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[La Vie] En annonçant de nouveaux « sacres » d’évêques, la Fraternité Saint-Pie-X choisit la rupture
par DumVolviturOrbis 2026-02-03 11:59:03
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En annonçant de nouveaux « sacres » d’évêques, la Fraternité Saint-Pie-X choisit la rupture

La communauté de prêtres traditionalistes rejetant le concile Vatican II va ordonner de nouveaux évêques en juillet 2026, sans mandat de Rome. Un événement qui confirme la fuite en avant des héritiers de Mgr Lefebvre, au risque de sombrer dans la marginalité.
Par Pierre Jova et Marie-Liévine Michalik
Publié le 03/02/2026 à 09h46, mis à jour le 03/02/2026 à 10h06

C’est la fin d’un faux suspense. Après un an de rumeurs, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), communauté de prêtres traditionalistes ayant rompu avec Rome et ne reconnaissant pas le concile Vatican II, révèle son plan d’ordonner de nouveaux évêques sans l’accord du pape.

« En ce 2 février 2026, fête de la Purification de la sainte Vierge (selon le calendrier liturgique traditionnel, ndlr), Monsieur l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, (…) a annoncé publiquement sa décision de confier aux évêques de la Fraternité le soin de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales, le 1er juillet prochain », peut-on lire dans un communiqué publié par La Porte latine, le site du district (province) de France de la Fraternité, qui revendique 600 000 partisans, dont 100 000 dans notre pays.

« C’est une très bonne nouvelle, on attendait ça depuis longtemps », se félicite XXX, pilier de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, la principale paroisse de la FSSPX à Paris. « Le supérieur général a pris en compte la nécessité de notre communauté. Je suis très excitée, j’ai déjà prévu d’aller en Suisse pour assister aux sacres », dit-elle, employant le terme ancien pour les ordinations épiscopales : « C’est un moment unique dans une vie ! » Parmi les noms de futurs mitrés qui circulent, Bernard de Lacoste, directeur du Séminaire international Saint-Pie-X d’Écône (Suisse), et Michel Frament, curé de « Saint-Nic », sont souvent évoqués.

Une forme de nécessité interne

Cet événement n’est pas une surprise. Cela fait plusieurs années que la consécration de nouveaux évêques taraude la communauté fondée en 1970 par Marcel Lefebvre, prélat français rebelle aux réformes de Vatican II. Elle s’est faite plus pressante avec la mort de deux évêques sur les quatre ordonnés par Mgr Lefebvre à Écône en 1988 : le Français Bernard Tissier de Mallerais en 2024 et le Britannique Richard Williamson – exclu de la FSSPX en 2012 – le 29 janvier 2025.

En février 2025, 400 adeptes de la Fraternité s’étaient réunis à Montierchaume, dans la banlieue de Châteauroux, pour une université d’hiver au thème explicite : « Les sacres d’évêques dans la FSSPX : schisme ou nécessité ? » « Nos deux derniers évêques vieillissant, nous n’avons pas le choix », estime XXX, jeune médecin engagé dans la communauté. « La situation est claire depuis le départ. C’est donc une décision de nécessité, le simple prolongement de 1988. C’est une bonne chose et une décision nécessaire. On ne pouvait plus tergiverser même si c’est un grand pas. » Même son de cloche du côté de XXX, 24 ans, passée de l’Église « conciliaire » (du concile Vatican II) à la FSSPX par son mariage : « La Fraternité a dû prendre une décision pour continuer sa mission et donner des sacrements, qui sont validés par Rome. »

A lire aussi : Fraternité Saint-Pie-X : les lefebvristes à l’heure des choix

En effet, dans la théologie catholique, seul l’évêque peut célébrer le sacrement de confirmation et ordonner de nouveaux prêtres. Les prélats auxiliaires de la FSSPX courent donc d’un pays à l’autre pour célébrer les sacrements… Sans avoir aucun pouvoir juridictionnel. La Fraternité est formellement dirigée par un supérieur général, l’Italien Davide Pagliarani depuis 2018, élu par un chapitre général composé des supérieurs de districts et de séminaires, et de prêtres parmi les plus anciens. En coulisses, l’influence de certaines familles, notamment françaises et suisses, est prépondérante dans la gouvernance de la FSSPX. Un fonctionnement plus proche de certaines Églises protestantes que du reste de l’Église catholique et des Églises orientales, fondées sur une hiérarchie épiscopale.

Autre contradiction lefebvriste depuis 1988 : comment se réclamer de la Tradition, tout en se substituant à l’autorité du pape ?

