Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 25 février 2026 sur The Remnant sous le titre : « Judge the Tree by Its Fruits: Sermon on the Mount, Rome, and the Case for the SSPX »
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« Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits. » Que se passe-t-il lorsque l’épreuve que le Christ lui-même a traversée dans l’Évangile selon saint Matthieu, ch.7, est appliquée à la FSSPX – et à Rome elle-même ? Le verdict est sans appel.
Dans son sermon du 8 février au séminaire de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) à Écône, l’abbé Bernard de Lacoste a parlé de l'épreuve que le Seigneur nous a donnée pour guider nos jugements dans les situations difficiles :
« Quand nous nous trouvons dans une situation délicate, en hésitant sur la voie à prendre, quand on ne sait pas très bien ce qu’il faut faire, Notre-Seigneur nous donne, dans l’Évangile, un critère de discernement : « On juge l’arbre à ses fruits. Un bon arbre donne de bons fruits, un mauvais arbre donne de mauvais fruits. » Alors regardons : quels sont les fruits de la Nouvelle Théologie et de la Nouvelle Messe ? Les séminaires modernes se vident ; le dimanche à la messe, dans les paroisses, on trouve surtout des personnes âgées ; les effectifs des congrégations religieuses sont en chute libre ; la morale n’est plus respectée, etc. Au contraire, la messe traditionnelle attire du monde, et les seuls instituts qui suscitent des vocations aujourd’hui sont ceux qui gardent la Tradition. Regardons aussi les fruits chez les fidèles, chez les laïcs. Où trouve-t-on des familles nombreuses ? Où trouve-t-on des époux fidèles l’un à l’autre et qui respectent la morale conjugale ? Surtout — pas exclusivement, mais surtout — dans les communautés où l’on garde la Tradition.
Ces paroles s’appuient sur le Sermon sur la montagne de Notre Seigneur et résonnent particulièrement pour nombre d’entre nous qui avons fait des sacrifices pour assister à la messe traditionnelle en latin. Bien sûr, il existe de bons catholiques qui ne soutiennent ni le catholicisme traditionnel ni la FSSPX, mais une analyse rationnelle des fruits montre clairement que l’arbre qui représente le catholicisme traditionnel est infiniment meilleur que celui qui représente l’"Église synodale".
En examinant de plus près le chapitre sept de l’Évangile selon saint Matthieu – sur lequel se fondent les propos de l’abbé de Lacoste cités plus haut –,
on découvre un fait étonnant : ce chapitre tout entier nous éclaire sur la dynamique actuelle entre la FSSPX et Rome. Alors que les divergences d’opinions concernant les consécrations épiscopales prévues laissent penser qu’il est impossible de parvenir à un consensus sur le discernement de la volonté divine, le Sermon sur la montagne nous livre un verdict sans équivoque. On peut le constater en considérant chacun des vingt-neuf versets du chapitre sept de l’Évangile selon saint Matthieu.
Juger avec justice (Versets 1 à 5)« Ne jugez point afin de n'être point jugés, car de la façon dont vous jugez, vous serez jugés, et avec la mesure dont vous mesurez il vous sera mesuré. Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et ne remarques-tu la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment (peux-tu) dire à ton frère : " Laisse-moi ôter la paille de ton œil " lorsqu'il y a une poutre dans ton œil ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras à ôter la paille de l'œil de ton frère. »
Ces paroles n’interdisent pas tout jugement, mais elles nous exhortent à éviter les jugements injustes. Le commentaire de saint Augustin sur ce passage est particulièrement pertinent pour la situation actuelle de la FSSPX :
« Je suppose que le commandement ici n’est autre que de toujours donner la meilleure interprétation aux actions dont l’intention semble douteuse. » (Saint Augustin, Sermon sur les Monts II, 18, tiré de la Catena Aurea de saint Thomas d'Aquin)
Toute la justification de l'œuvre de la FSSPX repose sur sa conviction sincère qu'il existe un état de nécessité réel qui justifie, par exemple, la consécration d'évêques sans l'approbation de Rome. En ces temps d'apostasie insondable, ceux qui condamnent la FSSPX pour avoir cette conviction et agir en conséquence le font injustement, et contreviennent ainsi au commandement de Notre Seigneur.
