Issé (44), Loctudy (29) : des abus chez les Frères de St Gabriel par Ptitlu 2022-02-11 11:23:49 |
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Ouest France 10.2.2022
(Remarque : ils n'ont pas fini d'en trouver)
On est quasiment sur les lieux du crime » , souffle Jean-Pierre, à quelques pas de l’école Saint-Louis d’Issé, petite commune au sud de Châteaubriant (Loire-Atlantique) d’à peine 1 900 âmes, à la fin des années soixante. À l’évocation de cette période, le sourire se mue en cicatrice. Autour du sexagénaire, ce jour de février 2022, ils sont une dizaine d’hommes, tous scolarisés entre 1966 et 1968, dans cette école dirigée à l’époque par la congrégation des Frères de Saint-Gabriel. Tous ont subi « les crises de colère », « la violence psychologique » et pour la plupart « les agressions sexuelles » du frère Gabriel – Gabriel Girard de son nom civil. Plus de cinquante ans après les faits, la chappe de plomb se craquelle, les langues se délient.
« On est potentiellement 90 victimes »
Pour Jean-Pierre, c’est la publication du rapport Sauvé, recensant plus de 300 000 victimes d’actes pédocriminels, et le passage à Nantes, en février 2020, de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église (Ciase), qui ont été le déclencheur. « J’y suis allé pour écouter, et finalement, j’ai pris la parole » , dit sobrement l’Isséen. Il a rejoint le collectif 85, constitué de victimes d’abus sexuels en Vendée. Depuis, plusieurs camarades de classe suivent Jean-Pierre dans sa démarche pour obtenir reconnaissance et réparation. « Aujourd’hui, on est une quinzaine à s’exprimer, mais à raison de trente garçons par classe sur trois années, on est potentiellement quatre-vingt-dix victimes » , soutient Gilles.
Le Frère Gabriel « alternait violence et tendresse », « les coups et la matinée passée sur ses genoux ou sous le bureau » , témoignent collégialement les anciens de Saint-Louis. « On avait 8, 10 ans, on était innocent. On se disait, c’est peut-être normal ? »
« Entre 1965 et 1971, principalement à Issé et Loctudy »
Seule femme dans cette assemblée d’hommes, Marie-Aurore est venue de Loctudy (Finistère) pour témoigner. Après ses trois années à Issé, le Frère Gabriel a aussi sévi à l’école mixte Saint-Tudy. Elle raconte des faits similaires. « Il désignait chaque jour un élève chargé de remplir une bassine d’eau. À la récréation, il chopait sa victime. Il se lavait les mains pour ne pas laisser de traces de craie sur les vêtements. » Trois autres victimes de Loctudy se sont manifestées.
À ce jour, vingt-trois personnes se sont signalées auprès de Claude Marsaud, le provincial de la congrégation des Frères de Saint-Gabriel. La congrégation s’attache à retracer le parcours de Gabriel Girard. Selon Claude Marsaud, les faits se seraient déroulés « entre les années 1965 et 1971, principalement à Issé et Loctudy ». Gabriel Girard est mort dans un accident de moto en 1979. Ill avait 56 ans.
La reconnaissance
Avec le collectif 85, Jean-Pierre a créé le groupe frères de Saint-Gabriel (groupe FSG). « L’objectif, c’est chercher et aider les personnes victimes d’abus sexuels au sein de cette congrégation. » L’idée, c’est d’examiner les modalités de mise en œuvre de la reconnaissance et de la réparation avec la commission éponyme CRR.
La victime peut adresser au groupe FSG un témoignage rapportant les faits, les dates, les lieux, l’agresseur.
La réparation
Comment déterminer le préjudice subi ? « La CRR réfléchit à une trame pour évaluer les incidences que les abus subis ont eues sur notre vie affective, sociale, professionnelle, spirituelle, notre santé », avance Christian, du collectif 85.
« La réparation financière existera » , poursuit Christian. Elle peut prendre la forme d’une rente viagère, du financement pour une thérapie, une formation, financer un projet humanitaire ou un livret d’épargne pour les enfants. Ce qui est important, « c’est de donner un sens à la réparation ».
De son côté, le provincial Claude Marsaud dit « travailler avec les victimes sur la reconnaissance, la réparation » . Et quand se posera la question d’une indemnité financière, il avance : « Nous assumerons, en fonction de nos moyens ».
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