La théologie catholique confesse que les évêques, successeurs des apôtres, sont en communion avec le premier d’entre eux : l’évêque de Rome, siégeant à la suite de Pierre. Pour avoir agi sans l’accord du pape, Mgr Lefebvre et les quatre mitrés de 1988 furent frappés d’une excommunication latæ sententiæ (automatique). Sans parler officiellement de schisme, Rome évoque une « attitude schismatique », et une communion incomplète avec le Saint-Père. Les ordinations et les sacrements célébrés par la Fraternité sont jugés valides, mais illicites (illégaux).

Des mains tendues, refusées

De son côté, la FSSPX a toujours nié avoir commis un schisme avec Rome. Pour les plus radicaux, ce sont au contraire « les modernes », les catholiques post-Vatican II, qui sont schismatiques… Une partie des prêtres et fidèles de la Fraternité ont cependant toujours souffert de la séparation. Lorsque Écône et Rome renouent le dialogue au début des années 2000, une coalition « accordiste » s’agrège autour de Bernard Fellay, évêque suisse ordonné par Mgr Lefebvre et supérieur général de la FSSPX depuis 1994, pour parvenir à une réconciliation. Le but des « accordistes », Mgr Fellay en tête, est d’obtenir un statut équivalent à celui de l’Opus Dei : une prélature personnelle, ne répondant qu’au pape et indépendante des épiscopats locaux.

Benoît XVI avait accepté les conditions préliminaires de la FSSPX : libéraliser le rite ancien de la messe, en 2007, et lever les excommunications sur ses évêques, en 2009. Rome et Écône étaient proches d’un accord en 2012, mais il a capoté. « Benoît XVI était très clair sur le fait que la FSSPX devait accepter que l’interprète de la Tradition est le magistère (l’enseignement du pape et des évêques, ndlr) et que le nouveau rite est légitime. Mais Mgr Fellay n’est pas allé plus loin », nous confiait une source proche du dossier, en juin 2025. L’évêque suisse est alors menacé de schisme par les plus radicaux, notamment menés par son confrère Richard Williamson. Prêchant la « résistance » contre tout rapprochement avec Rome, ce dernier ne tarde pas à susciter de nouvelles communautés dissidentes, puis de nouveaux évêques…

Conscient de la difficulté à lever l’obstacle idéologique et structurel, le pape François avait essayé une approche pastorale. En 2015, il reconnaît aux prêtres lefebvristes, malgré leur ordination illicite, la faculté de célébrer les sacrements de confession, puis de mariage. L’objectif est d’encourager les prêtres et fidèles de la FSSPX à faire l’expérience du catholicisme réel, et non celui qui leur est présenté dans leur littérature… Mais, en 2018, Bernard Fellay est renversé par les radicaux, qui élisent Davide Pagliarani comme supérieur général. Dès lors, la réconciliation avec Rome n’était plus une priorité, et l’ordination de nouveaux évêques, qu'une question de temps.

Une fuite en avant

« Après avoir longuement mûri sa réflexion dans la prière, (…) l’abbé Pagliarani, appuyé sur l’avis unanime de son Conseil, estime que l’état objectif de grave nécessité dans lequel se trouvent les âmes exige une telle décision », énonce le communiqué de La Porte latine, précisant que leur supérieur a sollicité la permission au Saint-Siège, et qu’il aurait reçu en réponse « une lettre qui ne répond absolument pas à nos demandes », sans en donner le contenu. Quelques lefebvristes avancent que l’annonce du 2 février serait un coup de force pour accélérer les négociations avec le nouveau pape Léon XIV… Mais le ton, la méthode et l’issue ne font guère de doute.

Malgré son caractère définitif, cette fuite en avant n’est pas un séisme. Nombre de prêtres et fidèles de la FSSPX se sont habitués à vivre loin du reste de l’Église. « Il n’y a pas de compromis possible, affirme XXX: nous ne sommes pas prêts à faire des concessions, nous ne savons pas encore ce que Rome a demandé et refusé mais nous tenons à la liturgie traditionnelle, le combat de la foi et le refus de toutes les aberrations de Vatican II. On voit bien les autres communautés Ecclesia Dei (traditionalistes unis à Rome, ndlr) qui doivent faire de temps en temps des concessions, sont obligés de céder à certaines choses », poursuit-elle, reprenant un argument classique des lefebvristes, comme quoi les traditionalistes sont entravés ou corrompus au sein de l’Église « conciliaire ».

