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Voici pourquoi «adorèrent» est la traduction exacte
par pacem tuam da nobis, Domine 2025-01-23 22:36:19
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Un article de Die Tapespost du 5 janvier 2025 répond avec précision à votre question. Voir ici. Vous le trouverez in extenso à la suite de ma réponse. Je remercie vivement XA de son nihil obstat. Toutes les traductions ont été faites à l'aide de Deepl.com (italiques et gras sont de mon fait).
Cet article critique la Einheitsübersetzung (en dépit de son nom [la traduction de l'unité], cette traduction n'est pas l'équivalent allemand de la TOB: elle n'est utilisée que par l'Église catholique) qui traduit “proskynein” (se prosterner en baisant les mains ou les pieds) par “huldigen” (rendre hommage) en lieu et place d'“anbeten ” (adorer), seule traduction fidèle à l'intention de l'évangéliste; elle rend également le même “proskynein” de Mt 28, 17 (apparition de Jésus ressuscité aux disciples) par “als sie Jesus sahen, fielen sie vor ihm nieder” (“ils tombèrent à ses pieds”) alors qu'ici aussi, “anbeten” (adorer) aurait dû être utilisé.
La traduction liturgique française (aelf.org) traduit elle aussi Mt 2, 11 par «Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui» et Mt 28, 17 par «Quand ils le virent, ils se prosternèrent».
Pourquoi ces «se prosternèrent» sont-ils erronés et doivent-ils être remplacés par “adorèrent”? L'auteur de l'article, finement intitulé «Kein König wie andere» (“Un roi pas comme les autres”), avance une raison de fond qu'il appuie par des autorités.

A. Le raisonnement de fond (pour essayer de le reconstruire, je redistribue logiquement des propositions qui, dans le texte, ne se suivent pas forcément linéairement; j'espère ne pas m'être trop trompé…)

I. Le principe, l'universalisation du salut (thème central de Mathieu)
C'est la mission ordonnée par le Christ à ses apôtres en Mt, 28, 19-20

Cf. «En principe, le salut est ouvert à tout homme et doit donc être annoncé partout. C'est pourquoi l'évangile se termine par l'ordre de mission donné aux apôtres par le Ressuscité, ce qui constitue en même temps un acte de fondation de l'Église.»



II. OR

Or 1. la reconnaissance de la divinité de Jésus-Christ, de son identité d'essence avec le Père est la condition préalable de l'entrée dans la communauté du salut

Cf. «La condition préalable [à cette entrée] est la reconnaissance de la divinité de Jésus-Christ, de son identité d'essence avec le Père


Or 2. [L]es mages venus d'Orient ont été les premiers non-juifs à être admis dans la communauté du salut» et

cf. «Avec les mages commence le pèlerinage de tous les peuples vers le Christ à travers l'histoire.»


Or 3. «[Ce pélerinage] présuppose à son tour la prédication par l'Église apostolique et, en termes de contenu, la foi des apôtres en l'Homme-Dieu Jésus-Christ.»

III. DONC

Donc 1. Les mage ne sont pas prosternés à la façon dont les hommes de cour orientaux le font devant leur roi, mais, dans l'enfant de Bethléem, ils ont adoré le Fils de Dieu. Cf. le tire de l'article: «Un roi pas comme les autres»

Corollaires

1. «les mages entrent dans la relation exclusive d'Israël avec Dieu, qui englobe désormais tous les peuples.»

Cf. «Dans l'adoration du Fils de Dieu par les mages à Bethléem, le temple, lieu de la présence de Dieu jusqu'alors fermé aux non-juifs, est relativisé et le salut devient accessible à tous les hommes. En adorant le Fils de Dieu, les mages entrent dans la relation exclusive d'Israël avec Dieu, qui englobe désormais tous les peuples.»


2. Ils sont entrés dans une relation personnelle avec le Créateur et le Rédempteur.

Cf. «Les mages ont été guidés par une étoile vers Israël et vers la compréhension biblique de Dieu. Ils laissent ainsi derrière eux toute magie, tout ésotérisme et toute pratique mantique et entrent dans la relation communicative et personnelle avec le Créateur et le Rédempteur, qui se donne à eux sous la forme d'un enfant.»



B. Les autorités avancées

1. Le parallèle de MT 28,17
«Lors de l'apparition du Ressuscité, “[les disciples] se prosternèrent devant lui” (Mt 28, 17). En grec, on trouve ici le verbe proskynein, qui apparaît déjà dans le récit des mages […]» et comme il s'agit ici du Christ ressuscité, «adorèrent» s'impose, s'impose comme la seule bonne traduction et, par contrecoup, elle est également la bonne traduction en Mt, 2, 11.

2. La traductions canoniques

2. 1. La Septante

=> «près des trois quarts des occurrences de proskynein dans la Septante, la version grecque de l'Ancien Testament élaborée au sein du judaïsme et qui fait autorité pour l'Église catholique et l'orthodoxie, correspondent à la “vénération et l'adoration du vrai Dieu et Seigneur”.»



2. 2. La Vulgate (que suit par ailleurs Luther)

«Dans la Vulgate, la traduction latine de la Bible par saint Jérôme, il est écrit "procedentes adoraverunt eum" (ils vinrent l'adorer). Martin Luther traduit également les trois passages où proskynein apparaît, conformément à la Vulgate, par "adorer". Les mages demandent au roi Hérode à Jérusalem : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile se lever et nous sommes venus l'adorer" (2, 2). Hérode dit aux mages : "Partez et cherchez diligemment le petit enfant ; si vous le trouvez, dites-le-moi de nouveau, afin que je vienne aussi l'adorer" (2, 8).»



3. Les exégètes

3. 1. Schnackenburg

«Si l'on interroge le commentaire de Matthieu de l'éminent spécialiste du Nouveau Testament Rudolf Schnackenburg, à qui le concept éditorial de la “Neue Echter Bibel” avait imposé la traduction unifiée, on remarque une légère réserve à l'égard de l'“hommage” : «L'“hommage” s'adresse à l'enfant-roi et se fait, selon la coutume orientale, par une prosternation totale ; mais Matthieu pensera aussi, avec le verbe grec, à l'“adoration” telle qu'elle est due à Dieu (cf. 4,9 ; 4,33 ; 28,9.17)”. Schnackenburg voit donc très bien le parallèle entre l'adoration de l'enfant par les mages (2, 11) et l'adoration du Ressuscité par les apôtres (28, 17).



3. 2. Le Theologische Wörterbuch zum Neuen Testament

Un coup d'œil dans le “Theologische Wörterbuch zum Neuen Testament” de Gerhard Kittel et Gerhard Friedrich montre qu'il faut tenir compte de la signification biblique particulière de la proskynèse : près des trois quarts des occurrences de proskynein dans la Septante, la version grecque de l'Ancien Testament élaborée au sein du judaïsme et qui fait autorité pour l'Église catholique et l'orthodoxie, correspondent à la “vénération et l'adoration du vrai Dieu et Seigneur”. L'expression fixe de la “vénération religieuse et cultuelle” du seul Dieu vrai et universel en Israël est le verbe proskynein. Pour le Nouveau Testament, là où proskynein est utilisé, “le but est toujours quelque chose de véritablement ou prétendument divin”.
Dans ce contexte, les affirmations du “Theologische Wörterbuch zum Neuen Testament” à propos de l'évangile de Matthieu sont particulièrement importantes : à cinq reprises, Matthieu a ajouté au texte de Marc la proskynèse de ceux qui s'approchent de Jésus. La proskynèse exprime toujours l'adoration. Même là où, chez Matthieu, des personnes cherchant de l'aide se prosternent, il ne faut pas “parler d'une proskynèse profane devant Jésus comme ‘la forme habituelle de l'hommage rendu aux hommes dans le salut d'hommage devant lui’ (...)”. Cela signifie pour l'histoire de la Nativité : “Même la proskynèse des mages (Mt 2, 2.11) s'adresse en réalité au divin maître du monde. La prétention ‘anti-dieu’ à la totalité du tentateur s'exprime également dans le fait qu'il exige le proskynein, qui n'est approprié qu'envers Dieu”. Avec une référence explicite à Matthieu 28, 17, il est dit : Là où la proskynèse des disciples est mentionnée, elle est motivée “par la connaissance de la filiation divine (...) et l'apparition du Ressuscité”.


Cordialement.
Pacem tuam da nobis, Domine

L'article

Épiphanie
Un roi pas comme les autres

Les mages adorent l'enfant dans la crèche et font ainsi une profession de foi en faveur du Fils de Dieu -- Pourquoi l'Einheutsübersetzung [en dépit de son nom (la traduction de l'unité), cette traduction n'est pas l'équivalent de la TOB et n'est utilisée que par l'Église catholique] de la scène de l'Épiphanie est trompeuse.
05.01.2025, 17:00 heures Michael Karger

Pendant longtemps, les récits de l'enfance au début des évangiles de Luc et de Matthieu ont été dévalorisés dans l'exégèse comme des légendes au caractère plutôt anecdotique. Entre-temps, les récits de la naissance de Jésus-Christ ont été réévalués comme des "textes d'interprétation et de liaison de premier ordre" (E. Ballhorn), comme des "clés de compréhension" pour tous les récits suivants (Winfried Bader), comme des "compositions littéraires à plusieurs niveaux d'une valeur théologique considérable"{} et comme la "cellule germinale" de tous les thèmes centraux des évangélistes (Sharon Padilla). L'exemple du récit des mages (Mt 2, 1-12) en est la preuve. Le thème central de Matthieu est l'universalisation du salut. En principe, le salut est ouvert à tout homme et doit donc être annoncé partout. C'est pourquoi l'évangile se termine par l'ordre de mission donné aux apôtres par le Ressuscité, ce qui constitue en même temps un acte de fondation de l'Église.
Lors de l'apparition du Ressuscité, “ils se prosternèrent devant lui” (Mt 28, 17). En grec, on trouve ici le verbe proskynein, qui apparaît déjà dans le récit des mages : «En voyant l'étoile, ils furent remplis d'une grande joie. Ils entrèrent dans la maison et virent l'enfant et Marie, sa mère, alors ils se prosternèrent et l'adorèrent (proskynein)». Dans l'adoration de l'enfant divin, les mages venus d'Orient ont été les premiers non-juifs à être admis dans la communauté du salut. La condition préalable à cela est la reconnaissance de la divinité de Jésus-Christ, de son identité d'essence avec le Père.
Avec les mages, qui ont confessé la présence du Dieu unique en Jésus-Christ, commence le pèlerinage de tous les peuples vers le Christ à travers l'histoire. Il présuppose à son tour la prédication par l'Église apostolique et, en termes de contenu, la foi des apôtres en l'Homme-Dieu Jésus-Christ. Mais si la “prosternation” des apôtres et des mages concerne l'adoration, pourquoi la traduction de l'unité révisée (EÜ [Einheitsübersetzung 2016]), tout comme la première édition (1980), dit-elle : «Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. [trad. AELF]» (Mt 2,10) ?

