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Tribune inepte
par Signo 2025-07-12 09:50:49
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Et son auteur ne semble pas s’apercevoir des conséquences dévastatrices de son approche.

Il confond deux approches distinctes de l’interprétation du magistère contemporain : interpréter Vatican II à la lumière de la Tradition ne signifie pas interpréter Vatican II à la lumière de Trente, car la Tradition ne se réduit pas au stade de développement théologique immédiatement précédent (la période post-tridentine), mais englobe la totalité de ce qui a été cru, enseigné, célébré durant les deux mille ans depuis l’Incarnation, ce qui inclut la période antique et patristique, le Moyen-Age, etc.

Comme d’habitude je constate que l’on s’enferme dans une dialectique Trente/Vatican II comme s’il ne s’était rien passé avant Trente.

On comprend ce qu’il essaie de dire sur le fond mais son approche fait courir un risque énorme, et qui s’est hélas concrétisé précisément à la suite de Trente et de Vatican I comme à la suite de Vatican II: celui d’absolutiser la compréhension actuelle de la Révélation au point de reconstruire tout un modèle ecclésial sur la base de cette compréhension actuelle absolutisée, sans le recul et l’effet de modération qu’aurait permis le fait de sans cesse passer notre compréhension actuelle au crible de la totalité de la Tradition. Ce qui peut avoir de graves conséquences dans la vie ecclésiale en nous enfermant dans certaines impasses théologiques.

C’est par exemple précisément parce qu’on a prétendu « interpréter la Tradition à la lumière de Vatican I », et non l’inverse, que l’on s’est mis à absolutiser la compréhension ultramontaine de la primauté romaine qui était celle du XIXe siècle, ce qui oblige les théologiens actuels à réévaluer à la baisse l’importance de cette primauté. Mais les stigmates de cette ecclésiologie déviante continuent de marquer durablement la vie de l’Eglise d’aujourd’hui, comme le prouve la persistance de ce système romain ultracentralisé et uniformisant que je ne cesse de dénoncer.

De même après Vatican II, c’est parce que l’on a absolutisé la compréhension de la célébration eucharistique qui était celle d’une certaine théologie du XXe siècle que l’on a absolutisé la notion d’assemblée oubliant les notions de sacrifice, de nécessité du sacerdoce ministériel, réagissant à la théologie post-tridentine qui elle avait fait l’inverse. Dans les deux cas il eut suffit de s’imprégner de la totalité de la Tradition, donc y compris l’approche patristique et médiévale, pour conserver un équilibre entre une théologie de l’assemblée et une théologie du sacrifice (car les deux sont inséparables en réalité).

Hier, l’utilisation maladroite de la notion « d’Eglise romaine », aujourd’hui l’absolutisation de « l’Eglise synodale »: chaque époque absolutise ses marottes théologiques en oubliant que ni l’un ni l’autre de ces adjectifs ne sauraient désigner l’essence de l’Eglise qui ne peut être que une, sainte, catholique, apostolique, (comme le mentionne le Credo de Nicée-Constantinople qui est la seule base œcuménique sur laquelle on peut fonder une saine ecclésiologie) mais ni « romaine » ni « synodale »…

La réalité est que Vatican II, pas plus qu’aucun concile précédent, ne saurait être considéré comme l’expression définitivement aboutie de la Révélation. Comme tout Concile il comporte certaines ambiguïtés, certains déséquilibres qui nécessiteront d’être corrigés, à la lumière de toute la Tradition, et non pas coulés dans le marbre et considérés comme une base pour reconstruire tout un nouveau modèle ecclésial sur cette base exclusive. Au risque de s’apercevoir, dans un siècle ou deux, que ces déséquilibres absolutisés nous ont conduit à une impasse…

C’est donc bien la formulation utilisée par Notre-Dame de Chrétienté qui est la bonne et celle de M. Chiron qui est fausse. La véritable ambiguïté d’un certain traditionalisme réside davantage dans la tendance en son sein à réduire toute la Tradition à l’expression qu’elle a prise à la suite de Trente et Vatican I… mais c’est un autre débat.

Enfin je passe sur ce lien automatique qui est une fois de plus établi entre le concile et la réforme liturgique, lien au moins contestable sur le plan historique et même sur celui du contenu des enseignements conciliaires. Suivre le concile ne signifie pas automatiquement accepter la réforme liturgique. En revanche, cela suppose intégrer les acquis du concile dans notre pratique de la liturgie traditionnelle, ce qui se fait déjà en de nombreux endroits.
Une fois de plus on s’enferme dans un débat moderno et occidentalo centré oubliant l’expérience de nombreuses Églises orientales dont la liturgie n’a que très peu évolué au fil des siècles. Jamais les Églises orientales ne se seraient livré à une réforme liturgique aussi radicale que celle de 1969. Leurs liturgies présentent au contraire une remarquable stabilité à travers les siècles. Sont-elles moins catholiques pour autant?

     

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