des menteurs ?

Cordialement
Meneau
images/icones/carnet.gif  ( 1003360 )[réponse] par Réginald (2026-07-23 12:00:20) 
[en réponse à 1003336]

Le magistère, les Pères de l’Église et les théologiens s’accordent unanimement sur ce point : le mensonge est un acte intrinsèquement mauvais, auquel il n’est jamais permis de recourir.

En revanche, lorsqu’il existe une nécessité ou un motif raisonnable, il est permis d’user d’une restriction au sens large — appelée aussi restriction de parole —, ou encore de recourir à des amphibologies et à des expressions équivoques.

On parle de restriction au sens large lorsque le véritable sens des paroles peut être compris par une personne prudente, compte tenu des circonstances qui les accompagnent. Ainsi, si une employée répond à quelqu’un qui souhaite rendre visite à son employeur : « M. X. n’est pas à la maison », toute personne raisonnable comprend que cette formule ne signifie pas nécessairement que M. X. est réellement absent, mais simplement qu’il n’est pas disponible pour recevoir un visiteur.
images/icones/bravo.gif  ( 1003365 )merci Réginald de ramener votre propos initial à la raison par Luc Perrin (2026-07-23 14:28:57) 
[en réponse à 1003360]

il y a un principe certes et ... plusieurs milliards de cas particuliers qui font exception.

Formulé ainsi, nous sommes d'accord et cela répond aux invectives, ridicules souvent, du sieur Meneau qui ne sait pas que l'étude de cas est le b-a-ba de la théologie morale.

La "casuistique" ne doit pas être dans le dictionnaire dudit sieur Meneau.

Ce qui, au passage cher ami Réginald, relativise grandement le principe.

Comme je l'ai dit, montré quantité de fois, oui, n'en déplaise au sieur Meneau, l'histoire souvent aide le commun des chrétiens à ne pas sombrer dans des principes rigides qui en feraient des membres d'une secte.
Il est aussi certain que l'Église ne se contente jamais des principes aussi bibliques soient-il, ancrés dans la Tradition la plus irréfutable, tout en les rappelant constamment.

Une citation du pape François, un discours de 2014 au Comité pontifical des sciences historiques :

"La célèbre affirmation de Cicéron dans le De Oratore, partiellement reprise par le bienheureux Jean XXIII, si passionné d’études historiques, dans son discours d’ouverture du Concile Vatican II, reste toujours valable : « L’Histoire est vraie témoin du temps, lumière de la vérité, vie de la mémoire, maîtresse de vie » (« Historia vero testis temporum, lux veritatis, vita memoriae, magistra vitae »). L’étude de l’histoire représente en effet une des voies pour la recherche de la vérité, qui depuis toujours emplit l’âme de l’homme."
images/icones/carnet.gif  ( 1003393 )La casuistique et l'Histoire ont bon dos par Meneau (2026-07-23 18:44:33) 
[en réponse à 1003365]

Il y a un principe : le mensonge, dire quelque-chose de faux avec l'intention de tromper, n'est jamais permis. Jamais. En aucun cas. "Le mensonge est un acte intrinsèquement mauvais, auquel il n’est jamais permis de recourir" vous dit Réginald, et il n'a pas varié depuis le début de ce fil. Il n'y a pas d'exception ni de relativisation du principe et l'Histoire n'y change rien.

Il est assez ridicule de dire maintenant : "Formulé ainsi, nous sommes d'accord" alors que le discours n'a pas changé. Il est clair que vous essayez maladroitement de vous raccrocher aux branches.

En revanche, comme plusieurs (dont Réginald et moi-même) l'ont exposé au long de ce fil et avant même que vous débarquiez, il y a certaines choses qui ne sont pas des mensonges et qui sont licites dans certaines situations : dissimulation, amphibologies, restriction (seulement au sens large)...


Cordialement
Meneau
images/icones/1a.gif  ( 1003466 )Votre art du jeu de mot est délicieux Meneau par Luc Perrin (2026-07-24 14:19:12) 
[en réponse à 1003393]

Au moins il vous arrive de 'débarquer' avec une plaisanterie.

Tuer est un péché absolu mais si je pousse un couteau dans un coeur ce n'est pas un meurtre juste un coup de couteau bien innocent.

La casuistique précisément c'est l'essentiel de la théologie morale et précisément elle étudie chaque cas. Le mensonge est toujours en tout lieu en toute circonstance inadmissible je dois donc être complice de crimes plutôt que de mentir est une telle ânerie que je reste sidéré qu'on puisse en débattre.

C'est prendre les baptisés pour des ânes.
Heureusement ils ont plus de bon sens que vos principes haram hallal que mêmes les musulmans ne suivent pas ayant comme toute religion leur casuistique.

Et pour ma part je mentirai sans ciller aux gestapistes contemporains sans crainte pour mon salut éternel. Nous nous retrouverons au purgatoire cher ami.
images/icones/neutre.gif  ( 1003491 )Casuistique à deux balles par Meneau (2026-07-24 19:02:15) 
[en réponse à 1003466]

Pour écrire des trucs pareils, il faut vraiment n'avoir rien compris à tout ce qui a été développé dans ce fil.

Vous n'argumentez pas, vous chercher seulement à ridiculiser des positions imaginaires que vous prêtez à vos contradicteurs.

On notera que vous prétendez parler de théologie morale et de casuistique sans jamais aucune référence à un quelconque théologien ou moraliste. C'est assez significatif.

Je vous laisse à vos élucubrations et ne peux que vous conseiller de (re?)lire par exemple ce post.

Cordialement
Meneau

images/icones/carnet.gif  ( 1003315 )Il faut répondre par Réginald (2026-07-22 14:12:53) 
[en réponse à 1003310]

Il n'y a personne ici pour vous. (c'est-à-dire : personne que vous ayez le droit de saisir).
images/icones/iphone.jpg  ( 1003369 )Dans certains cas par Signo (2026-07-23 14:51:11) 
[en réponse à 1003315]

Ne pas mentir de manière franche, revient à livrer la victime à son bourreau. Surtout que dans la précipitation on a pas toujours le temps d’élaborer la phrase subtile qui permet de s’en sortir sans mentir.

Vous ne pouvez pas exclure a priori que de tels cas puissent se produire.

J’avoue être de plus en plus perplexe face à une conception très abstraite de la morale, je pense d’ailleurs assez récente, selon laquelle tout serait noir ou blanc. La réalité est que la vie concrète nous met face à des situations complexes et déchirantes qui ne rentrent pas toujours dans les belles catégories abstraites aux contours biens nets de nos théologiens moralistes de bibliothèque.

Il suffit d’ailleurs d’étudier les comportements des personnages bibliques dans l’Ancien Testament (et même le Nouveau, cf. l’Évangile de dimanche dernier…) et la manière dont leur attitude est évaluée par le jugement divin pour s’apercevoir que la perspective biblique épouse mieux l’expérience humaine qu’une certaine théologie morale moderne (et typiquement occidentale) abstraite et déconnectée de la vie.

Le monde chrétien oriental a su développer une approche beaucoup plus souple de ces questions, même si tout n’est pas parfait ni exempt de reproches non plus.

Quoiqu’il en soit comme le dit Luc Perrin les belles théories des moralistes, pour être « opératives » devraient intégrer l’étude et la méditation de l’Histoire qui nous enseigne toujours la complexité des situations humaines concrètes et des différents contextes.
images/icones/carnet.gif  ( 1003372 )La complexité des situations n’abolit pas le principe moral par Réginald (2026-07-23 15:13:46) 
[en réponse à 1003369]

1/ Il me semble crucial de ne jamais sacrifier le principe moral lui-même. Dès lors qu’on admet qu’un principe moral absolu peut être suspendu ou violé en considération des conséquences attendues, on entre dans une logique conséquentialiste où la fin finit par justifier les moyens, avec toutes les dérives que cela peut entraîner.

2/ Les récits bibliques ne constituent pas, par eux-mêmes, une approbation morale de tous les actes qu’ils rapportent. Le mensonge de Jacob n’était pas moralement bon, même si Dieu a pu accomplir son dessein à travers une histoire marquée par les fautes humaines.

3/ Quant aux situations concrètes et à la culpabilité personnelle de chacun, laissons-en l’appréciation à la prudence, à la conscience droite et, en dernier ressort, au jugement de Dieu, qui connaît les intentions, les contraintes et les circonstances bien mieux que nous.
images/icones/hein.gif  ( 1003375 )Et si le questionneur n'est pas légitime ? par Regnum Galliae (2026-07-23 15:30:03) 
[en réponse à 1003372]

Un juge, un policier, votre patron pourront être légitimes à vous poser des questions.
D'autres non. Par exemple, que répondre à la personne qui vous arrête dans la rue "t'as pas une cigarette ?" ? "Oui mais je les garde pour moi" ou "non, désolé", même si vous en avez ?
Ou à votre grand-mère : "Aimes-tu mon rôti ?". Réponse : "Oui" ou "Non" ?
images/icones/carnet.gif  ( 1003378 )[réponse] par Réginald (2026-07-23 15:43:02) 
[en réponse à 1003375]

A celui qui demande une cigarette, on peut répondre : « Désolé, je ne peux pas vous dépanner. » Et à sa grand-mère : « Je suis heureux que tu l’aies préparé. Regarde, je me suis servi une bonne portion. »

Dans les deux cas, on ne ment pas. On refuse simplement de livrer toute sa pensée, tout en répondant avec politesse et charité. Cela s'appelle le bon sens.
images/icones/neutre.gif  ( 1003391 )Cas concret par Gaudium (2026-07-23 18:36:02) 
[en réponse à 1003378]

Il est admis, dans l'hypothèse stricte de la légitime défense, que l'on puisse aller jusqu'à tuer pour sauver une vie innocente.

