Chronique de carême : Voyage aux frontières de la civilisation ! par Davidoff2 2023-03-17 20:41:37 |
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C’est une Chronique de carême enfin amusante, légère, puisque c’est juste un texte pour voyager un peu. Quand j’écris, les voyages sont biens, je sais taper très rapidement mais j’adapte la vitesse de frappe pour que TOUT entre dans dans une simple description. Ici par exemple, si j’écris que dans le bus, lorsque les paysans qui vivent au-delà de la civilisation arrivent dans une très grande ville marchande comme Victoria da Conquista, et qu’ils semblent rassurés parce que c’est une ville assez organisée pour disposer d’escadrons de la mort, ils savent qu’ils vont pouvoir commercer et vendre leurs produits en toute sécurité, il n’y a pas de problèmes ici ! (donc c’est étonnant, parce que plus loin, encore à des heures et des heures de bus plus à l’intérieur, il y a toujours des villes et de la civilisation, mais il y a que la police, et là c’est risqué). Voilà, c’est juste une observation d’un bus qui remonte le cours de la civilisation. J’entends des paysans discuter, avant même d’arriver en ville, lorsqu’ils la voient, ils en parlent déjà, et dans la conversation, il y a cette définition : « Escadrons de la mort », pour un européen ça sonne un peu raide, et là il semble que ça soit plutôt rassurant. C’est juste une chronique pour donner le ton et voir si vous aimez, avec un point de vue original, mais réel, et si je fais une digression irréelle : je le mentionne et rétabli la réalité, mais j’aurai réussi à vous faire croire un instant à quelque chose que non, là il ne faut pas déconner ! Et vous y aurez cru juste un moment (c’est pas croyable), ça semble si logique, et en réalité non, c’est pas barbare à ce point quand-même, alors je rétabli ;-) ...si je ne rétabli pas, c’est soit des faits, soit le fruit de l’observation ou de recherches plus tardives. J’ai bien fait de poster cette chronique plus rébarbative sur l’argent, car là on va aller très loin, et on va voir comment ceux qui en ont le préservent, mais c’est plus amusant qu’une chronique sur l’argent.
Alors pour commencer, je vais écrire cette parenthèse brésilienne comme je l’entends, pas chronologiquement, mais comme ça vient, là pour commencer, mon petit voyage Salvador de Bahia-Riacho Fundo, je vais parler de choses que je n’ai connues que des mois après mon premier voyage, comme le bonhomme à Itapoã, ou le Bâlois emprisonné à Brumado que j’ai connu 10 mois après mon arrivée. Je vais écrire la situation générale comme ça me vient.
Pour mettre une chose au clair tout de suite, qui n’est pas spécifique au Brésil mais à toute l’Amérique du sud : Ils ont des cultures mais pas de culture, tout au plus du folklore, voire des petits dieux accessoires (football).
Donc avec le mot « civilisation », je ne parle pas de grandes œuvres d’art ou de philharmoniques réputés, je parle de progrès sociétaux et technique (avoir un hôpital, des magasins, une police, des routes ou des écoles), bref, de choses comme ça. Et le Brésil est si grand que ni la civilisation, ni le folklore (école ou cours de samba, et même carnaval p.ex.), ni même les dieux du foot n’atteignent certaines frontières qui n’existent pas sur la carte mais qui sont visibles à l’œil, c’est la nature qui leur a fixé les limites.
Du coup j’arrive à Salvador de Bahia le 9 septembre 92, c’est une ville sur deux niveaux, la ville haute plus ancienne, et la ville basse plus business, ça reste quand-même relativement crade, et entre les deux il y a un funiculaire ou un immense ascenseur de 150 mètres de haut. Rien à dire sur la ville, ça a été construit de toutes pièces depuis les portugais. Il y a des consulats, des hôpitaux, des banques, donc c’est civilisé, même si dangereux. Si vous zonez dans la ville haute, il y a clairement des quartiers où il ne faut pas aller si on a l’air de touristes, mais de toutes façons ça ne donne pas envie d’aller, c’est vieux, détruit, ça pue la pisse et si on prend une ruelle où il traîne des seringues par terre avec des types louches qui vous regardent, c’est que vous vous être gourés de ruelle, faut pas continuer... Donc il n’y a rien de particulier à visiter, des building, des vieux quartiers qui datent d’églises portugaises où il pousse de l’herbe dessus tellement c’est vieux et humide. Mais contrairement à Rio, Salvador a une chouette plage à l’écart, c’est Itapoa. A Rio, Copacabana est une plage de ville pour prendre la photo avec la ville et le pain de sucre en arrière plan, superbe panorama mais peu propice à la baignade (à cause des vagues et des courants), tandis qu’a Salvador, c’est un chouette endroit à l’écart. En fait, si vous avez réussi votre vie à Salvador mais que vous voulez sortir de cet enfer pour vivre au paradis tout en continuant votre business en ville, eh bien c’est simple, vous achètez une maison à Itapoã : 12-13km du centre, cocotiers, plage nickelle, océan à température et pas dangereux, bref, vous finissez chacune de vos journées les doigts de pieds en éventail sous une paillote en sirotant une caïpirinha en bord de mer avec une vue époustouflante sur la ville dans le lointain, très impressionnant certains soirs car ciel rougeâtre avec une découpe de la ville au premier plan. Mais ça, tous les touristes peuvent le vivre le soir après une visite de Salvador, il y a même un bus qui va à Itapoã, c’est un chouette endroit, très sécure.
J’ai personnellement eu la chance d’avoir pu vivre 3 jours à Itapoã chez le frère d’une fidèle du père Jacques. Donc le type m’a fait visiter la maison : marbre noir parterre au rez, canapés cuir blanc, très stylé, et à l’étage il a fait le contraire, marbre blanc par terre et mobilier noir. Le gars devait avoir la mi-trentaine, sûrement très intelligent puisqu’il était assez riche pour habiter à Itapoã, mais sûrement pas un mafieux si sa sœur est une fidèle du père Jacques et qu’elle m’a donné son adresse, juste un type normal qui a réussi. A l’étage, il me fait même visiter la chambre conjugale, il était très fier de sa réussite, et là, sur la table de nuit noire, il y avait un magnifique revolver, je pensais que c’était un truc décoratif, mais non non, les 6 coups engagés. Il avait planqué des pistolets dans la maison, et je lui ai demandé pourquoi un arsenal pareil ? Eh bien c’est simple, s’il y a des voleurs, il leur tire dessus. C’était pas plus compliqué que ça. J’ai poussé l’exercice pour voir jusqu’où il était sérieux, il avait un gamin et sa bicyclette traînait devant la maison, alors je lui demande si quelqu’un vient faucher la bicyclette ? Ben ça reste simple, il lui tire dessus. Je lui ai rétorqué : « Sans déconner, t’as un mur d’enceinte de deux mètres cinquante avec du verre cassé dessus, tu vois un gamin qui a réussi à sauter le mur et qui s’apprête à le grimper dans l’autre sens avec le vélo sur le dos, tu lui tires dessus ? », réponse : « ben ouais ! ». Il ne comprenait pas trop mon délire avec des hypothèses, pour lui tout était très clair : Quelqu’un viole la loi chez moi ? - Je lui tire dessus !