« Rome a tout un trésor qu’elle a oublié ou mis de côté et nous on essaye de le conserver », abonde XXX, professant l’espoir, partagé par de nombreux fidèles de la FSSPX, que le reste du catholicisme finira par se rallier à leurs positions : « Il y a d’autres œuvres qui le font plus ou moins dans une ligne similaire, on voit bien que dans l’Église conciliaire ce qui attire et renaît est souvent une pratique plus profondément ancrée. »

Derrière ces discours maximalistes, d'autres lefebvristes avouent leur angoisse après l'annonce du 2 février. Ils se rappellent que les ordinations de 1988 ont profondément divisé des familles et entraîné la mise au ban de « traîtres ». Ils savent que quitter la Fraternité aujourd'hui, c'est déjà risquer la mort sociale. Ils redoutent que cette culture coercitive ne soit alourdie par la persévérance de la FSSPX dans son splendide isolement.

A lire aussi : Abus sexuels : La lente libération de la parole au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

Ce faisant, la Fraternité achève de se persuader qu’elle est l’unique dépositaire de la foi catholique. « Le substrat idéologique de la FSSPX lui fait croire que la véritable Église subsiste en elle, soulignait notre source de juin dernier. Tant que Rome ne se sera pas convertie, il est inutile de revenir. Cette illusion empêche de remettre en question le développement de la Fraternité. » Une posture qui entraîne la communauté dans les eaux troubles du sédévacantisme (« siège vacant »), cette doctrine marginale avançant que les papes depuis Pie XII (1939-1958) sont illégitimes, et que l’Église catholique actuelle est hérétique.

Tout en s’en défendant, la FSSPX en a repris certaines expressions, à commencer par Mgr Lefebvre lui-même : « Ce sont nos prêtres et moi-même qui continuons l’Église », déclarait-il en 1985. Dans certaines écoles tenues par la Fraternité, on a demandé que des enfants, même confirmés selon le rite ancien, soient « reconfirmés », car la validité du sacrement conféré par un évêque « conciliaire » serait douteuse…

Quelles suites ?

Ces dernières années, la FSSPX est justement concurrencée par des groupes sédévacantistes. Certains ont été fondés par d’anciens prêtres lefebvristes, comme l’Institut Mater Boni Consilii, la Société de Saint-Pie-V et l’Institut catholique romain. Celui-ci, basé aux États-Unis sous la houlette de son propre évêque, Donald Sanborn, connaît une relative croissance dans l’Ouest de la France. Cette résurgence sédévacantiste, très active sur Internet, est financée par de puissants mécènes, en particulier l’homme d’affaires Maxence Hecquard, auteur de la somme La Crise de l’autorité dans l’Église. Les papes de Vatican II sont-ils légitimes ? (La nouvelle librairie éditions, 2023).

Poussant la FSSPX dans ses retranchements et lui disputant ses ouailles, la concurrence « sédévac » a joué un rôle certain dans son durcissement. Au risque de glisser davantage dans la marginalité, la radicalité et l’émiettement en de multiples organisations, toutes plus fermées les unes que les autres.

Devant ce raidissement, Rome n’a pas une multitude d’options. Elle peut difficilement autoriser et reconnaître ce que le droit canon interdit. Elle peut en revanche offrir un accueil large et généreux aux lefebvristes qui refuseraient de persévérer dans la séparation, comme en 1988. C’est ainsi que furent établis la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et l’Institut du Christ-Roi-Souverain-Prêtre, qui célèbrent la messe selon le rite ancien. Tant qu’il y aura cette présence traditionaliste, il y aura toujours des va-et-vient entre l’Église « conciliaire » et la mouvance lefebvriste.

« L’important pour moi est la préservation de la messe selon le rite de Saint-Pie-V, très différente du rite Paul VI, et la transmission de la foi », explique XXX, qui confie aller « autant à la Fraternité Saint-Pie-X qu’à la Fraternité Saint-Pierre ou à l’Institut du Christ-Roi. » Écône a beau ériger un nouveau mur entre elle et Rome, les frontières ecclésiales n’ont jamais été aussi poreuses.

     

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                  On devrait demander à l'IA ce qu'il va se passer... par Adso  (2026-02-03 14:33:55)
                      Le problème c'est que l'IA par DumVolviturOrbis  (2026-02-03 17:13:19)
                          Si si, l'IA peut malheureusement par Adso  (2026-02-03 17:17:39)
              Que faites-vous de l'exemple des Missionnaires de la Miséricorde divine ? par Regnum Galliae  (2026-02-04 17:38:08)
       Même rengaine depuis 1988 par MG  (2026-02-03 12:31:47)
      Article plutôt factuel par Adso  (2026-02-03 14:13:38)
          [réponse] par DumVolviturOrbis  (2026-02-03 17:15:29)


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