Aussi, pourquoi serait-il en toutes circonstances interdit de mentir ?

Il existe bien dans un cas comme dans l'autre un interdit de principe de tuer ou de mentir. Alors, pourquoi pourrait-on exceptionnellement y déroger dans le premier cas mais pas dans le second ?

Exemple : si un milicien se présente chez moi pour arrêter un Juif qui s'y cache (avec l'intention établie de l'éliminer), j'aurais le droit moralement de l'abattre mais pas, tout simplement, de lui mentir ? Pourtant, mentir cause un préjudice moins grave que tuer et constitue en l'occurrence bien une forme de légitime défense !
images/icones/carnet.gif  ( 1003395 )Double effet par Meneau (2026-07-23 19:11:21) 
[en réponse à 1003391]

L'acte de mentir possède un objet intrinséquement mauvais et l'intention de tromper y est formellement indissociable du moyen employé et du but final recherché.

Dans la légitime défense, l'action entreprise a pour objet direct et unique de sauver sa propre vie. La mort de l'agresseur n'est ni voulue ni recherchée. C'est un effet secondaire, certes prévisible, mais pas voulu. Il faut appliquer les règles de l'acte à double effet.

Cordialement
Meneau
images/icones/fleche2.gif  ( 1003416 )Trop subtil ? par Gaudium (2026-07-23 22:22:06) 
[en réponse à 1003395]

Vous écrivez que l'acte de mentir possède un objet intrinsèquement mauvais.

Mais ne peut-on pas en dire autant de l'acte de tuer, pourtant couvert par la légitime défense quand les circonstances sont réunies ?

Dans le cas d'un mensonge qui vise à sauver une vie innocente (exemple du milicien qui vient chercher un résistant caché pour l'exécuter), on peut appliquer exactement le même raisonnement que celui retenu pour justifier l'acte de tuer dans le cadre de la légitime défense. Dans un cas comme dans l'autre, l'acte consistant à tromper l'agresseur ou à lui ôter la vie nest pas voulu en tant que tel et recherché comme fin mais bien accepté et assumé comme moyen pour éviter un très grand mal.

On voit bien l'absurdité de la situation : cela voudrait dire, dans notre exemple, que l'on peut abattre ce milicien, le privant au passage irrévocablement de toute possibilité de repentir, mais qu'on ne pourrait pas se contenter de le tromper par un mensonge (si l'on ne trouve pas une manière habile de l'induire en erreur sans mensonge), alors même que la matière ou l'objet du mensonge ("je ne l'ai pas vu", "j'ignore où il se cache", ""il n'est pas ici") est me semble-t-il infiniment moins grave que le fait de donner la mort...
images/icones/carnet.gif  ( 1003424 )Tirer pour se défendre vs. tirer pour tuer par Meneau (2026-07-23 23:59:34) 
[en réponse à 1003416]

Dans la légitime défense, tuer l'agresseur n'est pas voulu. Il est illicite de tirer sur son agresseur avec l'intention de le tuer, même pour sauver sa propre vie (IIa-IIae q64 a7). En revanche il est licite, si la chose est proportionnée, de tirer sur son agresseur dans l'unique intention de sauver sa vie, la mort de l'agresseur n'étant pas souhaitée mais accidentelle (praeter intentionem)

Si je force le trait pour accentuer la différence :
- Je vois mon ennemi, dont je sais avec certitude qu'il veut me tuer, s'approcher de mon domicile une arme à la main depuis la lucarne de mon grenier. Je lui mets une balle dans la tête avec mon fusil à lunette à 800m. Ici je veux directement le tuer pour me défendre, c'est illicite
- Il me met en joue et s'apprête à tirer. Je sors mon arme et tire dans le but de le neutraliser, mais sans intention de le tuer (même si mon fusil à pompe a de fortes chances de faire de gros dégâts). Malheureusement il se trouve qu'il meurt. C'est la légitime défense, licite.

Dans le cas du mensonge pour sauver une personne (indépendamment des autres considérations sur la dissimulation développées dans ce fil), on ne peut pas faire ce raisonnement : si je mens, je ne peux prétendre que ma réponse n'est pas faite dans l'intention de tromper mon interlocuteur mais seulement de sauver une personne, et que malheureusement il a été trompé sans que je veuille. Si je mens, je veux bel et bien tromper mon interlocuteur comme moyen de sauver la personne.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 1003431 )Doutes par Gaudium (2026-07-24 07:10:04) 
[en réponse à 1003424]

Merci pour vos explications instructives. Mais je reste circonspect.

Quand les conditions de la légitime défense sont réunies, que je cherche à tuer ou, si possible, juste à blesser, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit de deux maux objectifs, puisqu'il y a atteinte volontaire à l'intégrité physique d'autrui, le premier plus grave que le second bien entendu.

L'objet matériel et intentionnel (au sens de tendu vers un but direct et immédiat) de mon geste est bien, quoi qu'on en dise, de tuer (si c'est le seul moyen de neutraliser l'agresseur) ou de blesser. Pour autant, la finalité profonde de mon acte, non voulu en tant que tel mais que j'accepte de commettre comme dernier recours et ultime moyen, est de protéger un très grand bien ou d'éviter un très grand mal, en l'occurrence de sauver une vie innocente.

On peut, me semble-t-il, parfaitement appliquer ces catégories au mensonge, avec bien sûr cette crainte du glissement...

Ou alors, en retenant de manière radicale qu'on ne doit jamais faire un mal en vue d'un bien, il faut remettre en cause la notion même de légitime défense, car tuer, blesser (ou mentir) sont objectivement et intrinsèquement des maux. Ne jamais tuer, blesser, mentir, en connaissance de cause, en aucune circonstance. En toute pureté. Ne jamais être la cause du moindre mal. Pourquoi pas ?

Mais si l'on admet le principe de la légitime défense, il n'y a aucune raison valable, me semble-t-il, d'exclure de son champ le mensonge, mais de couvrir l'acte de tuer ou de blesser.
images/icones/carnet.gif  ( 1003432 )[réponse] par Réginald (2026-07-24 07:44:48) 
[en réponse à 1003431]

Je crois que notre divergence tient à la manière dont nous qualifions moralement l'acte.

Dans la tradition thomiste, la moralité d'un acte se déduit de trois éléments : son objet, sa fin et ses circonstances. Comme Meneau l'a rappelé, on peut accepter un effet mauvais afin de préserver un bien supérieur, mais seulement sous des conditions très strictes.

Ainsi, dans le cas de la légitime défense, il n'est jamais permis de vouloir en soi la mort de l'agresseur. Si un milicien vient m'interroger à mon domicile pour savoir si je cache des Juifs, cela ne me donne évidemment pas le droit de lui tirer dessus. Il faut que ma vie ou celle d'un innocent soit effectivement menacée, et que la riposte soit nécessaire, immédiate et proportionnée. Ce sont d'ailleurs les critères retenus également par notre droit civil.

La légitime défense n'est donc pas analysée comme un acte dont l'objet moral serait « tuer », mais comme un acte de défense contre une agression injuste. La mort de l'agresseur peut être un effet prévu, parfois inévitable, sans être ce qui spécifie moralement l'acte. C'est tout le sens du principe du double effet.

Le mensonge est d'une autre nature. Son objet moral consiste précisément à affirmer volontairement ce que l'on croit faux afin de tromper son interlocuteur. Ici, la fausseté n'est pas un effet secondaire de l'acte : elle en constitue l'objet même.
images/icones/neutre.gif  ( 1003450 )"Double effet" par Gaudium (2026-07-24 12:35:48) 
[en réponse à 1003432]

Cette histoire du "double effet", reprise par Meneau et vous-même, est très intéressante, mais je peine vraiment à la saisir.

A dire vrai, appliqué à l'acte de blesser ou de tuer couvert par la légitime défense, j'ai un peu l'impression que cette théorie ressemble à de l'habillage.

Quand j'appuie sur la gâchette, l'objet direct de mon acte et l'intention immédiate qui l'anime est bien de blesser ou de tuer, et cette conséquence, indissociable du geste accompli, n'est pas un effet secondaire ou accidentel, même prévu comme étant probable ou inévitable, mais elle est clairement voulue et recherchée, non pas comme fin en soi mais comme moyen d'éviter un plus grand mal ou de sauvegarder un bien supérieur en neutralisant l'injuste agresseur.

A partir de là, le distingo entre l'acte de tuer ou de blesser et l'acte de mentir perd de sa pertinence. Dès lors, si l'on admet le principe de la légitime défense, je ne vois guère de raison de ne pas l'étendre au mensonge.
images/icones/carnet.gif  ( 1003454 )[réponse] par Regnum Galliae (2026-07-24 13:07:26) 
[en réponse à 1003450]

Il faut croire que tuer ne serait pas intrinsèquement mauvais alors que mentir le serait.
Je suis d'accord avec vous, cette loi du double effet est assez subtile. Si je tire sur mon agresseur en visant la tête ou le coeur, c'est évidemment dans le dessein de le tuer. Ce n'est pas une conséquence non recherchée : j'ai cherché à le tuer.
Au contraire, si je le pousse dans le vide (mon intention était de l'écarter pour m'enfuir, pas de le tuer), ou si je lui tire dans les jambes en provoquant sans le vouloir une hémorragie fatale, la loi du double effet tient la route. Pas si je vise la tête, je ne peux alors pas dire que je ne voulais pas le tuer !
images/icones/neutre.gif  ( 1003457 )Et encore ! par Gaudium (2026-07-24 13:36:26) 
[en réponse à 1003454]

Quand je tire dans les jambes, je ne cherche certes pas à tuer mais je cherche bien à blesser (et ultimement à sauver une vie innocente). Cest l'effet direct et immédiat recherché, pour neutraliser l'agresseur, pas un effet secondaire ou accidentel, tandis que l'effet second (mais fondamental), cest de sauver une vie innocente.

Or, blesser est en soi un mal (atteinte à l'intégrité physique d'autrui), même si la mort nest pas recherchée et que celle-ci ne résulte pas incidemment de la blessure infligée. Donc même dans ce cas de figure minimaliste (blesser plutôt que tuer), c'est un mal objectif (intrinsèque ?) pour un bien supérieur...

J'en finis par douter de la licéité morale de la légitime défense... pu alors, en toute logique, il faut l'étendre au mensonge.
images/icones/carnet.gif  ( 1003461 )La loi du double effet n'a rien à voir là-dedans par Regnum Galliae (2026-07-24 14:02:38) 
[en réponse à 1003457]

Encore une fois, tuer n'est pas intrinsèquement mauvais. C'est tuer l'innocent qui l'est, mais l'agresseur n'est pas un innocent.
- On ne tue pas un innocent, même pour sauver une vie.
- On peut tuer un agresseur si c'est lui ou moi. Je ne pense pas que la loi du double effet soit l'objet ici car la violence voire la mort sont directement cherchées et permises pour une bonne raison. Comme le vol en cas d'extrême nécessité.
images/icones/neutre.gif  ( 1003472 )Pas d'accord par Gaudium (2026-07-24 15:02:48) 
[en réponse à 1003461]

"Tu ne tueras pas". Point. Tuer est en soi un mal, que la "victime" soit innocente ou non. Mais ce mal peut être "couvert" par la légitime défense d'un bien supérieur (ou pour éviter un plus grand mal), de sorte que son auteur n'en est pas coupable.

Si "tuer n'est pas intrinsèquement mauvais" comme vous l'écrivez, pourquoi mentir à un agresseur le serait ? Qu'y a-t-il de pire ? Si l'injuste agresseur n'a plus le droit à la vie, à quel titre aurait-il droit à une vérité qu'il cherche à connaître non par amour du bien mais pour la mettre au service du mal (pour reprendre l'exemple du milicien qui traque un Juif planqué, sachant qu'il n'estpas toujours possible de cacher une vérité sans mentir, même s'il est toujours préférable de taire habilement la vérité plutôt que de la travestir) ?

Si l'on applique strictement la théorie de "double effet" qui consiste à ne tolérer que des effets mauvais secondaires ou accidentels des actes que l'on pose, mais de refuser tout acte dont l'effet direct et immédiat serait mauvais, même si la finalité ultime est juste (sauver une vie innocente), alors :
- je peux repousser un agresseur au risque de le faire tomber dans le vide ;
- je peux esquiver dans un combat d'épée des coups au risque de blesser voir de tuer mon adversaire à l'occasion de parades qui se veulent défensives ;
- mais je ne peux pas donner intentionnellement un coup d'épée offensif visant à blesser ou à tuer ;
- je ne peux pas tirer à bout portant sur le mon agresseur armé dans l'intention de le blesser ou de le tuer ;
- je peux en revanche tirer sur son arme pour le désarmer au risque de le blesser voir de le tuer.

C'est ultra-exigeant...

images/icones/bible.gif  ( 1003475 )[réponse] par Regnum Galliae (2026-07-24 15:15:07) 
[en réponse à 1003472]


En hébreu biblique, le verbe utilisé est ratsach (רצח), qui désigne spécifiquement le meurtre illégal ou l'assassinat d'un innocent, et non la légitime défense ou la guerre menée pour la survie.


ici
images/icones/fleche2.gif  ( 1003459 )visez juste ! par Lycobates (2026-07-24 13:59:33) 
[en réponse à 1003454]


Je suis d'accord avec vous, cette loi du double effet est assez subtile. Si je tire sur mon agresseur en visant la tête ou le coeur, c'est évidemment dans le dessein de le tuer. Ce n'est pas une conséquence non recherchée : j'ai cherché à le tuer. Au contraire, si je le pousse dans le vide (mon intention était de l'écarter pour m'enfuir, pas de le tuer), ou si je lui tire dans les jambes en provoquant sans le vouloir une hémorragie fatale, la loi du double effet tient la route. Pas si je vise la tête, je ne peux alors pas dire que je ne voulais pas le tuer !



Si vous visez la tête ou le coeur, vous commettez un meurtre (même en ne pas tuant effectivement), et vous n'êtes pas dans le cas de figure de la légitime défense.
Il faut donc toujours viser de façon à effrayer (mettre en fuite) ou blesser (pour l'immobiliser) l'agresseur injuste.
images/icones/carnet.gif  ( 1003462 )mouais par Regnum Galliae (2026-07-24 14:03:29) 
[en réponse à 1003459]

et à la guerre, on fait comment ?
images/icones/coeurbrise.gif  ( 1003463 )à la guerre par Lycobates (2026-07-24 14:06:34) 
[en réponse à 1003462]

... on est tous assassins.
images/icones/1j.gif  ( 1003471 )Vous avez le mérite d'être radical par Chouan (2026-07-24 15:01:16) 
[en réponse à 1003463]

Mais cela est contraire à l'enseignement de l’Église sur la "guerre juste".
Donc, pour être concret, on laisse l'envahisseur nous assassiner et violer nos femmes pour ne pas être "assassins" ?
images/icones/1a.gif  ( 1003482 )La notion de guerre "juste" par Lycobates (2026-07-24 15:40:11) 
[en réponse à 1003471]

concerne la justesse de la guerre, mais pas nécessairement de tous les moyens employés pour la faire, et une guerre juste ne rend par conséquent pas justes tous les guerriers qui y participent du côté des "justes", ni les exculpe de crimes, même graves, le cas échéant.

Et figurez-vous que l'appréciation d'une guerre juste peut varier.

Personnellement j'estime, je sens que je vais choquer, que la guerre de 1914 (je ne parlerai pas de celle de 1939, car on risque de taper fort) était une guerre juste du côté des Empires centraux.
Ce qui n'exclut pas des crimes de guerre, même affreux et inavouables, commis par eux, comme le gazage d'Isonzo (commandé personnellement par l'empereur Charles, "bienheureux" des conciliaires). Dans cette estimation, que la guerre de 1914 était juste de "notre" côté, je me trouve en plein accord avec les Cardinaux Bertram (de Breslau) et Hartmann (de Cologne), de l'époque.
Mais je suis persuadé que le cardinal Mercier de Malines et l'épiscopat français de l'époque en avaient une toute autre appréciation.
Laissons au Bon Dieu d'en démêler les torts.

Quand l'ambassadeur de l'Autriche demanda au pape Pie X, début août 1914, de bénir les drapaux de l'Empire, le pape refusa et répondit : "Je ne bénis que la paix". Voilà la réponse d'un saint.

C'est le Cardinal Csernoch qui l'a fait, celui qui, le 30 décembre 1916, couronna Charles IV comme roi apostolique de Hongrie (Charles I d'Autriche), à Budapest.
images/icones/carnet.gif  ( 1003494 )Sur la question des Empires centraux par Chouan (2026-07-24 22:00:27) 
[en réponse à 1003482]

Je ne suis pas choqué et j'irais même dans votre sens...
La guerre pouvait s'arrêter en 1917 et Clémenceau a eu un comportement criminel (pour le coup).
images/icones/fleche3.gif  ( 1003501 )Cher ami par N.M. (2026-07-25 10:26:58) 
[en réponse à 1003482]

Il faudrait faire intervenir bien des distinctions. L'Autriche-Hongrie, après l'attentat de Sarajevo, était sans doute en partie dans son droit face à la Serbie (mais en partie seulement, car il y a un problème vraisemblablement de proportionnalité). Mais l'invasion de la Belgique (neutre) par l'Allemagne... voilà ce qui me semble indéfendable.

Pour ce qui regarde la France, on pourra toujours s'interroger sur le jeu des alliances et sur l'attitude de Poincaré et de Viviani en juillet 1914. Mais c'est l'Allemagne qui a déclaré la guerre à la France le 3 août, et violé la neutralité et la souveraineté belges dont la France et la Grande-Bretagne étaient garantes depuis le traité de Londres. De surcroît, l'essentiel du conflit franco-allemand s'est déroulé sur notre territoire, envahi. De ce seul et dernier point de vue, nos ancêtres étaient dans leur droit.