Mais en discutant, ça semblait assez général à tout le quartier d’Itapoã. Ceux qui ont pu payer pour s’installer là ne veulent ni de vols, ni de mauvaises statistiques de la délinquance, parce que si le quartier devient insécure, les prix de l’immobilier baisseront. Du coup pour garder un certain standing, tout le monde est armé et près à dézinguer le premier voleur venu. Parce que s’il ne le fait pas, le voyou va vraiment lui voler son vélo, et après quoi ? Il va aller porter plainte et ça va être mauvais dans les statistiques de la délinquance du quartier, et les voisins ne vont pas être contents. Pour finir, mieux vaut abattre les voleurs, ça évite qu’il fauche le vélo, et ça rentre pas dans les statistiques (légitime défense très étendue) et pas de nuisances, car il vaut mieux apprendre qu’un voleur a été abattu durant son forfait à Itapoã qu’apprendre qu’on vole des trucs à Itapoã (tout le monde préférera un voleur mort qu’un propriétaire volé). Voilà comment ils réfléchissent assez globalement en Amérique du sud, ils restent simples. Donc une fois à Salvador, pour aller chez ce curé dont j’avais l’adresse, sur le plan du Brésil, ça n’avait pas l’air d’être une grosse affaire, mais je n’avais pas compris qu’il allait m’emmener en dehors de la civilisation...
Je prend le bus, et durant 17 heures, ce bus va jusqu’aux limites, il ne peut physiquement pas aller plus loin faute de route. C’est totalement différent de l’Inde, en Inde il y a de la culture, des cultures, et de la civilisation partout, le plus gros réseau de rails du monde, des rizières jusqu’à 2000 mètres d’altitudes dans l’Himalaya, il y a tellement de monde qu’ils agressent notre espace vital (disons 30 centimètre de périmètre), là c’est totalement l’inverse, plus ton avance, plus on a l’impression qu’on va arriver au bout du monde, ça devient dépeuplé… On traverse des champs, des fermes, et tout à coup, une longue pause à Vitoria Da Conquista, la dernière grande ville du Nord-Est, 8 heures de bus à l’intérieur des terres depuis Salvador. Vitoria da Conquista c’est un demi million d’habitant, et tous les bahianais de l’intérieur connaissent, parce qu’il y a tout à Vitoria da Conquista. Si les ruraux du nord-est veulent acheter quelque chose de particulier, ils n’ont pas besoin d’aller jusqu’à Salvador, ils trouveront tout à Vitoria da Conquista. Il y a de la civilisation aussi parce qu’il y a des escadrons de la mort. Dis comme ça ça sonne un peu raide, mais lorsque les paysans parlent de ça dans le bus, ça a un côté rassurant. Parce que même si le mot fait un peu peur, je crois que c’est fait exprès. En réalité, c’est des agents de sécurité bien équipés qui font à peu près la même chose que la police, mais au service de patrons privés capables de payer des services de garde plus efficaces que la police. Ce ne sont pas des brutes sanguinaires qui sortent de la jungle pour tuer tout le monde ou des escadrons terroristes d’Escobar, ce n’est pas non plus des Sécuritas, parce qu’ils sont aussi formé à l’utilisation des armes. Aucun soucis pour se balader à Vitoria da Conquista, mais disons que si on veux voler une pomme au supermarché, mieux vaut la voler dans un supermarché qui se fie à la police pour sa sécurité. Parce que si c’est une entreprise de sécurité privée qui gère l’espace, c’est inutile de leur raconter que t’as faim, que t’as eu une enfance malheureuse ou que ta femme t’as quitté, non, là t’as plutôt intérêt à savoir courir vite en zigzag. Finalement c’est un peu le même principe qu’à Itapoã, mieux vaut faire place nette chez soi plutôt que se fier à la police.
Du coup, Vitoria da Conquista, c’est le dernier jalon de la civilisation grâce aux escadrons de la mort, une ville assez grande pour en être dotée, le terme vient sans doute de plus grand patrons qui ont de vraies escouades pour sécuriser leurs territoires. Mais plus loin que Vitoria da Conquista, s’il faut régler des problèmes, j’ai l’impression que c’est plus artisanal, les grands propriétaires pourraient régler des problèmes à l’ancienne en envoyant des types louches, beaucoup moins organisés et professionnels qu’à Victoria da Conquista. Donc plus loin, c’est vraiment assez perdu, mais on passe quand-même par Brumado après 6 heures de bus, c’est une ville aux proportions intéressantes, mais on est tout de même au-delà des supermarchés, et c’est le dernier endroit à disposer de l’irrigation par jets. Ils ont réussi à faire que l’eau du barrage plus haut alimente un dispositif d’aspersion, ce qui garanti 2 récoltes par année au lieu d’une seule plus loin, durant la saison des pluies, et encore, c’est si Dieu le veut… car certaines années il ne pleut pas assez... On a d’ailleurs vu un Suisse en prison à Brumado, un vieux Bâlois avec sa femme. Étonnant, le gars était venu là, au quasi fond du monde, et il s’était construit une prison autour de lui. Deux rangées de murailles ! Donc on arrive à l’entrée, et déjà à l’époque il y avait un petit écran et un gars nous demande qui ont est. C’était ok, on était prévu sur le programme, je suis le Suisse qui bosse chez le père Jacques avec son père et son frère, suisses aussi, recommandé par machin, prévu au programme, ils ouvrent. Il y avait un notable de Brumado qui s’était joint à nous par curiosité, mais ils ne l’ont pas laissé entrer. Bref, on rentre et on est coincé entre deux murailles, ce n’est que lorsque la porte en fer du mur extérieur se clique, que celle du mur intérieur s’ouvre. Là on est bien accueilli par le vieux bâlois, un gars sympa, il avait toute une collection de Ferrari et Lamborgini, et il s’était fait asphalter un circuit entier (un seul mur d’enceinte pour le circuit mais des miradors quand-même). Belle maison, il nous demande si on veut faire un tour de circuit sur une machine, et pendant que je me disais que j’allais défoncer le record du tour du vieux, papa lui répond que non non, sans façons, pas de circuit ni de Ferrari on bois un thé et salut ! … et tant pis. Moi je regardais les bagnoles.
En y repensant, oui, je pense que si ce type doit sortir de chez lui, il y a au moins 6 gardes qui l’entourent, et sans doute même des convois s’ils sont en véhicule, donc un type inatteignable, d’où l’intérêt du notable de la ville à vouloir visiter cette maison. Pour finir je me dis que oui, peut-être que le dernier type assez organisé dans le coin pour se payer un escadron de la mort correct, ce serait bien un type comme lui. Ça avait l’air d’être son kif, le plus loin possible, dans un endroit où il existe encore un système médical (donc civilisation quand-même), t’arrive, t’achètes le gouverneur pour être totalement tranquille, et un immense terrain qui ne vaut rien, tu te construis un circuit de course (d’ailleurs, il était nettement mieux organisé que l’état si on compare l’état de son circuit aux routes de l’état), et voilà. Bref, un Suisse allemand organisé comme un Suisse allemand quoi ! Je ne sais pas s’il a fait fortune en Suisse et qu’il a décidé que tout le monde le faisait chier pour venir fabriquer son paradis ici tout seul, ou si c’est lui qui a fait ce système d’irrigation avec le barrage et qui a créer des emplois agricoles ?, je ne pense pas, mais si c’est lui oui, sa petite milice pourrait servir d’escadron de la mort pour faire respecter ses champs, sinon c’est juste des gardes d’une piste de course, d’une maison, et de gardes personnels à l’occasion.