Rendre hommage ou adorer ?
Dans la Vulgate, la traduction latine de la Bible par saint Jérôme, il est écrit "procedentes adoraverunt eum" (ils vinrent l'adorer). Martin Luther traduit également les trois passages où proskynein apparaît, conformément à la Vulgate, par "adorer". Les mages demandent au roi Hérode à Jérusalem : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile se lever et nous sommes venus l'adorer" (2, 2). Hérode dit aux mages : "Partez et cherchez diligemment le petit enfant ; si vous le trouvez, dites-le-moi de nouveau, afin que je vienne aussi l'adorer" (2, 8). Ainsi qu'au terme de leur voyage : Ils "trouvèrent le petit enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant et l'adorant, ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe" (2, 11).
Si l'on interroge le commentaire de Matthieu de l'éminent spécialiste du Nouveau Testament Rudolf Schnackenburg, à qui le concept éditorial de la “Neue Echter Bibel” avait imposé la traduction unifiée, on remarque une légère réserve à l'égard de l'“hommage” : «L'“hommage” s'adresse à l'enfant-roi et se fait, selon la coutume orientale, par une prosternation totale ; mais Matthieu pensera aussi, avec le verbe grec, à l'“adoration” telle qu'elle est due à Dieu (cf. 4,9 ; 4,33 ; 28,9.17)”. Schnackenburg voit donc très bien le parallèle entre l'adoration de l'enfant par les mages (2, 11) et l'adoration du Ressuscité par les apôtres (28, 17).
Un coup d'œil dans le “Theologische Wörterbuch zum Neuen Testament” de Gerhard Kittel et Gerhard Friedrich montre qu'il faut tenir compte de la signification biblique particulière de la proskynèse : près des trois quarts des occurrences de proskynein dans la Septante, la version grecque de l'Ancien Testament élaborée au sein du judaïsme et qui fait autorité pour l'Église catholique et l'orthodoxie, correspondent à la “vénération et l'adoration du vrai Dieu et Seigneur”. L'expression fixe de la “vénération religieuse et cultuelle” du seul Dieu vrai et universel en Israël est le verbe proskynein. Pour le Nouveau Testament, là où proskynein est utilisé, “le but est toujours quelque chose de véritablement ou prétendument divin”.
Dans ce contexte, les affirmations du “Theologische Wörterbuch zum Neuen Testament” à propos de l'évangile de Matthieu sont particulièrement importantes : à cinq reprises, Matthieu a ajouté au texte de Marc la proskynèse de ceux qui s'approchent de Jésus. La proskynèse exprime toujours l'adoration. Même là où, chez Matthieu, des personnes cherchant de l'aide se prosternent, il ne faut pas “parler d'une proskynèse profane devant Jésus comme ‘la forme habituelle de l'hommage rendu aux hommes dans le salut d'hommage devant lui’ (...)”. Cela signifie pour l'histoire de la Nativité : “Même la proskynèse des mages (Mt 2, 2.11) s'adresse en réalité au divin maître du monde. La prétention ‘anti-dieu’ à la totalité du tentateur s'exprime également dans le fait qu'il exige le proskynein, qui n'est approprié qu'envers Dieu”. Avec une référence explicite à Matthieu 28, 17, il est dit : Là où la proskynèse des disciples est mentionnée, elle est motivée “par la connaissance de la filiation divine (...) et l'apparition du Ressuscité”.

Implication de tous les peuples
“Huldigen” signifie, selon le “Deutsches Wörterbuch”, se soumettre, manifester sa dépendance, se mettre en état de sujétion, affirmer son dévouement. Chez Matthieu, la proskynèse est l'adoration due exclusivement à Dieu. Dans l'adoration du Fils de Dieu par les mages à Bethléem, le temple, lieu de la présence de Dieu jusqu'alors fermé aux non-juifs, est relativisé et le salut devient accessible à tous les hommes. En adorant le Fils de Dieu, les mages entrent dans la relation exclusive d'Israël avec Dieu, qui englobe désormais tous les peuples. Les “rois” dépassent ainsi la funeste symbiose totalitaire -- ancienne et moderne -- du salut et de la domination politique. Entrer dans la relation biblique avec Dieu signifie que toute domination est désacralisée et que tout souverain est soumis aux commandements de Dieu. Toute domination est ainsi devenue critiquable.
Les mages ont été guidés par une étoile vers Israël et vers la compréhension biblique de Dieu. Ils laissent ainsi derrière eux toute magie, tout ésotérisme et toute pratique mantique et entrent dans la relation communicative et personnelle avec le Créateur et le Rédempteur, qui se donne à eux sous la forme d'un enfant. Le chant de fête de Noël de l'Église orthodoxe résume et fait connaître tout cela avec pertinence : “Ta naissance, Seigneur Christ notre Dieu, / a fait resplendir pour le monde la lumière de la connaissance./ En lui, les serviteurs des étoiles / ont été enseignés par une étoile / à t'adorer, soleil de justice, / et à te reconnaître comme le rejeton d'en haut. / Seigneur, gloire à toi”. C'est pourquoi le pape Benoît XVI a parlé d'adoration tout au long des Journées mondiales de la jeunesse 2005 à Cologne, sous le slogan “Nous sommes venus l'adorer”.

     

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 Bible : question de traduction de "adorare" par Père M. Mallet  (2025-01-23 15:39:33)
      e vous dirai instinctivement par jejomau  (2025-01-23 16:23:07)
      Voici pourquoi «adorèrent» est la traduction exacte par pacem tuam da nobis, Domine  (2025-01-23 22:36:19)
          Merci... par Père M. Mallet  (2025-01-30 10:36:26)


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