Bien sûr, je ne crois pas à la "guerre des démocraties" et des convents pour éradiquer les empires centraux, indispensables facteurs d'équilibre en Europe centrale. Bien qu'il ne soit certes pas de notre paroisse, j'admire l'énergie qu'a déployée Clemenceau pour redresser la situation de notre pays en 1917-1918, mais j'exècre profondément la part d'idéologie qui animait son action (cf. notamment son rôle lors de l'établissement du traité de Versailles). Je crois pour ma part à la politique de l'équilibre des puissances, telle que Metternich et Talleyrand l'avaient défendue au congrès de Vienne. Les révolutions de 1918 et les traités de paix établis de 1919 à 1923 ont été catastrophiques.

Mais après tout, là-dessus, les héritiers de Bismarck n'ont-ils pas obtenu la monnaie de leur pièce ? Il semble bien établi, en effet, que Bismarck se soit frotté les mains de voir les projets de restauration monarchique avorter en France dans les années 1870, et les notables (Broglie, Dufaure, je suis large, car Dufaure a commis la faute de s'allier avec les républicains purs et durs lors de la crise de 1877) être balayés du pouvoir au profit des républicains purs et durs et des "couches nouvelles" exaltées par Gambetta. Bref, au profit du personnel politique qui s'est durablement établi en France dans les années 1880 et qui a, par deux fois, envoyé notre pays dans le mur (en 1914 et en 1940) et envoyé également l'Europe dans le mur en 1919.

PS (qui n'est pas à vous destiné) : Clemenceau s'écrit sans accent. Notre professeur d’hypokhâgne nous aurait arraché la tête et en tout cas nous sucrait des points si nous avions le malheur d'accentuer le premier e de Clemenceau dans nos copies.
images/icones/fleur.gif  ( 1003555 )Distinctions bienvenues par Lycobates (2026-07-26 17:28:24) 
[en réponse à 1003501]

Je vous remercie de votre apport nuancé, et je vous avoue volontiers que j'ai pu forcer un peu le trait, non point pour faire notre petit jeu ancestral de frighten the frog, comme diraient nos cousins anglais (en nous laissant, comme il est de leur coutume, le soin de mouiller notre chemise à leur place), ce serait trop facile, mais pour mieux avancer un point à soulever.
Ce jeu de mot anglais, si je l'utilise, avec un clin d'oeil, ce n'est pas pour insulter (après tout il n'est pas plus insultant que "rosbif" ou "fritz"), et je crois pouvoir affirmer que mes messages depuis plus de dix ans sur ce forum me mettent à l'abri du soupçon d'une quelconque francophobie comme elle a pu exister chez nous. Je suis très loin de tout cela, feu mon père était entre autre romaniste, la bibliothèque familiale pleine de littérature française, et j'ai grandi dans un foyer où la langue française avait régulièrement cours à cause des visiteurs que mes parents recevaient fréquemment.
Ce qui n'empêche pas, bien entendu, des divergences d'appréciation de faits historiques.

Ceci dit, j'en viens à nos antagonismes d'il y a 100 ans.


L'Autriche-Hongrie, après l'attentat de Sarajevo, était sans doute en partie dans son droit face à la Serbie (mais en partie seulement, car il y a un problème vraisemblablement de proportionnalité



Oui, il y avait des jusqu'au-boutistes de tous les côtes (le sinistre ministre Franz Hötzendorf (Franz Conrad von Hötzendorf, Conrad est nom de famille) du côté autrichien, p.ex., dont l'intransigeance a sans doute contribué à la perte de l'Empire), sans oublier la "carte blanche" de l'Empereur Guillaume II, une erreur diplomatique que le très circonspect, clairvoyant et rusé prince Bismarck (que je n'aime pas) n'aurait jamais commise.
Mais concernant la "proportionalité" de la réponse autrichienne, il faut prendre en compte aussi le jeu des alliances (France, Russie) qui a agrandi outre mesure ce qui aurait dû demeurer une autre guéguerre des Balkans.
Cela nous amènerait à d'autres distinctions à faire.


Mais l'invasion de la Belgique (neutre) par l'Allemagne... voilà ce qui me semble indéfendable.



Je suis d'accord en principe, même si, mais on écrit maintenent que ce fut de la propagande, qui le dira ?, la neutralité belge était devenue plus relative à cause de certains dépots d'armes françaises ou anglaises auxquels le gouvernement belge aurait consenti sur son territoire, ce qui serait (si c'est vrai) une violation du traité de 1839, garanti, rappelons-le, par la Prusse aussi, dont l'Empire allemand était devenu l'héritier (ou l'ampliation).
Le Plan Schlieffen ne faisait pas l'unanimité dans l'état-major allemand, et si j'en avais été (un de mes ancêtres eût peut-être pu y être), je m'y serais opposé, comme d'autres l'ont fait, sans succès.
La violation formelle de la neutralité belge (même dans l'hypothèse qu'elle n'existait que plus sur le papier) fut pire qu'un crime, ce fut une faute.
images/icones/1a.gif  ( 1003589 )Je serais curieux par Halbie (2026-07-27 00:49:13) 
[en réponse à 1003482]

De connaître votre argument concernant 1939. Je suis d'avis que la garantie anglaise était une erreur.
images/icones/nounours.gif  ( 1003474 )Sur le plan légal vichyste par Luc Perrin (2026-07-24 15:11:22) 
[en réponse à 1003315]

La réponse de Reginald lui aurait valu la déportation en camp de concentration avec les juifs qu'il cachait.

Dans la morale 'haram' le principe et rien d'autre le résultat est totalement... immoral.

Quitte à être devant Meneau comme juge au lieu de saint Pierre, il vaut mieux et de loin pécher par mensonge ou en usant de l'euphémisme de l'Aquinate 'dissimuler la vérité'.

Ce fil curieux a eu le mérite de montrer deux mentalités.
Celle qui est rigidissime à cheval sur les Principes comme le Général Boum d'Offenbach l'est sur la discipline, mais prêts à user de toutes les hypocrisies néanmoins je ne mens pas je dissimule la vérité, et les réalistes très soucieux des Principes mais qui marchent sur terre hic et nunc, dans une terre boueuse parfois, et se souviennent de la parole de Notre Seigneur que le sabbat est fait pour l'homme et non l'inverse.
Ce qui n'abolit nullement la loi du sabbat au demeurant mais de l'huile dans son application.

Je crois qu'on retrouve ces deux mentalités sur bien des sujets. Vatican II mauvais en tout ou 95% de bon ou acceptable et une partie à revoir ou a abandonner ; le Syllabus à 100% partout de l'Égypte à la Chine en passant par le Danemark et le Congo ou une approche plus en rapport avec Dignitatis humanae ; la liturgie traditionnelle imposée urbi et orbi illico ou une nécessaire cohabitation pour donner du temps au temps...
images/icones/carnet.gif  ( 1003483 )La torture en Algérie par Chouan (2026-07-24 15:44:04) 
[en réponse à 1003474]

Oui cela me rappelle historiquement les débats épineux consécutifs à la Bataille d'Alger (1960) où l’aumônier de la 2e DP avait autorisé la torture afin d'éviter les attentats qui visaient des innocents. A l'époque la Cité Catholique (soutenue par Mgr Lefebvre) avait tranché...
images/icones/carnet.gif  ( 1003312 )Certes par Chouan (2026-07-22 14:05:05) 
[en réponse à 1003309]

Vous évoquez le cas de la "restriction mentale" qui est tout à fait légitime... Mais je l'ai exclu dans ma question initiale qui se résume à : est-ce un moindre mal de recourir au mensonge de la part d'agents de l'Etat pour sauver des vies et préserver le bien commun ?
images/icones/carnet.gif  ( 1003281 )st Augustin par Réginald (2026-07-22 08:13:29) 
[en réponse à 1003279]

Quant à ce qui est écrit, à savoir que Dieu fit du bien aux sages-femmes hébraïques et à Rahab, la prostituée de Jéricho, ce ne fut point parce qu'elles mentirent, mais parce qu'elles furent miséricordieuses envers le peuple de Dieu. Ce qui a donc été récompensé en elles, ce n'est pas leur tromperie, mais leur bienveillance : la bonté de l'esprit, et non l'iniquité du mensonge.

Source
images/icones/1a.gif  ( 1003288 )vous me faites rire par jejomau (2026-07-22 09:46:25) 
[en réponse à 1003281]

Bien sûr, comme tout catholique, je sais que le mensonge n'est pas permis

Mais....

Pour reprendre Nemo ci-dessous : dans les exemples cités, la fin semblant digne de louange, il y aurait indulgence sur les moyens utilisés ?

Car vous aurez beau me raconter que dans Esaü il y a une histoire figurative du peuple païen etc... vous ne m'enleverez pas de la tête qu'il a trompé son père. Réellement. Que Rahab a menti en son temps. Réellement. Etc...