Bref, on quitte Brumado, et là on est déjà très loin de Salvador, il n’y a plus d’irrigation, et quand j’arrive la première fois mi-septembre, ça fait déjà 5 mois qu’il n’a plus plut, les derniers champs sous aspersion sont derrières, donc paysages arides, cactus, arbres mal en point, pierrailles, sierras avec quelques touffes éparses, et parfois ça devient plus rural, comme des oasis plus vertes de-ci de-là, là où il passe un cours d’eau. Après 2-3 heures de route, on arrive à Parramirin. Alors pour les gens chez qui j’ai été, Parramirin c’est LA grande ville, et s’il faut y aller c’est que l’affaire est grave. C’est le dernier endroit où il y a une sorte de dispensaire, et puis à Parramirin il y a un dentiste ! C’est bien d’avoir un dentiste, c’est des gens qui peuvent être utiles de temps en temps. Au niveau civilisationnel, Parramirin c’est la fin de la route goudronnée, et même si le bus peut encore avancer, c’est le le terminus réel de la police, de la justice, et des prisonniers. Le dernier poste de police avec une ou deux cellules de détention est certainement à Parramirin, car plus loin il n’y a plus de policiers, et donc plus d’avocats, ni juges, ni rien de ce genre. Pour simplifier, voilà, c’est l’endroit où il y a encore un dentiste, ...pour ce qui est des centres commerciaux, ça fait longtemps qu’ils n’existent plus sur le parcours.
On passe Parramirin et là le voyage devient moins confortable à cause de la route. Mais c’est vite passé, après 2-3 heures on est déjà à Rio do Pirès. Rio do Pirès c’est LA ville (pour les 33 communautés qui gravitent autour dans les sierras), c’est le chef lieu, il y a une église, une pharmacie, des bars, et au niveau civilisationnel, ça semble être la limite des évangélistes aussi. Ils essayent de convertir encore là mais pas plus loin, histoire de garder au moins l’électricité et l’eau courante, un minimum de commodités pour une évangélisation au top. Là je parle des évangélistes américains, parce que plus loin que ça, il n’existe plus que l’église catholique, ...enfin, il n’y a plus vraiment d’églises au sens matériel du terme, mais tout le monde est catholique et n’a entendu parler que de ce Dieu et de la macumba, c’est tout.
Mais Rio do Pirès est important, car en tant que chef-lieu, il perçoit les impôts de Brasilia et devrait théoriquement les utiliser pour la population, genre faire des routes ou des écoles, des choses simples. Bon, il ne le font pas vraiment, il me semble que le plus gros soucis du maire est de faire en sorte que la route Rio do Pirès – Ibiajara reste praticable par le bus. Pour le reste, l’équipe paroissiale du curé peut s’occuper un peu d’éducation et de ce genre de choses. Le curé c’est un saint homme, il est là à Rio do Pirès et il doit desservir 33 communautés de base sur un territoire grand comme la moitié du Valais. Pour aller là où il n’y a pas de routes, ou alors des routes uniquement praticables par des monstres style Nissan Patrol, il s’est mis au moto-cross. C’était culotté, car moi qui suis motard depuis 10 ans, je me dis qu’il fallait oser s’aventurer sur certaines routes, je ne le ferai pas moi-même. Bref, Rio do Pirès c’est la capitale, ils n’ont peut-être pas de dentistes, mais ils ont l’électricité, l’eau courante, et même une sorte de banque, … un guichet, … sans ordinateur, inutile de te pointer là avec des dollars, ils ne sauront même pas ce que c’est.
Donc là au niveau civilisationnel on est très reculé quand-même, la carte visa que j’avais pu utiliser n’importe où en Inde (dans n’importe quelle boutique sérieuse)…, ben non, là on est au-delà des capacité des cartes Visa, Américan Exprès et Cornercard, ...d’ailleurs, il n’y a même plus de boutiques comme en Inde (pierres précieuses etc.), il n’y a carrément plus de boutiques du tout. Des échoppes, une place pour le marché, un saint curé, un maire corrompu, et tout va bien parce qu’il y a la place de l’église entourée de bars, et comme il y a de l’électricité, il y a de la musique, c’est sympa. Pour situer très précisément le taux de civilisation de cet endroit, c’est qu’après une mutinerie dans la prison de Sao Paolo, des centaines de prisonniers ont pris le large, tous ont été retrouvés sauf celui qui s’était réfugié chez le père Jacques, donc Rio do Pirès est au-delà des capacités d’un état à agir. Ce n’est pas aussi simple qu’au nord de l’état de Mato Grosso où tout le monde se balade avec un flingue à la ceinture, mais c’est quand-même très Far-West. Ici, le maire fait un peu office de juge de paix, il a des gens, alors il peut régler des problèmes de façon civilisée sans que les administrés n’aient besoin de se tirer dessus, disons que c’est un reliquat de l’état de droit avec une sorte de shérif tout puissant que les habitants de la région élisent tous les 4 ans.
Bon, on continue parce que les 20 kilomètres suivant Rio do Pirès, très cahoteux, vont nous mener précisément aux maximum des capacités du bus, qui va arriver là à son terminus. Là il y a une sorte de bourgade avec une place de marché locale, Ibiajara, c’est LA limite de la civilisation. Plus loin que ça, si vous voulez du courant électrique, il vous faudra des pilles. A Ibiajara, on se situe aussi à la limite de l’argent fiduciaire. Dans les bars, les tenanciers peuvent avoir des listes de créances, mais si vous voulez prendre le bus jusqu’à Rio do Pirès, il vous faudra 50 centimes, et ça c’est étonnant pour des gens qui vivent quasiment sans argent. Je m’en souviens bien, car une fois j’avais dû faire le trajet à pied faute de 50 centimes. Quand les populations des sierras avoisinantes viennent au marché du vendredi à Ibiajara, la règle reste quand-même le troc dans une grande mesure pour les petits produits, mais si vous voulez acheter une mule, faudra bien sûr sortir les cruseiros.
Moi j’habitais 12 kilomètres plus loin qu’Ibiajara, il y avait une sorte de route pour y aller. C’était périlleux, il fallait un bon 4x4, mais en dehors de la saison des pluies, et même pendant si on acceptais de pousser quand c’était embourbé, c’était quand-même faisable. Mon bled s’appelle Riacho Fundo (rio = fleuve / riacho = rivière, et fundo, c’est au fond), mais ce n’était pas un bled, c’était plutôt des maisons de-ci de-là. L’endroit central était tout de même la maison de Zéca (le chef de la communauté), là où je logeais, car en face il y avait la maison de la fille de Zéca, et à côté, les paysans avaient construit les fondations d’une chapelle. Même pas 100 mètres plus haut, il y avait le bar de Zé de la Rural. Zé c’est le diminutif de Zéca, et Zéca est le surnom de Joseph, mais comme il y a beaucoup de Joseph, donc beaucoup de Zé, lui c’est Zé de la Rural parce que c’est le seul type qui a une voiture, un gros machin tout déglingué, mais 4x4, et surnommée « La Rural » en raison de son état rustique. Zé de la Rural avait construit une sorte de petit bar avec un baby foot, mais ce n’était pas un bar ouvert comme dans une bourgade : pour l’ouvrir, il fallait aller chez Zé un peu plus loin, et si on voulait une bouteille de cachaça, il venait nous la « vendre » (pas avec de l’argent, mais le jour du marché tu te démerdes pour avoir le pognon). Il ouvrait aussi son bar si des jeunes ou des copains voulaient boire et jouer au baby foot, mais il n’avait ni électricité (donc pas de glaçons, ni musique, ni éclairage), ni eau courante. Enfin bref, il avait construit là son petit bar, et donc avec le bar + les deux maisons de Zéca et sa fille en face + la future chapelle qui allait sortir de terre, ben c’était le centre de Riacho Fundo...