Au-delà de cela, la métaphore de la poutre et de la paille nous offre un moyen sûr de distinguer les griefs réciproques entre Rome et la FSSPX. En produisant et en promouvant activement des maux diaboliques — tels qu'
Amoris Laetitia, Pachamama,
Fiducia Supplicans, l'Église synodale et
Mater Populi Fidelis —, Rome a une poutre dans l'œil et exige de fait que tous les catholiques s'en mettent une autre en acceptant des erreurs anti-catholiques. La « paille » dans l'œil de la FSSPX n'est autre que son refus d'abandonner la Foi en cautionnant ce mal. Comme l'indiquent les paroles de Notre Seigneur, celui qui s'obstine à garder une poutre dans son œil n'a ni la clairvoyance ni la disposition nécessaires pour enlever la paille de l'œil d'autrui.
Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint (Verset 6)« Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint ; ne jetez pas vos perles devant les porcs de peur qu’ils ne les foulent aux pieds et que, se retournant, ils ne vous déchirent. »
Rome enfreint aujourd’hui ce commandement d’au moins deux manières. Premièrement, depuis des décennies, le Saint-Sacrement est couramment donné à ceux qui péchent publiquement et n’ont aucune intention de suivre les enseignements de l’Église catholique.
La pratique courante de la communion dans la main et le recours à des ministres eucharistiques laïcs ont également contribué à une telle culture de profanation négligente qu’il arrive sans doute que le Saint-Sacrement soit laissé à terre, à la portée de n’importe quel chien. C’est presque comme si la Rome post-conciliaire s’était donné pour mission principale de multiplier les sacrilèges. Deuxièmement, depuis Vatican II, la hiérarchie a, de fait, confié la théologie de l’Église à ceux qui auraient été considérés comme hérétiques avant le Concile. Le résultat est conforme à ce que l'on attendait : l'erreur jouit de droits quasi-illimités dans la plupart des églises et écoles catholiques, tandis que la vérité est proscrite, car jugée cruelle et rétrograde. En confiant la théologie post-conciliaire à des individus méprisables, Rome a permis que les joyaux de la Foi soient constamment bafoués.
Demandez et vous recevrez (Versets 7 à 11)« Demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et l'on ouvrira à qui frappe. Y a-t-il parmi vous un homme qui, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il ce qui est bon à ceux qui lui demandent ? »
Par ces paroles, Notre Seigneur nous enseigne que nous devons demander à Dieu avec confiance ce dont nous avons besoin. Logiquement, les catholiques ont le droit de demander à l’Église ce qui est essentiel au salut, en particulier la foi catholique authentique et les sacrements. Aujourd’hui, lorsque les âmes demandent ces choses à Rome, elles reçoivent des pierres et des serpents. Par conséquent, le désaccord fondamental de Rome avec la FSSPX ne porte pas sur les évêques, mais sur le fait que la FSSPX insiste pour offrir aux âmes du pain et du poisson plutôt que des pierres et des serpents. Nombre de catholiques ont découvert cette réalité de façon particulièrement frappante durant la pandémie de COVID-19, marquée par l'hystérie collective et la fermeture de leurs églises ; en quête des sacrements, ils se sont tournés vers les chapelles de la FSSPX restées ouvertes.
Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent (verset 12)« Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le vous aussi pour eux. Car c’est la Loi et les Prophètes. »
À la lumière de ces paroles de Notre Seigneur, que devrions-nous désirer faire pour les autres ?
Dans le cadre de notre religion, nous devrions tout particulièrement vouloir aider les âmes à mieux connaître, aimer et servir Dieu, car c’est ce que nous souhaitons qu’on fasse pour nous. Or, depuis des décennies, Rome méprise la foi catholique authentique et promeut les mensonges d’un faux œcuménisme qui éloigne les âmes de l’Église. À l’inverse, la FSSPX témoigne d’une véritable charité envers les âmes en faisant de grands sacrifices pour les nourrir de la vérité et des grâces que seule l’Église offre.