Alors ?
images/icones/carnet.gif  ( 1003291 )[réponse] par Réginald (2026-07-22 10:03:06) 
[en réponse à 1003288]

L'exemple de Jacob n'est pas décisif. Saint Augustin et saint Thomas estiment qu'il ne s'agit pas d'un véritable mensonge, mais d'une parole figurée ou prophétique (II-II, q. 110, a. 3, ad 3). Cornelius a Lapide, estime que cette explication est insuffisante. Il considère que Jacob a bien voulu tromper son père, mais que son mensonge était officieux, donc péché véniel : Dico secundo, mendacium hoc Jacob, non perniciosum, nec injurium alicui, sed officiosum fuit, ac consequenter veniale tantum peccatum..
images/icones/carnet.gif  ( 1003296 )autre commentaire par Réginald (2026-07-22 11:16:17) 
[en réponse à 1003288]

Je pense aussi de mon côté pour le mensonge. Et pour une fois, j'aurais tendance à me séparer de st Thomas. L'explication du père Chaine (Livre de la Genèse, lectio divina, n°3, p. 312) me semble plus convaincante :


Ce n'est point là une excuse pour Jacob. On ne saurait le disculper. Les deux jumeaux trouvaient chacun une préférence auprès de leurs parents (25, 28). Rébecca demeure aussi répréhensible que son fils. Leur machination est indéfendable ; mais à l'époque où le récit a été élaboré la conscience morale n'était pas encore exigeante en fait de loyauté. Jacob est le bédouin, possesseur de troupeaux, qui joue un bon tour à l'homme qui court la campagne. L'auteur biblique ne commente pas, selon son habitude ; il laisse le lecteur former son jugement. La malédiction dont Isaac accablerait Jacob, si le stratagème était découvert trop tôt (v. 12), indique bien que l'action est reconnue mauvaise.

images/icones/fleche2.gif  ( 1003299 )voilà par jejomau (2026-07-22 11:54:34) 
[en réponse à 1003296]

Dieu s'adresse à une humanité à peine dégrossie dans l'AT. Il fait donc avec. Avec le Christ il nous est demandé beaucoup plus. C'est ce que je pense
images/icones/fleur.gif  ( 1003304 )Oui par Chouan (2026-07-22 12:54:24) 
[en réponse à 1003299]

À une certaine époque, Dieu a permis aux hommes d’avoir plusieurs femmes (Genèse 4:19 ; 16:1-4 ; 29:18-29). Mais ce n’est pas lui qui a institué la polygamie. Il n’a donné qu’une seule femme à Adam.

Dieu a autorisé Jésus à rétablir ce qu’il avait prévu au départ en matière de mariage, à savoir la monogamie (Jean 8:28).
images/icones/hein.gif  ( 1003285 )Ma perplexité par Nemo (2026-07-22 09:08:25) 
[en réponse à 1003242]

Ce fil me fait penser immédiatement à l’évangile de dimanche dernier où l’intendant infidèle est loué, non pour son vol, mais pour la miséricorde (assez intéressée) qu’il a montrée envers ses débiteurs, ou pour sa prudence.
On m’a toujours dit que la fin ne justifiait pas les moyens.
Or dans les exemples cités, la fin semblant digne de louange, il y aurait indulgence sur les moyens utilisés ?
Ne pourrait-on appliquer ça aux sacres illicites d’Ecône ?
images/icones/carnet.gif  ( 1003287 )st Paul par Réginald (2026-07-22 09:42:24) 
[en réponse à 1003285]

St Paul est clair « Non faciamus mala ut eveniant bona » (Rom 3.8.). Il ne nous est pas permis de faire le mal pour qu'il advienne un bien.
Il n'est jamais donc permis de faire un acte intrinsèquement mauvais, même pour des raisons bonnes.
Quant aux sacres, je ne rouvrirai pas le débat : les arguments ont été largement échangés ces derniers mois.
images/icones/iphone.jpg  ( 1003292 )Je connaissais par Nemo (2026-07-22 10:30:15) 
[en réponse à 1003287]

Mais justement tous ces contre exemples vont dans l’autre sens.
images/icones/fleche3.gif  ( 1003333 )Compliqué par Gaudium (2026-07-22 18:37:28) 
[en réponse à 1003287]

Il n'est jamais permis de faire le mal pour qu'il en résulte un bien. Soit.

Si l'on applique cette affirmation au mensonge, on en déduit que le mensonge, qui est mauvais par nature, ne saurait être justifié en aucune circonstance. Ainsi, si l'on peut taire une vérité pour sauver des innocents, on ne peut en revanche pas travestir la vérité.

Mais alors, si l'on applique cette assertion à l'acte de tuer, pas moins intrinsèquement désordonné que le fait de mentir, ne doit-on pas dans la même logique condamner la légitime défense, pourtant admise dans l'enseignement de l'Eglise ?

Pourquoi serait-il défendu de mentir pour protéger des innocents mais permis de tuer, alors que tuer est sans doute plus grave que mentir ?

J'avoue n'avoir jamais réussi à saisir la portée de cette règle morale selon laquelle on ne doit jamais faire le mal en vue d'atteindre un bien, car, de fait, la légitime défense ou encore l'état de nécessité (voler pour nourrir ses enfants) sont autant de tempéraments ou "dérogations" admises par le magistère. Alors pourquoi pas aussi une exception dans des circonstances extrêmes pour le mensonge ?

Mentir serait-il en soi pire que tuer ou voler pour que son interdiction ne tolère aucune exception ?
images/icones/carnet.gif  ( 1003298 )On en arrive à une aporie par Chouan (2026-07-22 11:48:35) 
[en réponse à 1003242]

Si, pour reprendre mon exemple du terrorisme, on sait que la meilleure arme est le "renseignement" pour lutter et déjouer les attentats ( et ne faisons pas preuve d'angélisme... le renseignement implique du "mensonge") donc des moyens "illicites" d'un point de vue moral, que fait-on ? On dissout la DGSI et la DGSE ? (raisonnement par l'absurde)...
images/icones/hein.gif  ( 1003311 )Au fait... par MJP (2026-07-22 14:05:04) 
[en réponse à 1003298]

Pourquoi presque tous ici nous avons un pseudo plutôt que notre vrai patronyme?

Si la dissimulation est un péché, vite remedions à cela.
images/icones/carnet.gif  ( 1003324 )pas nécessairement par Réginald (2026-07-22 15:45:20) 
[en réponse à 1003298]

En situation de guerre, les messages de l'adversaire perdent toute crédibilité, car son objectif est de dissimuler ses forces, ses positions et ses projets. Dès lors, certaines ruses et dissimulations ne constituent pas de véritables mensonges, puisque l'adversaire sait pertinemment qu'elles font partie des usages de la guerre. La charge de la vérité ne pèse plus sur celui qui use du stratagème pour masquer ses actions, mais entièrement sur l'observateur, à qui il revient de faire preuve de vigilance, d'exercer son esprit critique et de démêler habilement le vrai du faux.
images/icones/carnet.gif  ( 1003340 )A mon avis par Meneau (2026-07-22 20:08:30) 
[en réponse à 1003298]

on peut aussi légitimement s'interroger sur la licéité de bon nombre d'actions des DGSE/DGSI du point de vue de la morale catholique ...

Ont-ils vraiment "droit" aux informations qu'ils espionnent ?

Cordialement
Meneau
images/icones/carnet.gif  ( 1003341 )Vous n'avez pas tort par Chouan (2026-07-22 20:38:35) 
[en réponse à 1003340]

et c'est le cas de tous les services spéciaux.
Néanmoins vous conviendrez que le "renseignement" est le nerf de la guerre contre le terrorisme ou le narcotrafic, sans même parler de son rôle dans les guerres conventionnelles...
images/icones/carnet.gif  ( 1003342 )Pour aller dans votre sens par Chouan (2026-07-22 20:50:27) 
[en réponse à 1003340]

Au-delà des informations douteuses, le recrutement des indics, des "taupes" ou des "agents doubles" se fait généralement sous la contrainte ou via la corruption...Tout ça n'est pas très propre, j'en conviens aisément
images/icones/carnet.gif  ( 1003313 )Article paru dans les Cahiers Saint Raphaël par Donapaleu (2026-07-22 14:09:37) 
[en réponse à 1003242]

à propos des faux certificats de vaccination

Les exigences de la vérité face aux contraintes sanitaires légales

Par l’abbé Martin Monnier

Par l’extension sans frein du règne de la technique et du contrôle bureaucratique qui l’accompagne, la société moderne place la conscience chrétienne devant des circonstances nouvelles. Certes, des autorités ont pu par le passé imposer des mesures autoritaires et radicales face à de graves périls pour la santé publique, mais jamais elles n’avaient été dotées de moyens si importants et si efficaces pour le contrôle de la santé individuelle et collective. Un exemple suffit à l’illustrer : il y a peu encore des parents réticents à accepter pour leurs enfants le vaccin du D.T.P., seul obligatoire, pouvaient sans être trop inquiétés « négliger » de présenter à l’école les carnets de vaccination de leurs enfants ou présenter des certificats de contre-indication médicale, quoique n'entrant pas dans les contre-indications très rares admises par la communauté scientifique. Ce sont désormais onze vaccins qui sont obligatoires, et les personnes chargées d’exercer ce contrôle ont aujourd’hui des moyens de coercition moins humains et plus efficaces qu’hier. Tous les accès gérés par des moyens informatiques (badges magnétiques de cantine, plateformes de communication entre les parents et l’institution…) peuvent être verrouillés à ceux qui ne présentent pas le bon certificat. A plus grande échelle, les contrôles informatisés portant sur la santé à base de QR-codes - nouveaux sésames de la vie en collectivité - ont atteint un paroxysme inégalé lors de la crise sanitaire provoquée par l’épidémie de covid-19. Quoiqu’elle soit maintenant derrière nous, la menace de retours de contrôles stricts et généralisés - qu’ils soient brutaux ou progressifs - ne relève plus seulement de la science-fiction ou de la chinoiserie.
La question du faux certificat médical ouverte par l’article précédent se pose donc à certains avec toujours plus d’acuité. Le chrétien sera-t-il acculé à choisir entre défense de la santé et défense de la vérité ? Quels principes doivent alors guider sa conduite ? Mais puisque nous évoquons en introduction des cas critiques très controversés, précisons tout de suite et une fois pour toute que nous ne prenons volontairement aucune position dans le débat sur le danger ou la nocivité des vaccins eux-mêmes, quels qu’ils soient. A fortiori, nous laissons de côté toutes les questions médicales et morales propres aux vaccins contre la covid-19. Ces exemples ne sont évoqués ici que pour faire sentir l’acuité nouvelle d’un problème moral plus général ouvert par l’article précédent du docteur Philippe de Geofroy : celui de la vérité et du mensonge dans les actes médicaux. Ce problème se pose de façon égale à la conscience de celui qui demande un certificat, de celui qui le fait et de celui qui en fait usage. Et sa résolution est indépendante des opinions sur les questions adjacentes.
Vérité et langage
La notion de vérité, qui est ici en jeu, a été parfaitement définie par saint Thomas d’Aquin comme la conformité de notre intelligence avec le réel. Elle est donc un très grand bien pour l’homme car notre intelligence, qui est la reine de nos facultés, est proprement faite pour elle. « Que l’âme désire-t-elle plus fort que la vérité ? » dit Saint Augustin.
Outre l’intelligence, l’auteur de la nature, a donné à l’homme un merveilleux instrument au service de cette vérité : il s’agit du langage, qu’il soit oral, écrit ou même non verbal. Il est fait pour que l’homme puisse échanger des vérités. Il donne des signes de sa propre pensée afin de la communiquer à d’autres et de recevoir d’eux d’autres vérités qui enrichiront son intelligence. Le respect de la nature du langage, qui est d’exprimer adéquatement notre pensée, est donc au fondement du progrès de l’intelligence et de toute vie sociale. Il y a là une donnée antérieure à tout acte volontaire de l’homme, aucune convention ni aucun pacte social ne saurait en rendre raison. L’homme n’a donc pas le pouvoir de la changer.
Défendre la vérité face à la tentation du mensonge
L’office de vérité assuré par notre langage ne s’impose néanmoins pas à nous comme une nécessité, il dépend de l’exercice de notre volonté libre qui peut toujours y introduire une discordance. Il s’agit alors du mensonge qui se définit comme un signe extérieur volontaire contraire à notre pensée. Pour exclure le lapsus involontaire saint Augustin ajoute à la définition : « avec l’intention de tromper ». Ainsi bien défini, nous voyons immédiatement que le mensonge est contraire à la loi naturelle ou pour le dire autrement intrinsèquement mauvais.
Puisqu’il n’est pas toujours aisé de rester fidèle à la fonction de vérité du langage, Dieu a aussi doté l’homme d’une vertu spéciale : la véracité. Son rôle est de faire croître en nous l’amour et le respect intransigeant de la vérité dans nos paroles et dans nos actes afin de les conformer autant que possible à nos pensées intérieures. Cela est vrai de tout homme, païen ou bon chrétien.
Le mensonge sous toutes les coutures
Résumons les vices inhérents au mensonge. Premièrement, le mensonge est contraire à la finalité intrinsèque et par conséquent à la nature même du langage. À ce titre, Aristote disait qu’il est « toujours bas et répréhensible ». Deuxièmement, le mensonge est contraire au bien commun de la société. Il met en effet en péril la confiance dans la parole du prochain nécessaire à toute vie sociale. Notons au passage que cette responsabilité de l’homme vis-à-vis du bien commun demeure même en cas d’injustices ou de mensonges ayant cours soit dans une portion plus ou moins notable de la société soit de la part des autorités mêmes. Troisièmement, le mensonge est contraire au bien de celui qui le reçoit car il cause une fausseté dans son esprit qui est toujours un mal pour l’intelligence. Quatrièmement, le mensonge s’oppose au bien de celui qui l’émet. L’expérience montre que, la faute se répétant, le vice amène avec lui une déformation progressive de la conscience qui non seulement minimise le mal mais encore déforme le « sens de la vérité » au gré de l’utilité et de l’intérêt personnel. A force de mentir aux autres, on finit par se mentir à soi-même et à force de se mentir à soi-même, on finit par se couper totalement du réel.
Il faut encore ajouter que le chrétien a plus de raisons que le païen de renoncer sans condition au mensonge et de rester indéfectiblement attaché à la vérité. Premièrement, Dieu n’a cessé tout au long de l’histoire de la révélation de rappeler cette partie de la loi naturelle. Deuxièmement, Notre Seigneur a ajouté au commandement de la véracité celui de la simplicité qui renforce et élève le premier : « Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : “Tu ne te parjureras point” (…). Et moi, je vous dis (…) que votre langage soit : ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas. Ce qui se dit de plus vient du Malin ». Troisièmement, le chrétien faisant profession publique de cette loi morale exigeante, il scandalisera plus que le païen s’il est pris en flagrant délit de mensonge. Quatrièmement, le Christ s’étant proclamé lui-même la Vérité et ayant annoncé l’envoi de son Esprit comme « Esprit de Vérité », l’amour et le respect de la vérité prennent pour le chrétien une portée nouvelle, non seulement morale mais encore spirituelle : ils s'accordent à l’union de l’âme à Dieu dans le Christ. Qu’il suffise pour s’en pénétrer très concrètement de relire dans l’évangile de saint Jean les dialogues de Jésus avec Nicodème, la Samaritaine, ou même avec Pilate.
Ces conclusions ont un fondement universel qu’aucune loi injuste, aucun péril pour notre santé ou même pour notre vie ne saurait justifier d’enfreindre par le mensonge. Pour s’en assurer, saint Augustin a envisagé toutes les formes possibles du mensonge : du plus grave, le mensonge en matière religieuse, au plus léger, le mensonge pour sauver sa vie ou son honneur. Saint Thomas d’Aquin a repris l’analyse de l’évêque d'Hippone pour la synthétiser en trois classes regroupant tous les mensonges possibles : pernicieux (pour nuire), joyeux (pour le seul plaisir) ou officieux (utile au service d’un bien), et il confirme le verdict du Père de l’Église : tout mensonge est un péché, le mensonge est un mal intrinsèque qui ne saurait en aucun cas être permis, même pour sauver des vies, ce qui ne peut être qu’une circonstance atténuante. Ce sont toujours d’autres moyens qu’il faudra rechercher pour s’exempter de dire une vérité qui n’est pas due ou qui n’est pas bonne à dire : le silence, le refus argumenté de répondre, ou encore l’évitement par une réponse qui n’en est pas une.
N'y a-t-il pas des faux qui ne soient pas des mensonges ?
Reste un cas de conscience : il y a des situations où le silence, l’esquive, la protestation ne sont pas une défense mais un aveu. À la question « cachez-vous quelqu’un chez vous ? », un Vendéen abritant un prêtre pendant la révolution, ou un résistant cachant un juif pendant la seconde guerre mondiale, par un refus de répondre ou une réponse inconsistante aurait trahi son secret et très probablement livré une vie à la mort. Le prêtre tenu par le secret de confession pourrait être exposé à des dilemmes comparables. Pour y échapper, n’y aurait-il donc aucun moyen qui, en dépit d’une apparence de fausseté, ne serait pas un mensonge ? N’y aurait-il qu’un conflit insoluble entre le devoir de conserver un secret et le devoir de vérité ?
Pressentant l’excès d’une telle conclusion, certains philosophes, à commencer par Platon, ont parlé du mensonge comme d’un poison qui, à petite dose, pourrait ne pas être mauvais et mais salutaire. Cassien lui-même, le disciple des Pères du désert d’Égypte et le fondateur des Cassianites en Occident, s’est laissé séduire par cette image. Mais cette belle métaphore ne tient pas devant les conclusions logiques que nous avons énoncées plus haut.
D’autres ont introduit une distinction bien pratique entre le mensonge moral et le mensonge psychologique. Le second, servi à une personne qui n’aurait pas droit à la vérité, serait exempt de faute morale (ainsi parlent les “philosophes du droit naturel” : Grotius, Pufendorf et après eux les encyclopédistes et nombre de protestants). Mais n’est-ce pas vider de tout son sens le terme de mensonge ? Les disciples de saint Thomas ne sauraient se ranger derrière une telle distinction sans autre fondement qu’une redéfinition arbitraire du mensonge. Même parmi les protestants et les philosophes dits “éclairés”, on trouve Emmanuel Kant qui s’y est opposé.
Mais à la différence du philosophe prussien, saint Thomas a bien dit quelque part : « Quoiqu’il ne soit jamais permis de dire un mensonge pour soustraire quelqu'un à n'importe quel danger ; il est permis de dissimuler prudemment la vérité ». Malheureusement il n’a pas développé sa pensée. Il revenait à ses disciples de préciser quelle pouvait être cette prudente dissimulation échappant au mensonge. Il s’agit de deux catégories exposées par tous les moralistes modernes : la restriction mentale et l’ambiguïté (aussi appelée équivocité ou amphibologie, nous assimilons ces termes les uns aux autres quelles que soient leurs nuances réelles).
L’ambiguïté
L’ambiguïté est l’usage de paroles ou de signes admettant plusieurs sens, même si le sens conforme à la pensée de celui qui s’exprime est loin d’être le plus évident. Le Christ nous en a lui-même montré l’exemple : « Lazare, notre ami, dort ». Les apôtres le comprennent dans le sens obvie et par conséquent ne pressent pas leur maître. Le sommeil de la mort est bien un sens du mot dormir tout à fait admis par l’usage puisqu’il constitue l’étymologie de nos cimetières (dortoirs en grec). Notre Seigneur n’est pas la cause directe de l’erreur de ses apôtres même s’il la prévoit, ce sont eux qui ont interprété trop vite. Il n’y a donc pas de mensonge. Lorsque les apôtres se rendent compte de leur erreur, ils n’en perdent pas pour autant confiance dans la parole de leur maître ni dans le maniement du langage. Au mieux, ils seront plus circonspects par la suite. Reste l’inconvénient réel d’avoir temporairement laissé dans l’erreur l’intelligence des apôtres, mais ce mal a pu être toléré car il devait être compensé par les bienfaits du miracle accompli par le Seigneur en ressuscitant Lazare après l’avoir laissé dormir quatre jours dans le tombeau. Nous appliquons tout simplement ici les règles de moralités de ce que l’on appelle classiquement l’acte à double effet (cf. l’encadré ci-dessous).
Les règles de moralité de l’acte à double effet
Pour pouvoir moralement poser un acte à double effet, il faut :
1. Que la fin voulue par celui qui agit soit bonne.
2. Que l’acte lui-même soit bon ou indifférent.
3. Que l’effet mauvais ne soit pas voulu directement mais seulement permis (ce que l’on contrôle en vérifiant que cet effet n’est pas en réalité le moyen d’atteindre la fin voulue).
4. Que l’effet bon compense l’effet mauvais.
On rapporte encore que saint Athanase, poursuivi par des persécuteurs qui l’interpellaient sur le bord du Nil sans le reconnaître et lui demandaient : « Sais-tu où est Athanase ? », répondit en montrant la direction du fleuve d’où il venait : « Il est passé par là ». Ce qui est énoncé est vrai, la méprise des soldats sur l’identité de leur interlocuteur rend le propos très ambigu, il a pour effet d’entretenir les poursuivants dans leur erreur : cet effet mauvais est toléré car il a pour effet bon la liberté du pasteur, champion de l’orthodoxie, importante pour le bien commun de l’ Église. Retenons deux éléments importants que nous retrouverons, qui entrent ici en compte dans la proportion entre l’effet bon et l’effet mauvais : le contexte de persécution - une telle réponse de la part d’un prélat en temps de paix n'aurait pas eu d’effet bon significatif pour le justifier et aurait ajouté le scandale aux effets mauvais - et le rapport entre un bien particulier et un bien commun.
Si nous voulons user de cette subtile technique de dissimulation sans mentir pour nos certificats médicaux, nous pourrions imaginer des formulations d’une habile ambiguïté - mais pas fausses - là où la forme de l’attestation attendue est assez libre. Cependant, nous ne voyons pas bien comment le procédé pourrait faire illusion là où la forme est très déterminée comme c’est le cas dans les carnets de vaccination, ou même dans le cas d’un certificat sur papier libre qui, comme son nom l’indique, doit généralement commencer par “Je, soussigné, certifie avoir effectué tel ou tel acte ou constaté ceci ou cela”. De plus, nous ne voyons pas non plus comment justifier la proportion entre l’effet bon recherché (le bien particulier de la santé de celui qui sera dispensé du vaccin, pour prendre cet exemple) et les effets mauvais effectifs (fausseté chez tout ceux qui liront trop rapidement le certificat) ou potentiels (risques médicaux pour le patient, risques juridiques pour le médecin et le bien commun de sa patientèle. Nous renvoyons pour bien en mesurer toute la portée à l’article du Dr Philippe de Geofroy). Nous ne pouvons exclure catégoriquement et a priori que de tels cas existent, mais il nous semble qu’ils ne peuvent être que très exceptionnels, et nous serions bien en peine d’en donner un seul exemple concret. En outre, au vu des inconvénients soulignés, il nous semble nécessaire de rappeler à l’attention du lecteur les autres moyens qui demeurent et qui présentent moins de risques : le certificat de contre-indication, mais aussi que le patient assume lui-même les risques inhérents à ses choix plutôt que de les faire endosser au médecin qui incarne un bien commun généralement plus étendu que le bien d’un individu ou d’une famille. Tant que ces moyens ne sont pas épuisés, leur existence réduit encore la légitimité déjà faible du recours à un certificat ambigu et la même remarque vaudra dans le cas de la restriction mentale que nous allons évoquer maintenant.
La restriction mentale
La restriction mentale est l’usage d’une formule qui, telle quelle, est fausse, mais qui est complétée mentalement par celui qui s’exprime. Si nous voulions appliquer cela à nos vaccins, nous pourrions dire : « Je certifie que telle injection de tel lot de vaccin a été pratiquée…», et l’on ajouterait mentalement : « dans le lavabo » ou « dans le coussin »…
On distingue classiquement la restriction purement mentale de la restriction mentale au sens large. La seconde diffère de la première en ce qu’il existe un signe, ou une circonstance en dehors de l’esprit de celui qui s’exprime qui doit permettre au destinataire du message de saisir ce qui est sous-entendu. Dans la restriction purement mentale, il y a une irréductible absence de conformité entre la pensée de celui qui s’exprime et le signe extérieur qu’il donne. Le message reçu diffère de la pensée du locuteur. Il s’agit donc purement et simplement d’un mensonge. Il amène avec lui tous les effets néfastes du mensonge : fausseté, défiance, laxisme. Quelle que soit la bonne ou la mauvaise foi de ceux qui ont promu ou utilisé ce genre de procédés parmi les moralistes et les clercs catholiques, elle a exposé les défenseurs de cette pratique à la critique des opposants extérieurs de l’Église et à la dérision de ses ennemis intérieurs. Finalement le pape Innocent XI a condamné en 1679, parmi une série de propositions de morale laxiste, deux propositions touchant spécifiquement à la restriction mentale .
Quant à la restriction mentale au sens large, pour bien la comprendre il faut rappeler que le message exprimé forme un tout comprenant les éléments non-verbaux d’intonation, d’expression, de geste…, ainsi que toutes les circonstances de temps, de lieux, de conventions… Il ne peut être morcelé en isolant la parole ou l’écrit du reste du signe. Ainsi à certaines époques et en certains milieux, un serviteur répondant à un visiteur importun « Monsieur n’est pas là » sous-entendait « pour vous ». La chose était convenue, tout le monde en comprenait le sens, il n’y avait donc là aucune tromperie, et cela avait l’avantage de ne pas éconduire le demandeur de façon trop raide. Le signe global se ramène plus à une ambiguïté qu’une restriction mentale proprement dite et sa moralité relève des règles de l’acte à double effet. Reste donc à vérifier chacune des conditions, comme nous l’avons déjà souligné pour l’ambiguïté, pour ne pas y recourir avec trop de légèreté.
Mensonge en temps de paix, vérité en temps de guerre ?
En demeurant dans la catégorie de la restriction mentale au sens large, il reste à examiner la circonstance particulière de la guerre. C’est en effet souvent de ce contexte que sont tirés un certain nombre d’exemples de « faux » dont la moralité est assez communément admise : faux papiers, leurres, ruses de guerre, désinformation… C’est encore dans cette catégorie que l’on mentionne souvent les « faux » certificats de baptême délivrés par des prélats à de nombreux juifs pendant la 2nde guerre mondiale pour leur permettre d’échapper aux persécutions. Toutes ces choses semblent relever du mensonge en temps normal et ne plus en relever en temps de guerre.
Il n’y a bien qu’une seule loi morale universelle pour la paix comme pour la guerre. Mais entre les deux il y a un élément contextuel déterminant, que nul ne peut ignorer, et qui fait apprécier très diversement les signes qui sont donnés. Il est tacitement admis entre les belligérants, qu’on ne peut accorder aucun crédit aux messages ordinaires qui viennent de l’adversaire qui fera tout pour masquer ses positions, l’état de ses forces vives et ses projets. Tout observateur est donc censé être suffisamment circonspect pour ne pas être naïvement trompé. Charge à lui de démêler la vérité de la simulation s’il y tient, et la plupart du temps de s’en tenir à des conclusions incertaines ou seulement probables. Il faut néanmoins ajouter que cette large tolérance circonstancielle pour la ruse et la dissimulation admet des limites reconnues par tous, et en cela le lien social n’est pas totalement rompu même entre adversaires déclarés : hisser un drapeau blanc pour tendre une embuscade ou mentir dans des négociations de paix ne serait plus une ruse de guerre mais une félonie universellement réprouvée. Elle mettrait en effet à mal le dernier reste de confiance mutuelle entre les belligérants nécessaire au rétablissement d’une paix. En pratique nous retenons la conclusion suivante : pour que la circonstance de la guerre soit prise en compte dans la réception du message émis et fasse passer un tel message de la catégorie du mensonge à celle de l’ambiguïté ou de la restriction mentale au sens large, il faut réellement qu’il y ait guerre et qu’il y ait de part et d’autre conscience de cet état de guerre. La guerre peut être extérieure ou intérieure (guerre civile), ouverte ou larvée (espionnage), pour qu’il en soit tenu compte dans le jugement moral porté sur notre langage, il doit s’agir d’une guerre reconnue comme telle non seulement par celui qui s’exprime mais aussi par ses interlocuteurs.
Retour à l’actualité : sommes-nous en guerre ?
On a pu parler de guerre sanitaire à l’occasion de la crise de la covid-19. On parle aussi communément de la guerre commerciale que se livrent par exemple les laboratoires pharmaceutiques, ou encore de guerre spirituelle opposant les deux étendards ignatiens, les deux cités augustiniennes, ou l'Église de Dieu et le mondialisme révolutionnaire. Ces expressions nous autorisent-elles à nous réclamer d’elles pour faire passer tout « faux » pour des ruses de guerre ? Ne nous laissons pas abuser par une rhétorique facile. Il ne faut pas être grand clerc pour distinguer la métaphore ou l’hyperbole de l’utilisation réaliste du mot. Pour recourir à cet argument dans le problème qui nous intéresse il faudrait qu’il y ait une guerre ou une persécution communément reconnue des médecins contre leurs patients, des laboratoires pharmaceutiques contre leurs clients, ou encore des autorités civiles contre leurs sujets. Tant que cela n’est pas avéré, un faux certificat médical constitue bel et bien un mensonge pur et simple.
Si réellement nous étions dans un état de guerre civile, reconnu de tous – admettons l’hypothèse, quoique nous soyons bien incapables de la défendre ou de la prouver – un « faux certificat médical » pourrait éventuellement relever de la restriction mentale prise au sens large. Il faudrait ici encore vérifier le respect rigoureux des conditions de la moralité de l’acte à double effet. Tant qu’elles ne sont pas vérifiées, une telle restriction mentale échapperait peut-être au mensonge mais pas à la faute morale.
N’ayant écarté aucune éventualités, même les plus improbables, il nous semble nécessaire pour conclure de revenir à la hauteur et à la simplicité évangélique. Tenons-nous-en au sage avis du Seigneur : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre l’âme et le corps dans la géhenne ».

Notes :
1 Citons deux exemples historiques fameux : la « quarantaine » stricte décrétée par le gouverneur de Milan, sous l’épiscopat de saint Charles Borromée (1564-1584), en octobre 1576, pour endiguer l’épidémie de peste qui ravageait la ville (cf. André Deroo, Saint Charles Borromée, Cardinal réformateur docteur de la pastorale, éd. Saint-Paul, Paris, 1963) ; ou encore le blocus de la ville de Marseille et le confinement à des degrés variables imposé à ses habitants du 31 juillet 1720 au mois de décembre 1722 (cf. Fleur Beauvieux, Expériences ordinaires de la peste. La société marseillaise en temps d’épidémie (1720-1724), thèse soutenue à l’EHESS le 9 décembre 2017)
2 « Veritas est adaequatio rei et intellectus », Somme théologique, Ia, q16, a1, fondé sur Aristote (cf. Métaphysique, Paris, Vrin, 2004, livre Θ, ch. 10,
3 Saint Augustin, Sur l’Évangile de Jean, Traité 26, 5.
4 Aristote, Éthique à Nicomaque, 1127a, l. 4, ch. 13.
5 a
6 Mt 5,33-37.
7 Jn 14,6.
8 Jn 15,32.
9 Jn 16,21.
10 Jn 4, 21-26.
11 Jn 18,37-38.
12 Notre morale est bien loin de la Taqîya qui autorise le musulman à dissimuler ou à nier sa foi en cas de persécution ou de situation minoriatire de sa religion (Sourate 3, 28).
13 Somme théologique, IIa IIae, q110, a3.
14 « Si réellement le mensonge est (…) utile aux hommes à la manière d’un médicament, il est évident que l’emploi d’un tel médicament doit être réservé aux médecins et que les profanes ne doivent pas y toucher » Platon, La République, livre III, 389b, traduction par Émile Chambry, Les Belles Lettres, 1932.
15 « Il en est du mensonge comme de l’Hellébore… » Cassien, Conférences, conf. XVII, c. 7.
16 « Ceux-là se trompent beaucoup, qui ne mettent aucune différence entre mentir et dire une fausseté. Mentir est une action déshonnête et condamnable, mais on peut dire une fausseté indifférente ; on en peut dire une qui soit permise, louable et même nécessaire : par conséquent une fausseté que les circonstances rendent telle, ne doit pas être confondue avec le mensonge, qui décèle une âme faible, ou un caractère vicieux. Il ne faut donc point accuser de mensonge, ceux qui emploient des fictions ou des fables ingénieuses pour l’instruction, et pour mettre à couvert l’innocence de quelqu’un, comme aussi pour apaiser une personne furieuse, prête à nous blesser : pour faire prendre quelques remèdes utiles à un malade ; pour cacher les secrets de l’état, dont il importe de dérober la connaissance à l’ennemi, et autres cas semblables, dans lesquels on peut se procurer à soi-même, ou procurer aux autres une utilité légitime et entièrement innocente.» Louis de Jaucourt, art. Mensonge, dans l’Encyclopédie (de Diderot), 1751, tome 1, 1ère éd. , p. 336.
17 Emmanuel Kant, Sur un prétendu droit de mentir par humanité, VIII, 425, in Œuvres philosophiques, t. 3, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1986, p. 435 et sv.
18 IIa IIae, q110, ad3, ad4m.
19 Jn 11, 11.
20 Nous concédons ici que l’estimation de cette proportion dépend du jugement que l’on porte sur la gravité du risque que représente le vaccin pour la santé ou même la vie du patient.
21 Le premier défenseur de la restriction mentale fut le théologien et canoniste espagnol Martin d’Azpilcueta (1491-1586). Il est considéré en morale comme l’un des fondateurs de la casuistique moderne.
22 Deux jésuites missionnaires catholiques, Robert Southwell (1561-1595) et Henry Garnet (1555-1606), entrés en Angleterre clandestinement au temps des persécutions de la reine Elisabeth I, furent arrêtés à une dizaine d’années d’intervalle. Au cours de leur procès, ils se défendirent en usant du procédé de restriction mentale. Cela ne leur permit pas d’échapper à la condamnation à la peine capitale. En revanche, cela donna aux protestants une occasion de dénigrer le catholicisme en général et les jésuites en particulier, présentés comme bénissant purement et simplement le mensonge (cf. Shakespeare, Macbeth, acte 2, scène 3).
23 Dans les Provinciales, où Pascal se fait le porte-parole du parti janséniste contre les jésuites, il s’en prend spécialement aux théologiens jésuites pour leur défense de la restriction mentale (Blaise Pascal, Les Provinciales, Paris, Gallimard, 1987, 9e lettre, p. 150 et suivantes). Il y fait preuve d’une ironie corrosive non dénuée de caricature et d’injustice. La malice des positions jansénistes défendues par l’auteur et du ton général de l’ouvrage n’a pas échappé aux sages jugements des souverains pontifes qui firent inscrire l’ouvrage à l’Index romain le 6 septembre 1657.
24 Décret du Saint-Office du 2 mars 1679 condamnant 65 propositions de morale laxiste. (Dz 2126 et 2128)
25 Allocution d’Emmanuel Macron le lundi 16 mars à 20 heures. L’expression « nous sommes en guerre » a été utilisée six fois en vingt-et-une minutes.
26 Mt 10,28.


images/icones/carnet.gif  ( 1003319 )Excellent article par Meneau (2026-07-22 15:10:53) 
[en réponse à 1003313]

Merci !

Bonne synthèse de la question à mon avis

Cordialement
Meneau
images/icones/bravo.gif  ( 1003337 )Très complet et répondant à ma question par Chouan (2026-07-22 19:27:34) 
[en réponse à 1003313]

"En pratique nous retenons la conclusion suivante : pour que la circonstance de la guerre soit prise en compte dans la réception du message émis et fasse passer un tel message de la catégorie du mensonge à celle de l’ambiguïté ou de la restriction mentale au sens large, il faut réellement qu’il y ait guerre et qu’il y ait de part et d’autre conscience de cet état de guerre. "La guerre peut être extérieure ou intérieure (guerre civile), ouverte ou larvée (espionnage), pour qu’il en soit tenu compte dans le jugement moral porté sur notre langage, il doit s’agir d’une guerre reconnue comme telle non seulement par celui qui s’exprime mais aussi par ses interlocuteurs."
images/icones/fleche2.gif  ( 1003332 )sur le mensonge par Lycobates (2026-07-22 18:31:32) 
[en réponse à 1003242]

... vous pourrez (re-)lire ce message, et ceux qui suivent immédiatement et le complètent fort utilement, déjà en 2014, ICI
images/icones/carnet.gif  ( 1003335 )Merci Lycobates par Chouan (2026-07-22 19:17:05) 
[en réponse à 1003332]

Très instructif