Riacho Fundo c’est un grand replat entre des sierras, il y a des champs, du bétail et environ 300 âmes dispersées dans des maisons, entre les arbres et les cactus, sur le replat. Tout ça est alimenté en eau par le riacho qui prend sa source très haut dans les sierras, à la cachuèra, il faut bien trois heures de mule pour arriver à la cachuèra, mais c’est magnifique, c’est une chute d’eau depuis un rocher dans une sorte d’étang, et de l’autre côté de l’étang il y a une grotte, ou une caverne, il n’y a pas de stalactites. On peut encore grimper au-dessus du rocher, sur la cachuèra, mais c’est périlleux.
Donc le tableau civilisationnel est très réduit : vu de Riacho Fundo, il y a la Rural de Zé qui est si importante qu’elle mérite une cabane pour elle seule, et il y a des trucs plus lointain qu’on sait : Sao Paolo existe, des jeunes y ont été, c’est très très loin, Rome existe, c’est là où il y a le pape, c’est aussi lointain mais c’est Europe (un mot qu’ils savent sans pouvoir situer), donc Europe c’est pas un truc géographique, c’est plutôt le côté historique qui ressort. En effet, ils savent qu’ils viennent de là-bas et que c’est eux les kings. Quand aux noirs..., historiquement, les gens de Riacho Fundo ne connaissent pas l’esclavage, donc les noirs c’est une anomalie, c’est des gens qu’on a été chercher dans leur pays noir il y a longtemps pour travailler aux champs, mais comme c’est des fainéants, ben c’est toujours les blancs qui bossent. Les brésiliens ne peuvent pas se permettre d’être racistes, il y a beaucoup trop de mélange, mais disons que pour tout le monde, plus t’es blanc mieux c’est, il y a même des noirs qui m’ont demandé d’arbitrer pour dire lequel est le plus noir, je tranchais, et le plus clair s’en retournait fièrement : « Je t’avais dis que t’étais bien plus nègre que moi ! », enfin, ils ne sont pas racistes, mais avec une mentalité pareille, c’est pas demain qu’ils éliront Obama.
Sinon, eh bien si tu es un habitué des consultations médicales, c’est vraiment pas l’endroit où il faut aller. Parce que le type qui veut voir un médecin, c’est qu’il est riche ou à l’article de la mort (et encore, à l’article de la mort, ben en général ils attendent l’article suivant). Mais bon, si vraiment t’es un délicat, tu demandes à Zé s’il peut te prendre avec la Rural jusqu’à Rio do Pirès, c’est une sorte de pick-up, eh oui, on pourrait mettre une paillasse derrière et un malade dessus, mais ça va coûter cher. Parce que Zé n’allume jamais la Rural en dehors du vendredi et encore moins pour rien. La seule fois où j’ai vu le moteur tourner inutilement, c’était à côté du bar, Zé semblait essayer un système pour produire de l’électricité avec son moteur au lieu d’acheter un générateur. Mais d’après les jurons entendu, j’ai l’impression que son affaire n’a pas été très concluante, en tout cas, son bar n’a jamais eu d’électricité, ni de générateur… Donc Zé n’utilisait la Rural que le vendredi pour aller au marché à Ibiajara, mais c’était chargé, du genre 2-3 personnes à l’avant avec lui, et une dizaine bien serrés sur le pont, assis sur les rambardes ou debout derrière la cabine. Ensuite les 13 participants se partageaient les frais, ce qui permettait à Zé de payer son essence et un petit surplus. Zé était un mécréant, mais il possédait un véhicule avec un moteur à explosion, alors ça faisait de lui un personnage important, et ça lui donnait du succès les jours de marché auprès des filles, … de toutes façons, sa femme restait à Riacho Fundo et il fallait bien que Zé tire profit de son prestige au moins le jour du marché. Il ne savait pas écrire, mais il savait compter, il avait tout dans la tête, alors le jour du marché, il récupérait ses mises auprès des débiteurs, et si Zé te dit que tu lui dois 2000 cruseiros, tu lui dois vraiment 2000 cruzeiros,... pas un mot de blague, si t’as oublié lui il n’a pas oublié, et il vaut mieux le croire et lui rendre.
Bref, on était parti dans l’hypothèse où un type de Riacho Fundo voudrait voir un toubib ? Ok, il n’y a pas de problème, si tu payes ce qu’il faut, Zé met en branle la Rural de nuit comme de jour, et vous partez sur le moment à Rio do Pirès (35km de pistes, c’est pas Sion-Martigny), mais bon vous payez et une fois à Rio do Pirès, faut que le toubib soit inspiré, mais même s’il ne l’est pas, il sait que tu viens de loin et il va quand-même faire quelque chose. Si tu lui racontes ton problème et qu’il ne trouve pas la solution tout de suite, il ne va pas te donner un nouveau rendez-vous pour t’envoyer à Brumado faire des analyses de sang (je ne mentionne même pas Parramirin parce que je pense qu’ils sont incapables de faire des analyses sanguines), donc zou, jusqu’à Brumado, et tu demanderas au Bâlois s’il peut te payer tes analyses ?! Non, sans déconner, les rares toubibs à Rio do Pirès ne vont pas faire des choses pareilles à un paysan qui vient depuis Riacho Fundo sur le pont de la Rural de Zé. Ils doivent trouver la solution et il n’y aura pas de seconde chance, parce que t’es pas Crésus et Zé n’a pas les moyens de t’offrir des allez-retour. Le toubib le sait, il y a une pharmacie à Rio do Pirès et t’auras droit à des médicaments, garanti ! A ce moment, eh bien soit le médecin aura trouvé juste du premier coup et c’est bon pour toi, soit le médecin tape à côté, ce ne sera peut-être pas les bons médicaments, mais les gars qui arrivent de là-bas sont tellement hors jeu, qu’un type avec un stéthoscope autour du coup, une blouse blanche et des lunettes, très sûr de lui (c’est important), qui en plus t’écris un papier pour le pharmacien (il donne des ordres…), t’es assez impressionné pour être sûr que le gars a trouvé la solution, et un médecin, c’est quelque chose d’exceptionnel dans une vie, donc un gars tellement important que si ça se trouve, t’en as jamais vu auparavant (un peu comme le pape), on sait qu’il existe, on connaît à la rigueur l’homme qui a vu l’ours (le pape ou le médecin), t’as dû déranger Zé et sa Rural pour voir un personnage pareil, alors si ce personnage commence à tergiverser c’est pas bon, tu risques de douter de lui. Mais le médecin a suffisamment de tact pour ne pas se mettre à tergiverser devant les paysans des sierras. Il montrera une mine sûre de lui et tu seras rassuré parce que tu sait que lui il sait ce qu’il fait, il est au clair sur la question, donc tu prends ce qu’il te dit de prendre, et ça va mieux ! Si ça va pas mieux ? Eh bien tu refais la route avec Zé de la Rural, et le docteur trouvera une nouvelle maladie. Non, il ne s’était pas trompé, c’est toi qui a développé un nouveau truc, et t’as bien fait de venir le voir parce qu’il va te tirer d’affaire pour de bon. Donc en fin de compte