Entrez par la porte étroite (versets 13 et 14)« Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, car large est la porte, et spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent; car étroite est la porte, et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent ! »
Nous touchons ici au cœur du problème : l’Église semble abandonner sa mission de conduire toutes les âmes à embrasser et à suivre fidèlement le catholicisme. Avant Vatican II, les catholiques savaient généralement qu’il leur fallait observer les commandements et rester proches des sacrements pour sauver leur âme, et la Fraternité Saint-Pie-X insiste encore sur ce point aujourd’hui. Or, qu’entendons-nous de Rome ? Selon l’Église synodale, toutes les âmes baptisées sont sur le chemin du Ciel, même si elles rejettent la foi catholique ; et même les catholiques n’ont pas réellement besoin de suivre les commandements. Il est donc tout à fait raisonnable de conclure que de nombreux évêques de haut rang croient que le seul « chemin qui mène à la perdition » est le catholicisme traditionnel. Il s'agit d'une perversion diabolique de l'enseignement de Notre Seigneur.
Méfiez-vous des faux prophètes (verset 15)« Méfiez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravageurs. »
Notre Seigneur nous a mis en garde contre les faux prophètes, ce qui signifie clairement que nous ne devons pas les suivre. De nombreux indices montrent que les plus hautes fonctions de l'autorité à Rome ont été occupées par de faux prophètes pendant des décennies, mais l'un des signes les plus manifestes aujourd'hui est la manière dont tant d'évêques promeuvent ostensiblement la cause LGBTQ+ comme s'il s'agissait d'une source de sanctification. Ces faux prophètes applaudissent naturellement toutes les fausses religions, ne condamnant que la foi catholique immuable que les catholiques traditionalistes continuent de préserver.
Il faut juger un arbre à ses fruits (versets 16 à 20)« C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on du raisin sur les épines, ou des figues sur les ronces ? Ainsi, tout bon arbre porte de bons fruits, et tout arbre mauvais porte de mauvais fruits. Un arbre bon ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits, on le coupe et on le jette au feu. Donc c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »
Voici le critère indispensable que le Père de Lacoste a appliqué dans son sermon cité plus haut. Le verdict de ce critère est parfaitement clair pour qui sait voir : contre toute attente, les fruits du catholicisme traditionnel sont sains et abondants, tandis que ceux de l’Église synodale sont absolument putrides et mortels. Si Rome parvient à anéantir la FSSPX, alors peu de choses l’empêcheront d’atteindre son objectif d’abolir complètement le catholicisme traditionnel.
Seuls ceux qui suivent la loi de Dieu seront sauvés (versets 21 à 27)« Ce n'est pas celui qui m'aura dit : " Seigneur, Seigneur ! " qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : " Seigneur, Seigneur ! n'est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé? n'est-ce pas en votre nom que nous avons chassé les démons? et n'avons-nous pas, en votre nom, fait beaucoup de miracles? " Alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus. Eloignez-vous de moi, artisans d'iniquité ! Quiconque donc entend ces paroles que je dis, et les met en pratique, sera semblable à un homme sensé, qui a bâti sa maison sur le roc : la pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n'a pas été renversée, car elle avait été fondée sur la pierre. Et quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un insensé, qui a bâti sa maison sur le sable : la pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison, et elle est tombée, et grande a été sa chute. »
Ces paroles édifiantes constituent une critique directe du projet insidieux de Rome visant à inciter les âmes à demeurer dans leurs fausses religions au nom d’un faux œcuménisme. Comme l'indiquait un article récent, le cardinal Ratzinger lui-même partageait l'avis de Mgr Marcel Lefebvre (après les consécrations épiscopales de 1988) selon lequel la nouvelle orientation œcuménique issue de Vatican II avait éloigné les âmes de la conviction qu'elles devaient suivre la loi de Dieu :
Dans les mouvements spirituels de l'ère postconciliaire, il ne fait aucun doute que la question de la vérité a souvent été négligée, voire supprimée : c'est peut-être là que réside le problème crucial pour la théologie et la pastorale d'aujourd'hui. La « vérité » est considérée comme une revendication trop exaltée, un « triomphalisme » qui ne peut plus être toléré. Cette attitude est clairement visible dans la crise qui trouble l'idéal missionnaire et la pratique missionnaire. Si nous ne mettons pas l'accent sur la vérité dans l'annonce de notre foi, et si cette vérité n'est plus essentielle au salut de l'homme, alors les missions perdent leur sens. En effet, la conclusion a été tirée, et elle est tirée aujourd'hui, qu'à l'avenir, nous devrons seulement veiller à ce que les chrétiens soient de bons chrétiens, les musulmans de bons musulmans, les hindous de bons hindous, et ainsi de suite. Si tel est le cas, comment savoir quand quelqu'un est un « bon » chrétien ou un « bon » musulman ? (Cardinal Ratzinger, conférence du 13 juillet 1988 aux évêques de Santiago, Chili, extrait de l’ouvrage du Père François Laisney, Archbishop Lefebvre and the Vatican, 1987-1988, p. 221-222)
Le cardinal Ratzinger reconnaissait en réalité que Mgr Lefebvre avait raison de dénoncer la manière dont le faux œcuménisme de Rome conduisait les âmes à rejeter la loi de Dieu (tout en les encourageant à se croire de bons chrétiens).
