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Une bombe à retardement dans Sacrosanctum Concilium ?
par Candidus 2024-12-09 10:34:58
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Je me suis souvent interrogé sur le sens d'une expression qui apparaît dans le paragraphe 116 de la Constitution Sacrosanctum Concilium : "ceteris paribus", "toutes choses égales d'ailleurs". Il s'agit de la phrase : "L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, TOUTES CHOSES ÉGALES D'AILLEURS, doit occuper la première place."

Quelle nuance apporte ici "ceteris paribus" ?

"Ceteris paribus" signifie qu’on laisse de côté un certain nombre de paramètres d’une situation donnée pour n’en étudier qu’un seul à la fois. Appliqué au domaine du chant liturgique, cela n'est pas très éclairant.

Un dictionnaire donne cet exemple pour aider à la compréhension de l'expression :

"Disons qu’on veut comparer le taux de mortalité de deux pays pendant la crise du Covid-19. Dans le pays A, c’est 1 %, et dans le pays B c’est 2 %. Pour pouvoir dire que le pays B a un taux de mortalité deux fois plus élevé que le pays A, il faut ajouter au raisonnement cette idée de « toutes choses égales par ailleurs ». En effet, comparer les deux directement, c’est risqué, car peut-être que les deux pays n’ont pas des populations comparables (plus grande proportion de personnes vulnérables dans l’un que dans l’autre), qu’ils n’ont pas pris les mêmes mesures (confinement dans l’un et pas dans l’autre), etc.

Donc on laisse de côté tous ces paramètres et toutes ces différences, et on fait la comparaison directement, en disant toutes choses égales par ailleurs, par précaution."


Là encore on a du mal à comprendre le sens de l'expression appliquée à l'utilisation du grégorien dans la liturgie. Après réflexion, je conclus néanmoins que "ceteris paribus" limite, relativise, l'affirmation "l’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine".

Qu'est-ce qui a rendue acceptable cette limitation aux conservateurs ? L'idée qu'il convient d'accorder aussi un statut à un autre type de musique qui appartient au patrimoine liturgique : la polyphonie ; et la reconnaissance de la place qu'occupent légitimement dans la liturgie (ou paraliturgie) les cantiques vernaculaires. Mais ces limitations ne vont-elles pas de soi ? Était-il nécessaire d'introduire cette expression (volontairement ?) obscure qui, sous prétexte de permettre d'autres types de musique sacrée, a rendu possible la décadence que nous vivons ?

     

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