il n’y a jamais de problèmes. … …, vous m’avez cru ? Non, c’était juste une tournure de style romancée d’un médecin de Rio do Pirès, parce que je ne connais pas de médecins de Rio do Pires, mais quand un type vient consulter depuis Riacho Fundo, le médecin n’a qu’une seule question à se poser : « Je tente le coup, je répare / ou bien non, il est vraiment trop amoché, je l’envoie à l’hôpital de Brumado ». A ce stade, on ne parle même plus du dispensaire de Parramirin, on l’envoie direct à l’hôpital de Brumado (là où habite le bâlois). Et c’est ici que se trouve le plancher absolu d’un état : Te garantir une identité, te garantir que tu existes ! Si une région n’est plus capable de faire cela, ce n’est plus un état. Et donc tout le monde a sa carte d’identité dans une petite boite, c’est un document fédéral précieux ! Zéca m’a montré la sienne, tout le monde garde bien en sécurité sa carte d’identité, parce que ce papier t’ouvre les portes de l’hôpital de Brumado gratis. Là entre en jeu le rôle de l’état et de son filet social d’un point de vue médical, à une douzaine d’heures de route de Riacho Fundo. Et si tu n’es pas malade, cette carte d’identité te fait aussi gagner de l’argent, car dès l’âge de 60 ans, une retraite fédérale est virée on ne sait pas comment, mais chaque mois, le compte des dépôts de Rio do Pirès est crédité d’un nouveau chèque au nom de Zéca Massaroca. De l’argent fédéral qui tombe du ciel, ça c’était quelque chose de révolutionnaire chez les vieux de Riacho Fundo (d’autres comptaient les années qui leur restait avant l’argent magique). Donc en fin de compte, la base absolue de l’état, ce n’est ni la sécurité, ni les écoles ou les routes, ni les stations d’épuration ou même l’électricité, non, la base absolue c’est de te donner une identité qui te donne le droit de ne pas mourir comme un chien si t’as un pépin, et de toucher une retraite fédérale quand tu auras 60 ans.
Ceci dit, dans la campagne, si on voit Zé revenir avec la Rural sans le malade, tout le monde sait que c’est grave, parce qu’on ne va pas à Brumado pour rien, mais comme infos, c’est tout ce qu’on sait, aucune nouvelles, pas de téléphone, au mieux on peut croiser quelqu’un le jour de marché qui lâche une info, mais c’est tout, on ne sait pas si et quand le malade/blessé reviendra. Toutefois, la population sait qu’il y a cette issue dans les pires des cas, mais ça reste lointain et flou, la retraite fédéral c’est plus concret.
Enfin bref, voilà l’expédition à entreprendre depuis Riacho Fundo pour voir un médecin. Le dentiste c’est plus compliqué, il n’y en a pas à Rio do Pirès, alors soit tu t’arraches les dents qui te font mal tout seul à la tenaille, soit t’es douillet et pour avoir droit à ton dentiste, faudra aller à Parramirin. Mais là, même Zé de la Rural n’y pourra rien, c’est trop loin. Pour Parramirin, le mieux c’est de couper à travers les sierras en mule, il n’y a pas de route, mais c’est beaucoup plus direct que par la route (je dis à chaque fois mules, parce que dans ces sierras, les chevaux ne tiennent pas le cou). Il faudra quand-même compter une douzaine d’heures de mule, plus les pauses, et t’auras ton dentiste qui t’arracheras sans doute aussi la dent, mais avec l’anesthésie ! C’est sans doute même plus économique d’aller chez le dentiste à Parramirin en mule que chez le docteur avec Zé, mais bon, 3 jours allez-retour pour une anesthésie, c’est vraiment que t’es douillet, que t’as de l’argent et du temps à perdre. En réalité, le système médical est nettement en-deça de que peut espérer un misérable à Calcutta, car là-bas, il y a des associations ou même le Dr Pregger qui avait une trentaine de médecins de rue gratis. Alors oui, il y avait de l’attente, mais les misérables n’avaient de toutes façons rien de mieux à faire, alors au bout de l’attente, le toubib lâchait quand-même quelques pilules, et tout ça sans rien payer. Dans ce coin de Brésil non, ils faisaient des compresses avec des plantes, ils avaient des anti-venin naturels contre les serpents, scorpion et tarentules, ils avaient des astuces pour le mal de dent, comme fumer. Si le gamin a une carie et qu’il a mal, ben tiens du « cordeaõ » et fume ! La fumée fait passer un peu le mal de dent, mais à la fin, quand la fumée ne fait plus effet et que la carie a assez progressé, le gars est en général assez motivé pour arracher la dent...
Ainsi, Riacho Fundo était au-delà de la civilisation concrète, des évangélistes, et même des évadés de prison de Sao Paolo, qui eux s’arrêtent à Rio do Pirès. Il y a encore un village plus isolé que Riacho Fundo, d’ailleurs les habitants de Riacho Fundo sont beaucoup plus effrayés par ce village que par la maladie ou la mort, parce que là on a affaire à quelque chose de sérieux. Mais pour arriver jusqu’à ce village, il faut rajouter 6 heures de mule. J’y ai été avec le père Jacques (en moto cross et moi en mule), il y a une sorte de route, pas une route pour la Rural, mais avec un excellent 4x4 sans avoir froid aux yeux, tu pourrais passer. J’étais déjà admiratif de voir Jacques attaquer des pentes pareilles en moto, parce que si la moto se retourne, elle te retombe dessus, tandis qu’un gros 4x4, même s’il tourne, t’es dedans. Moi je laissais la mule à son rythme, assurant son pas, et tout au bout, il y a le fameux village. Et attention, Zéca ne m’a pas laissé partir sans argent, car dans ce village l’argent à cours et si quelqu’un te demande de lui payer un verre, tu lui payes un verre, m’a supplié Zéca... Je ne me souviens plus du nom du village, mais c’était un vrai village, pas comme Riacho Fundo qui est plutôt un hameau dispersé, là non, c’était une bourgade, comme à Ibiajara mais sans électricité, et ils avaient même une église (plutôt une grande chapelle), et ce village est le nombril de la macumba da Bahia. Ce qui est amusant, c’est que tout ce bordel pour trouver un toubib ou un dentiste depuis Riacho Fundo, eh bien certaines personnes civilisées et éduquées faisaient la même chose mais de beaucoup plus loin pour venir dans cette bourgade perdue. Et s’ils se donnaient une peine pareille, c’est qu’ils voulaient lancer un sort qui soit efficace. Bref, donc on y va avec Jacques, mais Zéca est très soucieux (le chef de Riacho Fundo, pas Zé de la Rural), il m’explique plein de trucs abominables et m’ordonne d’être aimable avec tout le monde, parce que si à Riacho Fundo, ils peuvent déployer certaines contre-mesures (des prières spéciales contre le mauvais oeil), ils n’ont pas la puissance d’un prêtre pour faire face à certains sorciers de là-haut. Et ça, c’est une affaire autrement plus inquiétante qu’un toubib ou un dentiste, il y va du Salut de notre âme, tout simplement.