Toutes les paroles de Notre Seigneur rapportées au chapitre sept de l'Évangile selon saint Matthieu démontrent que la Fraternité Saint-Pie-X a bâti sa maison sur le roc, que la Rome d'aujourd'hui a abandonné pour construire sur le sable.
Plutôt que de reprocher à la Fraternité Saint-Pie-X de refuser de se retrancher sur le sable, il semble bien plus conforme au Sermon sur la montagne de tout faire pour encourager Rome à revenir au roc.
Les paroles de Jésus ont une véritable autorité (versets 28 et 29)
« Or, quand Jésus eut achevé ce discours, les foules étaient dans l'admiration pour son enseignement : car il les enseignait comme ayant autorité, et non comme leurs scribes. »
Le récit du
Sermon sur la montagne par saint Matthieu s'achève sur ce témoignage : le peuple admirait les paroles de Jésus car il enseignait avec une véritable autorité, contrairement aux scribes et aux pharisiens.
Rome s'oppose à la FSSPX car Mgr Lefebvre a toujours insisté sur la continuité des enseignements que Notre Seigneur a transmis avec autorité à ses Apôtres. On le voit clairement dans sa
Lettre ouverte aux catholiques perplexes :
« Il me faut dissiper d’entrée de jeu un malentendu, de manière à n’avoir pas à y revenir : je ne suis pas un chef de mouvement, encore moins le chef d’une Église particulière. Je ne suis pas, comme on ne cesse de l’écrire, « le chef des traditionalistes ». On en est arrivé à qualifier certaines personnes de « lefébvristes », comme s’il s’agissait d’un parti ou d’une école. C’est un abus de langage.Je n’ai pas de doctrine personnelle en matière religieuse. Je me suis tenu toute ma vie à ce qu’on m’a enseigné sur les bancs du séminaire français de Rome, à savoir la doctrine catholique selon la translation qu’en a faite le magistère de siècle en siècle depuis la mort du dernier apôtre, qui marque la fin de la Révélation. »
Cela est parfaitement conforme au
Sermon sur la montagne, et c'est pourquoi les ennemis de Notre Seigneur veulent que Rome rejette la FSSPX.
La situation actuelle est bien plus claire qu'en 1988. Quand l'un des chapitres les plus importants des Évangiles s'oppose frontalement à la position actuelle de Rome et soutient pleinement la FSSPX, il semble que nous n'ayons aucune excuse pour perpétuer des jugements injustes contre elle. En effet, dans son omniscience, Notre Seigneur savait que les paroles de son sermon s'appliqueraient parfaitement à la situation tragique que nous traversons aujourd'hui – où nous avons plus que jamais besoin de sa direction –, comment pouvons-nous lui rester fidèles si nous refusons de nous laisser guider par ses enseignements ? Que Dieu accorde à Léon XIV la grâce de le comprendre et d'agir avec la véritable charité et la force catholiques.
Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !