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gare au fourre-tout et à l'idée fausse en histoire de la cause unique et du semeur unique
par Luc Perrin 2024-11-17 18:46:41
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La lecture de cet article-interview donne un sentiment de bric-à-brac où l'A. rassemble des éléments épars trouvés dans une brocante et les relie à l'aide d'une colle "cardinal Bea" pour en faire une sorte de cathédrale.

Comme chacun sait, j'ai l'amour de Pascal pour les jésuites et surtout les néo-jésuites à compter du généralat d'Arrupe mais quand même mettre le "mouvement oecuménique" sur le dos du jésuite allemand Augustin Bea qui fut longtemps le confesseur de ... Pie XII me semble pour le moins déconnecté de l'histoire dudit mouvement.

Cette histoire est connue depuis la thèse d'Étienne Fouilloux sur le versant catholique et par de multiples études sur l'origine protestante (coordonner l'action missionnaire des Églises protestantes tel était l'objet limité de la première conférence) et ses développements en deux Conférences qui s'associent pour constituer le Conseil oecuménique des Églises.
Le Père Bea sj n'a aucun mais absolument aucun rôle dans cette histoire de plus d'un demi-siècle avant sa nomination. Je vois bien le but sous-jacent de l'A. : le semeur serait Augustin et celui qui récolte est le néo-jésuite Jorge Mario plus connu sous le nom de règne de François.

Bea était un bibliste intransigeant sous Pie XI et bien dans la ligne des "rigides" qu'exècre le Pontife actuel. Il évolue vers un réformisme pondéré sous Pie XII mais encore à la veille de Vatican II il met en garde les exégètes contre un excès d'audace.

Si Jean XXIII le désigne pour ce dicastère neuf à la compétence floue, c'est bien qu'au départ l'homme n'est pas un révolutionnaire. Un curialiste connu bien au fait des rouages.

En revanche, c'est le personnel du Secrétariat qu'il convient de regarder de plus près : à Rome comme ailleurs, les "ministres" passent mais les bureaux décident le plus souvent en sous-main en orientant considérablement les décisions données à signer au "patron" nominal. C'est ce qu'on nomme couramment de nos jours le "Deep State", l'État profond, la bureaucratie jalouse de son pouvoir occulte.

Or parmi les experts du Secrétariat et l'adjoint de Bea, il y a le futur cardinal néerlandais Willebrands (1909-2006), un diocésain. Lui est un vétéran du mouvement oecuménique et il rassemble tous les anciens qu'il connaît bien dans le dicastère. Lui a un carnet d'adresse fourni parmi les Églises chrétiennes et il est directement branché sur les militants du COE.
Les semeurs sont là, nombreux sont au sein d'ordres religieux, ainsi du dominicain Yves Congar.

Le secrétaire de Bea, cité, le dit d'ailleurs benoîtement et honnêtement : il reconstitue lui-même. Je cite : "Lorsque nous décrivons les différentes interventions de Bea, nous ne prétendons donc pas qu’elles représentent toutes des pensées originales de sa part." Ben non évidemment, c'était ses bureaucrates experts sous la houlette de Willebrands et via leurs multiples contacts tant avec les Observateurs qu'avec les ténors de la Majorité conciliaire.

Les trois concepts mis en avant ne sont pas si exceptionnels que le pensent l'A. et le biographe hagiographe de Bea.
- peuple de Dieu c'est notamment du Congar et du Chenu et cela a été promu dans un tout autre contexte, celui de la promotion du laïcat, dès Pie X puis Pie XI Action Catholique etc.
Cela certes peut servir de clin d'oeil aux protestants avec leur rejet de toute cléricature, tout baptisé est "prêtre" pour Luther et les Réformateurs. Mais on rappelle que Lumen gentium distingue très clairement le sacerdoce universel protestant et le "sacerdoce des baptisés" catholique et souligne que le sacerdoce ministériel est d'une autre nature, pas un degré.
Cela notre A. l'oublie un peu trop complaisamment. Toujours cette ignorance du texte de Vatican II qu'on retrouve chez les synodalistes d'ailleurs.
- l'appartenance à l'Église des baptisés là on a une montagne de textes depuis le concile de Trente au moins, sans doute avant, et des débats à l'infini par exemple autour de la question faut-il rebaptiser et dans quelles conditions. On peut certes dévier de la Tradition et aller dans un délire tel que celui qui est décrit mais rien n'y oblige et on ne l'a pas fait pendant des siècles.
- quant au "collège des évêques" là encore il y a des bibliothèques entières autour du conciliarisme médiéval. La mise en avant au début de Vatican II était vue comme un "hameçon" pour les Orthodoxes qui n'a pas pris ceux-ci trouvant cette notion bien trop romaine dans les faits. Les synodes bergogliens ont démontré à quel point ils avaient vu juste.

Bref la construction s'écroule vite quand on l'examine de plus près.
L'A. passe à côté de l'essentiel qui est le néo-modernisme et le néo-libéralisme qui n'ont que peu à voir avec le mouvement oecuménique pré-Vatican II ou pendant le Concile. Les Églises protestantes mais aussi certaines Orientales sont aussi gangrenées par le néo-libéralisme, vautrées aux pieds du prince de ce monde (occidental) pour lui faire des danses du ventre et s'attirer ses faveurs pécuniaires ou autres.

Là est la clef de compréhension au-delà des 3 notions traditionnelles dévoyées sous l'empire dudit néo-libéralisme.






     

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