Alors on se pointe au village de macumbeiros avec Jacques. Non, Jacques avait prit de l’avance avec sa moto alors je me pointe sur ma mule. Un jeune homme m’appelle et me fait entrer dans une maison. Jacques confessais dans une chambre pendant que la femme de la maison préparait le repas. Tout va bien, on mange là le soir et Jacques continue quelques confessions... Mais ce premier soir, je n’ai pas vu de macumbeiro, en tout cas, pas les responsables des rituels. J’ai demandé à Jacques, et il semblerai que dans ce village, tout le monde soit mouillé de près ou de loin avec la macumba, même ceux qui sont avec nous dans la maison, mais ils sont mouillé par peur, pas par adhésion. Pour les grands pontes, sorciers et sorcières responsable des rituels, pères des saints, Jacques m’a tranquillisé : ils ne se déplacent pas comme ça pour voir un curé à la nuit tombée, mais « tu verras, demain matin à la messe, ils seront tous au premier rang ».
Et en effet, le lendemain, la grande chapelle est comble sauf les deux premiers rangs qui sont libres. Alors arrive une espèce de cortège, des dames avec des grands rubans sur la tête, bien mises, des types qui payaient moins de mine, mais qui connaissaient leur place à « l’église » : droit devant le curé ! C’était assez hallucinant, je me retrouvais droit devant ces gens qui font trembler tout Riacho Fundo et qui sont connus à des centaines de kilomètres à la ronde. A première vue ils m’avaient l’air plutôt sympas, ils ont donné l’impression d’être recueilli pendant la messe, parce que Jésus et Marie sont très importants dans la macumba, c’est les seuls qui peuvent parer des sorts efficacement. Et puis, ils connaissent Jésus, et même s’ils utilisent toutes les forces des ténèbres à leur disposition, ils n’ont pas envie de finir en enfer (pour eux c’est quelque chose de concret), et donc, comme Jésus a dit : « Qui mange mon corps et boit mon sang aura la Vie Éternelle», alors bien entendu, ils venaient là communier… pour ne pas perdre leur âme j’imagine ?... Mais Jacques a fait un sermon sur-mesure pour la macumba, je les regardais depuis l’abside, pas un n’a bronché, sauf peut-être quelques personnes du peuple sidérées de voir un curé parler comme ça face aux pires terreurs de la région. En fait, il s’agissait de contre-mesures, car droit en face de ces individus, Jacques était en train de montrer à tout le monde qu’il n’avait peur de personne, tout le monde voyait bien que c’était lui le Bon Pasteur, et c’était bon pour le peuple, car même s’il coopéraient sans doute avec la macumba, il voyait tout à coup un type dire : « NON », en face des puissants. C’était bel et bien ceux du peuple que Jacques cherchait à convertir, pas tellement les deux premières rangées de sorciers, alors s’il fallait un peu humilier les sorciers pour provoquer la foi des autres, pas de soucis. A cette époque, je comprenais parfaitement le brésilien, j’écoutais le sermon, je regardais les sorciers et les sorcières, pas un seul n’a bronché. Ce n’est qu’à la fin de la messe qu’est arrivée l’humiliation finale qui a provoqué un certain malaise (raclement de la gorge, grimaces un peu crispée), parce que le père Jacques prend le calice avec les hosties consacrées, et il annonce qu’il ne donnera pas la communion aux macumbeiros qui ne se sont pas confessé la veille au soir !
Là oui, j’ai quand-même vu certains s’agacer prodigieusement. C’était un peu comme si dans la classe, tous les durs à cuire sont au premier rang, et le prof les envoies tous au coin. Là au lieu du coin ils ont été quittes pour se rasseoir à leur place sans pouvoir dire un mot ni communier, et le peuple a reçu ce que le prêtre avait interdit aux chefs. La pilule n’a pas été facile à avaler, c’était vraiment une humiliation, et à la fin de la messe, ils se sont rassemblés autour de Jacques pour lui demander comment il osait refuser le Christ à des fidèles, mais il leur a répondu qu’ils n’étaient pas en état de recevoir la sainte Eucharistie, et il a fait mine d’aller discuter avec son troupeau… Là on était en dehors de l’église, il avait dépassé la mesure, et il n’était plus question de refuser le Christ ou de charité, c’était comme un cri de menace de la part d’un de ces type, du genre : « Père Jacques ! Vous savez qui on est et vous osez nous refuser la communion ? » (du style plutôt menace que : on est des pauvres types repentants et vous nous refusez le Christ), alors Jacques enfonce le clou face à tout le monde : « Oui c’est ça, continuez vos tours de magie, moi j’ai des âmes à sauver ! » Il les a planté là et on est passé à autre chose.
Ça c’est de l’évangélisation, parce que bien entendu, tout macumbeiros qu’ils soient, ils ne s’en prendront jamais physiquement à une personne consacrée, et ils sont emmerdés avec leur sorts, ils savent que contre Jacques ça ne fonctionne pas (ils le lui ont même dit parce que ce n’était pas la première fois qu’il leur faisait le coup). Un curé gentil aurait fait un sermon gentil, avec quelques admonestations sur la sexualité, et gentil, il aurait distribué la communion à tout le monde. Les sorciers auraient de toutes façons respectée une personne ointe, mais il aurait passé pour un incompétent tout juste gentil. Jacques n’a été ni agréable, ni gentil, mais il s’est fait respecter pour sa foi et son carractère (en plus du truc de la personne ointe), du coup, Jacques a maîtrisé complètement son passage dans ce village :
1) Les confessions
2) La sainte messe
3) Montrer à tout le monde que le Christ prime partout et sur tout, que dans l’église, lui-même, Jacques, se transforme en Personna Christi, et finalement en-dehors de l’église aussi. Ce qui est bien avec les macumbeiros, c’est qu’ils sont mal à l’aise parce qu’ils craignent eux-même le pouvoir sacerdotal, pas en terme de richesse ni de puissance physique (force de frappe), mais lancer un sort à un prêtre c’est dangereux et compliqué, il ne faut pas se le prendre en boomerang.
Inutile de dire que si ça avait été un évangéliste américain, ou même un dentiste, ça ne se serait pas passé comme ça. Là on a eu deux antagonistes : Le prêtre consacré qui vient foutre le bazar dans une organisation vraiment glauque qui a fait main basse sur un village tout entier depuis des lustres immémoriaux.
