Saint Thomas nous répond, par Lycobates 2024-12-22 00:37:52 |
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par le biais de son continuateur d'après les plans et notices du maître défunt, dans le Supplément de sa Somme, q. 88, art. 1 :
Ad primum sic proceditur. Videtur quod generale iudicium non sit futurum. Quia, ut dicitur Nahum i [9 - iuxta LXX], non iudicabit Deus bis in idipsum. Sed nunc Deus iudicat de singulis hominum operibus : cum post mortem unicuique poenas vel praemia pro meritis tribuit; et dum etiam quosdam in hac vita pro bonis vel malis operibus praemiat vel punit. Ergo videtur quod non sit aliud iudicium futurum.
2. Praeterea, in nullo iudicio executio sententiae praecedit iudicium. Sed sententia divini iudicii quoad homines est de adeptione Regni vel exclusione a Regno, ut patet Matth. XXV [31 sqq.]. Ergo, cum modo aliqui adipiscantur regnum aeternum et quidam excludantur ab ipso perpetuo, videtur quod aliud iudicium non sit futurum.
3. Praeterea, propter hoc aliqua in iudicium oportet adduci, quia dubium est quid de eis definiendum sit. Sed ante finem mundi determinata est unicuique damnatorum sua damnatio, et cuique sanctorum sua beatitudo. Ergo videtur quod non oporteat aliquod futurum iudicium esse.
Sed contra, Matth. xii [41] dicitur: Viri Ninivitae surgent in iudicio cum generatione ista, et condemnabunt eam. Ergo post resurrectionem aliquod iudicium erit.
2. Praeterea, Ioan. v [29] dicitur : Procedent qui bona egerunt in resurrectionem vitae; qui vero mala, in resurrectionem iudicii. Ergo videtur quod post resurrectionem aliquod iudicium sit futurum.
Respondeo dicendum quod, sicut operatio pertinet ad rerum principium, quo producuntur in esse, ita iudicium pertinet ad terminum, quo res ad suum finem perducitur. Distinguitur autem duplex Dei operatio. Una, qua res primitus in esse perduxit, instituens naturam et distinguens ea quae ad completionem ipsius pertinent : a quo quidem opere Deus dicitur quievisse, Genes. ii [2]. Alia eius operatio est qua operatur in gubernatione creaturarum: de qua Ioan. V [17] : Pater meus usque modo operatur, et ego operor. Ita etiam duplex eius iudicium distinguitur, ordine tamen converso. Unum quod respondet operationi gubernationis, quae sine iudicio esse non potest. Per quod quidem iudicium unusquisque singulariter pro suis operibus iudicatur, non solum secundum quod sibi competit, sed secundum quod competit gubernationi universi : unde differtur unius praemiatio pro utilitate aliorum, ut patet Heb. xi [39-40], et poenae unius ad profectum alterius cedunt. Unde necesse est ut sit aliquod iudicium universale correspondens ex adverso primae rerum productioni in esse: ut videlicet, sicut tunc omnia processerunt immediate a Deo, ita tunc ultima completio mundo detur, unoquoque accipiente finaliter quod ei debetur secundum seipsum.
Unde in illo iudicio apparebit manifeste divina iustitia quantum ad omnia, quae nunc ex hoc occultantur quod interdum de uno disponitur, ad utilitatem aliorum, aliter quam manifesta opera exigere videantur. Unde etiam et tunc erit universalis separatio bonorum a malis : quia ulterius non erit locus ut mali per bonos vel boni per malos proficiant, propter quem profectum interim commixti inveniuntur boni malis, quoadusque status huius vitae per divinam providentiam gubernatur.
Ad primum ergo dicendum quod quilibet homo et est singularis quaedam persona, et est pars totius generis humani. Unde et duplex ei iudicium debetur. Unum singulare, quod de eo fiet post mortem, quando recipiet iuxta ea quae in corpore gessit [II ad Cor., cap. V, vers. 10. - Cf. Aug. de Cura pro mort.gerenda, cap. I, n. 2.] : quamvis non totaliter, quia non quoad corpus, sed quoad animam tantum. Aliud iudicium debet esse de eo secundum quod est pars totius humani generis : sicut aliquis iudicari dicitur, secundum humanam iustitiam, quando etiam iudicium datur de communitate cuius ipse est pars. Unde et tunc, quando fiet universale iudicium totius humani generis per universalem separationem bonorum a malis, etiam quilibet per consequens iudicabitur. Nec tamen Deus iudicat bis in idipsum : quia non duas poenas pro uno peccato infert ; sed poena quae ante iudicium complete inflicta non fuerat, in ultimo iudicio complebitur, post quod impii cruciabuntur quoad corpus et ad animam simul.
Ad secundum dicendum quod propria sententia illius generalis iudicii est universalis separatio bonorum a malis, quae illud iudicium non praecedet. Sed nec etiam quoad particularem sententiam uniuscuiusque plene praecessit iudicii effectus: quia etiam boni amplius post iudicium praemiabuntur, tum ex gloria corporis adiuncta, tum ex numero sanctorum completo; et mali etiam plus torquebuntur ex adiuncta poena corporis, et impleto in poenis numero damnatorum ; quia quanto cum pluribus ardebunt, tanto plus ardebunt.
Ad tertium dicendum quod universale iudicium magis directe respicit universalitatem hominum quam singulos iudicandorum. Quamvis ergo cuilibet homini ante iudicium sit certa notitia de sua damnatione vel praemio, non tamen omnibus omnium damnatio vel praemium innotescet. Unde iudicium necessarium erit.
