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Thémines
par Lemyre 2023-07-02 01:06:08
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Voici ce qui a été donné comme explication aux paroissiens de Blois

Effigies en mémoire
de Mgr de Thémines et de l’Abbé Grégoire,
évêques de Blois dans la tourmente révolutionnaire

Le diocèse de Blois a été créé, comme chacun sait, en 1697. Mais qui sait qu’il a disparu suite à la tourmente révolutionnaire pour réapparaître plus de vingt après ? C’était en 1823, et nous fêtons cette année le bicentenaire de son rétablissement. C’est l’occasion de mettre en lumière les deux évêques qui ont traversé la Révolution, chacun dans un camp opposé : Thémines et Grégoire…

Pourquoi eux ?
L’usage veut qu’un évêque soit enterré dans sa cathédrale. Et effectivement, ceux de Blois l’ont été, leurs restes demeurent toujours soit dans la crypte, soit dans la chapelle de la Bonne Mort de la cathédrale. Seuls trois manquent à l’appel : Mgr de Crussol, nommé à l’archevêché de Toulouse en 1753, et nos deux évêques. Il fallait donc que la cathédrale porte la trace de leur passage.

Pourquoi si tard ?
Certains choix de l’abbé Grégoire sont très controversés. Même si son célèbre portrait par P.-J. François (1800) laisse espérer un homme doux et affable, la réalité est très différente. Les propos de Grégoire, héritier des Lumières, sont volontiers fougueux, lui qui lança au moment de l’abolition de la monarchie : « Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique » (21 septembre 1792). Quand on sait quelle logique criminelle ce genre de propos a engendré, et combien les catholiques en ont été les victimes durant la Terreur, il devient difficile d’assumer son héritage. Un historien de Blois, l’abbé Gaudron, écrivait en 1870 : « C’est pour nous un triste honneur d’avoir eu sur notre siège épiscopal l’un des coryphées les plus distingués de l’église schismatique [constitutionnelle]… » Mais, plus loin, il avoue : « Malgré ses erreurs politiques poussées aux dernières limites de la violence, Grégoire ne cessa de manifester des sentiments chrétiens et, au milieu de la Convention même, quoi que pussent faire ses amis, il repoussa avec indignation l’ordre qu’on lui donnait d’abjurer le sacerdoce. En pleine assemblée, il sut répondre :
« Catholique par conviction et par sentiment, prêtre par choix, j’ai été délégué par le peuple pour être évêque ; j’ai consenti à porter le fardeau de l’épiscopat dans un temps où il était entouré d’épines ; on m’a tourmenté pour l’accepter, on me tourmente aujourd’hui pour me forcer à une abdication qu’on ne m’arrachera jamais. J’ai tâché de faire du bien dans mon diocèse. Je reste évêque pour en faire encore. J’invoque la liberté de culte » (7 novembre 1793).
Ainsi, l’« ami des hommes de toutes les couleurs » à la stature d’homme d’État, défenseur du patrimoine, tout révolutionnaire et franc-maçon qu’il fut, a risqué sa vie au nom du Christ Jésus. En 1801, il se démit de sa charge à la demande du Premier Consul Bonaparte. Mais jamais il ne renonça à la Constitution civile du Clergé, à son serment, et au schisme qu’elle a engendré. Il restera tout le reste de sa vie en marge de l’Église, recevant à la dernière heure l’extrême onction malgré l’interdiction de l’archevêque de Paris et du Siège apostolique (1831).
La figure de Mgr de Thémines n’est pas moins trouble. Fidèle à Dieu et au roi, Thémines connaît l’exil, émigre en Savoie, puis Espagne et en Angleterre, et finalement en Belgique. Pressé de se démettre en 1801 comme tous les autres évêques légitimes ou constitutionnels, il répond au pape qu’il ne présentera sa démission que lorsque la majorité des évêques légitimes feront de même, sûr que cela n’arrivera jamais. Mais cela arriva (48 pour contre 37 contre dès 1801), et notre évêque, reprenant sa parole, entra en résistance. Il devint chef de file par les dissidents du Concordat de 1802, disséminés par toute la France, surtout en Vendée, dans le Lyonnais, et, plus proche de nous, en Petite Beauce et dans le Vendômois. Le mouvement, appelé Petite Église, véritable schisme, ne prit jamais d’ampleur, même s’il subsiste encore de nos jours, sans prêtre ni évêque. Sous Louis XVIII, Thémines refusa de revenir en France, prétextant que « pour ramener un évêque dans sa patrie après tant d’orages, il ne suffit pas de restaurer la monarchie, il faut restaurer pleinement la religion de nos pères ». Sentant sa fin prochaine, Mgr de Thémines se rétracta in extremis et mourut à Bruxelles réconcilié avec Rome (1829).

Pourquoi des plaques commémoratives ?
La mémoire des deux évêques est gardée à Blois depuis que la bibliothèque municipale s’appelle désormais « Bibliothèque Abbé Grégoire » (1997). Peu de temps après, Mgr de Germiny a réintroduit Henri Grégoire dans la liste des évêques de Blois, tout en respectant son caractère exceptionnel d’« évêque constitutionnel du Loir-et-Cher ». L’identité du diocèse passe par cette continuité d’évêques, nonobstant les paradoxes. En inscrivant leurs noms sur les murs de la chapelle des évêques, nous ne voulons pas porter un jugement sur leur choix de vie. Ces plaques seront à leur place : liturgiques et catholiques, elles invitent à la prière pour les défunts.
Liberté à tous de reconnaitre que chacun d’eux, à sa manière, a voulu servir le diocèse dans la voie qui lui semblait sur le moment la plus honorable et vertueuse.

     

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