Ensuite on a mangé dans le village, Jacques a continué à parler avec les gens normaux (c’est son troupeau), moi j’ai eu plus de liberté à midi, et j’ai pu causer un peu avec eux. Alors même s’ils s’étaient fait un peu malmenés en public, une fois la pilule passée, ils ne pouvaient pas bouder un repas communautaire et ma foi, c’était des gars très sympas, et plus instruits que la moyenne, ils étaient intrigués que je vienne de Suisse, on a pu discuter et ils m’ont même payé des verres, des types formidables je vous dis ! Zéca s’était fait du soucis pour rien. Là-haut, ils n’avaient peut-être ni eau ni électricité, mais ils disposaient de vraies Jeep, dans le genre Wrangler Rubiccon, rien à voir avec la Rural. Et sinon, si je comprends bien, les paysans font leur travail de paysan, et les sorciers sont absolument inatteignable par quelque juridiction que ce soit. Les sorciers reçoivent des visites et de l’argent, les paysans leur vendent tout ce qu’ils veulent, et en échange s’il faut bouger (médicalement par exemple), un sorcier pourra l’emmener n’importe où avec sa Jeep, et il n’aura pas besoin de régler des comptes d’apothicaires comme avec Zé de la Rural pour y aller. De leur côté, les sorciers sont à l’abri, même s’ils doivent lancer des sorts à des puissants qui ont des escadrons de sécurité, personne ne mettra jamais le pied là-haut. Déjà que les tueurs n’aiment pas avoir affaire avec la macumba, même s’il s’agit que d’un humble père macumbeiro de banlieue, alors venir ici ? Non, ici ils étaient vraiment tranquille, c’était eux les kings, et si d’aventure un type est assez puissant pour engager des mercenaires américains (qui ne connaissent ni la macumba ni le lieu) contre eux, eh bien il va déjà falloir qu’ils y arrivent, au village…, et même en cas d’attaque, il n’y a pas d’adresses, vouloir attaquer un ou des sorciers dans ce village ça veut dire attaquer le village tout entier, et donc la population se défendra.
Bon, ben voilà à grand traits les contours de la civilisation dans la région. Pour comprendre plus avant, c’est les anecdotes qui expliqueront mieux que moi :
Moi et Jacques au bistrot, bref, on discute en français, et là on est dans un bistrot, donc un endroit où la civilisation est déjà arrivée, avec électricité et tout, on est à Rio do Pirès, et on discute en français. L’attroupement, et le rire d’un gamin : « Eh, ils parlent comme des perroquets ! » Donc on explique que non non, c’est du français, mais bien sûr, ils ne savent pas ce qu’est le français, et veulent savoir de quel coin du Brésil vient ce dialecte. Alors quand on leur explique que ce n’est pas brésilien, déjà ils ne comprennent pas bien, alors faut leur expliquer que c’est un pays en dehors du Brésil, et là c’est du genre : « Un pays en dehors du Brésil ? Mais c’est quand-même pas plus loin que Sao Paolo ? » (il y a des jeunes qui vont gagner un peu d’argent à Sao Paolo durant la saison sèche, donc ils situent, … pas sur une carte, mais comme un lieu très très très lointain), et là quand je leur apprends qu’il faut 2 heures d’avion pour aller à Sao Paolo et 12 heures pour la Suisse, ils décrochent, c’est du genre : « On aurait jamais imaginé que la terre soit si grande ». Bon, c’était avant internet, donc ils ne savaient pas tout, mais malgré toutes nos explications ils nous demandaient encore si on se comprenait entre nous quand on parlait comme ça ?
Je n’avais pas vraiment appris le portugais, et encore moins le brésilien. Il me restait quelques bases espagnoles, mais c’est tout. J’avais dû trouver quelqu’un qui parle anglais avant l’Inde pour m’apprendre un peu parce que Jacques savais que j’étais de bonne volonté, mais il avait ses catéchistes, ses communautés lointaines, tout un business à faire tourner, il n’avait pas une minute à lui. Papa voulait m’envoyer là-bas en 1991 déjà mais Jacques ne savais tout simplement pas quoi faire de moi (donc je suis parti en Inde). Mais en 1992 je vais débarquer, alors il dit à papa qu’il y a une sorte hameau dont les habitants voudraient une chapelle, ...d’ailleurs après coup je me demande si papa n’a pas financé le béton pour les fondations, parce qu’il était posé quand je suis arrivé, tout frais. Et papa donnait souvent de l’argent à Jacques, donc c’est possible qu’il ait financé les fondations. C’était même pas une dalle plate, juste les contours, 70 centimètres de large, tout le pourtour fait avec du ciment, c’est assez rare dans la région. A propos de maisons, un truc qu’ils n’arrivaient pas à comprendre dans ce coin c’est qu’en Suisse, un type puisse se marier avant d’avoir construit sa propre maison ? Mais chez eux c’est rustique, des maisons avec 0 % de ciment, ils savent travailler cette terre rouge brésilienne dure comme le ciment. Bref, Jacques demande à papa si je peux bosser réellement, je dis « ok pour la chapelle on y va », et j’ai lu et écouté du portugais dans l’avion et le bus avec mon walk-man et la méthode « Assimil ». On ne rigole pas !, du coup j’avais tout de même assimilé quelques mots importants, mais eux n’ont fait aucun effort de leur côté. Par exemple, il y a des mots clefs que j’avais enregistré, des mots utiles, comme le verbe « prendre » : Pegar, je prends = eo pega ! C’est utile le verbe prendre, on l’utilise souvent. Il m’était aussi resté le mot « agora », ça veut dire « maintenant », et je demande à Edimar d’aller me chercher un truc, il me dit : « Quando ? », ben quando ? : Agora ! Là maintenant !, tout de suite ! Il ne comprend pas..., et moi je suis sûr et certain qu’agora veux dire « maintenant », on avait le même mot en français qui voulait dire autre chose mais j’avais retenu agora, donc j’étais certain de mon affaire et je lui répète « agora », mais le type ne comprenait même pas sa propre langue… Après une douzaine de fois que je répète la formule magique dans tous les sens, il me regarde et me répond : « Ahhhhh, agoooôôÔÔooora ! ». Ben oui, j’avais appris le mot en portugais mais personne ne m’avait apprit à le chanter en brésilien, donc ils ne comprenaient pas le portugais.
...et laisse-moi prendre ci, et je vais prendre ça, … vous vous souvenez ? Prendre ! Prendre c’est pegar, alors j’ai toujours dit pegar, je voyais qu’ils comprenaient, mais il y avait toujours une sorte de flottement après que j’utilise ce mot, même vu des jeunes filles rougir ou se cacher les yeux. Je vois bien qu’il y a un truc qui cloche, mais tout le monde comprend même si tout le monde se fout de ma gueule sans que j’en sache pourquoi. Heureusement, une animatrice paroissiale et prof de géo à Rio do Pires, donc avec un peu plus d’instruction que la moyenne (du genre qui savait qu’il existait différentes langues dans le monde) m’a dit que non non, en brésilien le terme pegar ne s’applique pas de la même manière qu’au Portugal, ici pegar ne se dit que lorsque tu veux te faire une fille (donc pegar c’est vraiment quand tu veux niquer, prendre une fille), mais jamais pour dire prendre un truc, donc en brésilien il fallait dire « tomar », … oui, ça n’a rien à voir mais après 3 semaines passé à Riacho Fundo à pegar du pain, pegar la mule ou une poule, ou ...tiens, je vais t’aider, pega ma main…, tu vois le genre, je me rends compte soudainement que j’ai passé pour un obsédé sexuel complet pendant trois semaines à Riacho Fundo. Enfin non, j’étais juste un type qui bossais bien, qui avait l’air intelligent, mais qui ne savait pas causer juste, un peu abruti quand-même. Mais bon, même si tout le monde s’est bien foutu de moi avec cette histoire, ils m’aimaient bien et c’est ça qui comptait. Parce qu’une fois que j’ai été là, on s’est vraiment motivés pour la monter, cette chapelle, et je les ai aidé aux champs aussi. Tout le monde pensait que j’avais fui quelque chose, une juridiction ou même international pour les plus érudits. Parce qu’en réalité, le père Jacques est le deuxième étranger que ces gens ont vu dans cette région. Avant Jacques, il y avait un autre prêtre français, qui a apprit le French Kiss aux paroissiennes, un très beau curé français. Quand Jacques est arrivé dans ce coin, le père est venu le chercher, mais comme il y avait l’assistante paroissiale dans le pick up, et que la congrégation religieuse de Jacques lui interdisait de s’asseoir dans la voiture à côté d’une femme, sauf si c’est sa mère ou sa sœur, il a fait tout le trajet Parramiri-Rio do Pirès sur le pont du pick up. Il est arrivé plein de poussière, mais au moins il n’avait pas eu besoin de s’asseoir à côté d’une femme. Il y a ainsi eu un changement radical entre les deux curés, mais Jacques s’est assoupli sur ces histoires pour se concentrer sur ce qui est réellement important, sauver des âmes, et le territoire était si vaste. Au niveau des curés, Zéca m’a encore parlé du précédent, avant le premier prêtre français, mais à cette époque, le curé était un sanguin et toujours armé, même sous son aube. Zéca m’a raconté qu’une fois il avait fait cessé une procession pour tirer. Donc un cow-boy curé.