ARTICLE 1: Le jugement général aura-t-il lieu?
Objections:
1. Il semble que non. Nahum déclare, selon la version des Septante: "Dieu ne jugera pas deux fois la même chose." Or, ici-bas, Dieu juge chacune des actions des hommes, et aussitôt après la mort il attribue selon ses mérites; même en cette vie, il récompense ou punit certains hommes selon leurs oeuvres bonnes ou mauvaises. Il semble donc qu’il ne doive plus y avoir d’autre jugement.
2. Aucun jugement n’est précédé de l’exécution de sa sentence. Or la sentence du jugement divin au sujet des hommes, c’est l’admission dans le royaume, ou l’exclusion, comme dit saint Matthieu. Donc, puisque dès maintenant il y a des hommes qui entrent dans le royaume éternel tandis que d’autres en sont exclus pour toujours, il ne semble pas qu’il y aura un autre jugement.
3. La raison d’être d’un jugement c’est le doute au sujet de ce qui doit y être décidé. Mais la sentence de damnation pour les pécheurs ou de béatitude pour les saints est fixée avant la fin du monde.
Cependant:
nous lisons en saint Matthieu "Les hommes de Ninive se dresseront au jour du jugement contre cette génération, et la condamneront." Il y aura donc un jugement après la résurrection. En outre, nous voyons en saint Jean: "Ceux qui auront accompli de bonnes actions s’avanceront dans la résurrection pour la vie, ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement." Il semble donc qu’il doive y avoir un jugement après la résurrection.
Conclusion:
De même que l’opération se rattache au principe des choses qui leur donne l’existence, de même le jugement se rattache au terme, par lequel les choses atteignent leur fin. Or on distingue deux sortes d’opérations de Dieu: l’une par laquelle il donne primitivement l’existence à chaque créature en instituant sa nature, et en déterminant ce qui doit contribuer à son achèvement. Après cette opération, la création, on dit que Dieu se reposa. Il est une autre opération de Dieu, par laquelle il gouverne les créatures. Saint Jean dit: "Mon Père a travaillé jusqu’à maintenant, et moi aussi, je travaille."
On peut aussi distinguer deux jugements de Dieu, mais dans un ordre inverse. L’un correspond à l’oeuvre du gouvernement, qui ne peut s’accomplir sans jugement. Par ce jugement chacun est jugé individuellement selon ses oeuvres, non seulement selon son point de vue propre, mais aussi selon sa relation avec le gouvernement de l’univers. La récompense de chacun sera donc diversifiée selon l’utilité des autres, comme dit saint Paul aux Hébreux, et les châtiments de l’un sont modifiés pour le bénéfice des autres. Il est donc nécessaire qu’il y ait un autre jugement, universel, correspondant, dans l’ordre inverse, à la première production des choses dans l’existence. De même qu’alors toutes les créatures procédèrent immédiatement de Dieu, de même l’achèvement suprême du monde s’accomplira quand chacun recevra finalement ce qui lui est dû selon lui-même. C’est pourquoi au jugement général la justice divine apparaîtra manifestement au sujet de toutes les choses qui actuellement sont cachées: car parfois Dieu dispose maintenant d’un homme pour l’utilité des autres, d’une manière qui diffère de ce que sembleraient exiger les oeuvres que nous le voyons accomplir. A la fin du monde aura lieu la séparation totale des bons et des méchants, parce qu’il n’y aura plus désormais d’occasion pour les méchants de
progresser grâce aux bons, ni pour ceux-ci grâce aux méchants. C’est en vue de ce progrès que les bons sont ici-bas mélangés aux mauvais tandis que cette existence est gouvernée par la divine providence.
Solutions:
1. Tout homme est à la fois une personne distincte et une partie de tout le genre humain: il doit donc être l’objet de deux jugements. L’un, individuel, a lieu après la mort, quand il est traité selon ce qu’il a fait en sa vie corporelle, bien que pas totalement, puisqu’il ne possède plus son corps, mais seulement son âme. L’autre porte sur l’homme en tant que partie de tout le genre humain: de même qu’on dit que quelqu’un est jugé par la justice humaine quand celle-ci porte un jugement sur une collectivité dont il fait partie. Ainsi donc, au jugement universel de tout le genre humain, qui séparera totalement les bons et les méchants, chacun sera encore jugé. Dieu cependant ne jugera pas deux fois le même objet, car il n’infligera pas deux peines pour un seul péché: il achèvera dans le dernier jugement la peine qui dans le premier jugement n’avait pas été complètement infligée, puisque les damnés seront désormais tourmentés en même temps dans leur corps et dans leur âme.
2. La sentence propre du jugement général sera la séparation totale des bons et des méchants, qui n’était pas complète auparavant. Nous pouvons ajouter que même la sentence particulière de chaque homme n’aura pas entièrement précédé ce jugement: car d’une part les bons seront davantage récompensés après le jugement, par suite de l’adjonction de la gloire des corps ressuscités et de l’achèvement du nombre définitif des saints, et d’autre part, les méchants seront davantage tourmentés, par l’adjonction de la peine du corps et l’achèvement du nombre des damnés: en brûlant avec un plus grand nombre d’autres, ils en souffriront davantage.
3. Le jugement universel regarde plus directement la totalité des hommes que chacun de ceux qui sont jugés. Bien que, avant ce jugement, chaque homme ait la connaissance certaine de sa propre damnation ou de sa récompense, cependant, cette sanction ne sera pas encore connue de tous. Le jugement universel est donc nécessaire.
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