Me voilà ainsi parachuté à Riacho Fundo, Zéca avait demandé à Jacques si j’étais un bandit, mais ce dernier lui avait dit que non non, juste un Suisse qui veut aider un peu à la chapelle, aucun soucis, il a été avec mon père au séminaire, son père a été son ange gardien durant ces années, et puis après il est parti, il a eu une famille, c’est un brave type, il finance la paroisse, mais il a un fils… qui veut venir construire cette chapelle… ? Non parce que personne ne vient jamais à Riacho Fundo sans une sacrée bonne raison, et moi je débarque sans parler la langue, mais en trois semaines à Riacho Fundo, j’ai vite appris parce que je n’avais tout simplement pas le choix, et je pense que j’étais au début d’une phase d’accélération très propice à l’apprentissage et l’adaptation. Zéca et Lia ont direct cru Jacques, je n’étais pas un bandit en cavale mais un type de bonne volonté aux motivations pas très nettes, ...mais de bonne volonté quand-même et de bonne famille. Zeca a souffert de ça, que les gens plus lointains d’Ibiajara parlent de moi ainsi, d’un fugitif. Parce qu’à part que je voulais tout pégar, pour le reste j’ai été nickel à Riacho Fundo, pas un faux pas, et à Riacho Fundo j’allais vite devenir une vedette.
Alors avant de devenir une vedette à Riacho Fundo j’atterris là, avec Jacques et son 4x4. On boit un café, on fume une, Zéca pose des questions, Lia est très gentille, les 3 petits sont curieux. Ensuite Lia et Vera nous servent à manger, et donc à table il y a Jacques, Zéca, Edimar (15 ans), Edison (13 ans). Lia, 65 ans et Vera (8 ans) ont servis et attendent dans la cuisine. Jacques fait un peu des manières parce qu’il veut que les femmes mangent avec nous, mais Zéca voudrait qu’il fasse la bénédiction pour pouvoir commencer à manger, et les deux jeunes attendent aussi la bénédiction. Il a fait des histoires mais là Zéca n’a pas basté, pas question que les femmes mangent avec nous à table ! Les hommes ont besoin de forces alors ils mangent, et s’il reste assez les femmes mangent à leur tour, et puis les femmes n’ont pas à écouter les conversations des hommes. Voilà un concept basique et simple, mais Jacques avait quelques problèmes d’adaptation culturelle. Bon donc on mange bien, et Jacques se barre en 4x4 (la fois suivante que j’ai entendu un moteur tourner c’était 3 semaines plus tard). Oui parce que même la Rural de Zé, on ne l’entendait pas le vendredi, il habitait plus loin que son bar et ne traversait pas le hameau.
Plongé comme ça dans l’environnent, sans vraiment parler la langue, quelques bougies allumées dans la maison, et les phares du 4x4 de Jacques qui disparaissent, les 3 jeunes qui me regardent éberlués : un chevelu avec une boucle d’oreille et un bandana qui ne sait même pas causer ? Un martien.
Non c’était génial, Zéca était super, Lia avait toujours peur que je maigrisse, elle ne voulait pas que ma mère lui fasse des reproches, on a sympathisé direct comme on a pu, c’était chouette et ils m’avaient fait une chambre. J’avais une chambre ! Edimar et Edison s’étaient serrés dans une chambre pour m’en laisser une pour moi, avec un lit ! Draps blancs ! Ils ont été très gentils. La maison de Zéca c’est une maison garanti sans aucun gramme de ciment. Ils ont eu une fille qui a eu Edimar, Edison et Vera, mais leur père est parti et le nouveau mari de leur fille est un noir qui a construit une maison en face de chez Zeca, sur le terrain de Zeca, c’est Zemoï, un brave type. Mais il ne supporte pas d’avoir les enfants de la première alliance de sa femme chez lui, alors il les a expédiés en face, chez leurs grands parents, Zéca et Lia. Lui a fait des petits noirs à la fille de Zéca et Lia, vous suivez ? Donc elle en a deux de plus, très mignonnes et toutes petites, Monica et je ne me souviens plus du nom du bébé, mais noires, ça convenait mieux à Zemoï.
Oufff, je ne sais pas si vous avez suivi, même moi j’ai parfois de la peine à resituer. Alors premier soulagement, une chambre, mais tout de même une inspection à la lampe de poche. Une maison sans un gramme de ciment ça veut dire des volets en bois taillés à la hache, pas de vitre ni de fermeture au toit (entre les murs et les tuiles), donc les bestioles circulent. Mais tout se passe bien jusqu’au lendemain matin 04h45, le coq se met à hurler droit sous ma fenêtre sans vitres. J’ouvre le volet, je le chasse et je me recouche. Au petit matin, Zéca me demande si j’ai bien dormi, je lui dit que oui à part le truc du coq, ...je ne sais pas encore parler alors je mime le cocorico, et puis on rigole et on va bosser à la chapelle. A midi on revient manger, et Zéca me fait signe d’apprécier, c’est le coq qui m’a fait chier ce matin. J’étais entrain de manger ce con de coq. Ah j’étais désolé, je me suis dis qu’avec ces histoires de réveil trop tôt, il a dû sacrifier son coq. Il voit que je suis désolé, mais il me fait comprendre qu’il s’en fiche du coq, il va en trouver un « piu coopérativo ». Donc on rigole et on bouffe le coq de bon cœur.
Bon, à postériori, je trouvais intéressant de situer un peu l’ambiance générale d’un endroit qui se situe aux confins de la civilisation. Plus loin qu’eux, c’est des indiens d’Amazonie, ils n’ont ni carte d’identité, ni retraite fédérale, ils n’existent pas !
Peut-être que j’écrirais un jour ma vie dans ce coin de Brésil, mais ici il ne s’agissait que d’une chronique pour aller le plus loin possible de la civilisation, et je pense que Riacho Fundo c’est le plus loin possible, le village des macumbeiros est plus proche de Paramirin par derrière, et ensuite, en Jeep, Brumado est très rapide par route goudronnée.
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