Monasphère, le kibboutz catholique ? par Cristo 2022-01-21 16:11:58 |
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alors, tous kibboutznik demain ? qui rime avec refuznik ... Le débat est lancé :
CONTRE :
Lotissement Monasphère: «Vers une américanisation des territoires français ?»
Par Laurent Chalard
Publié hier
Un projet lotissement d'inspiration chrétienne, Monasphère, promet de «contribuer au développement et au déploiement des écosystèmes chrétiens au XXIe siècle».
FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que l'entreprise Monasphère a présenté un projet de lotissement destiné aux familles souhaitant retourner vivre à la campagne, à proximité de sanctuaires chrétiens, le géographe Laurent Chalard s'inquiète d'une rupture avec le modèle républicain français.
Laurent Chalard est géographe et travaille au European Centre for International Affairs.
Selon le quotidien régional La Nouvelle République, dans la petite bourgade rabelaisienne de L'Île-Bouchard en Indre-et-Loire, qui fleure bon la « France Périphérique » avec sa démographie déclinante et son centre-ville à la désertification commerciale avancée, un promoteur, Monasphère, projette de réaliser un lotissement destiné prioritairement à une clientèle catholique - sans être officiellement exclusivement réservé aux chrétiens - ce qui constitue une grande nouveauté en France. En effet, jusqu'ici, notre pays avait échappé à une mode très répandue dans le monde anglo-saxon, où se construisent des quartiers ciblant un public spécifique, souvent sous forme de communautés fermées, avec parfois des règles extrêmement strictes interdisant l'accès à toute personne ne correspondant pas aux critères de sélection. La seule exception, mais loin d'être généralisée, concerne l'émergence de programmes immobiliers réservés aux personnes âgées, à travers le concept des résidences pour seniors du groupe Les Sénioriales, filiale de Pierre & Vacances, qui reste concentrée sur les littoraux balnéaires, terre d'accueil privilégiée de ces populations. En effet, nos aînés, tant qu'ils ne sont pas dépendants, continuent d'apprécier dans leur grande majorité les quartiers mixant les générations.
S'il ne faut pas tirer de conclusions hâtives d'un cas qui sera peut-être sans lendemain s'il ne s'avère couronné de succès, il n'en demeure pas moins qu'il traduit l'influence de plus en plus prégnante au sein des entreprises françaises des modèles de marketing anglo-saxons, qui reposent sur une vision segmentée de la population, conduisant à proposer des offres particulières dédiées à certaines clientèles, y compris dans le domaine du logement. En effet, Outre-Atlantique, habiter avec des personnes vous ressemblant est la norme et fait partie des arguments de vente d'un bien immobilier. Il ne s'agit pas tant de vivre dans un endroit parce qu'il est beau, agréable, animé… Mais, en premier lieu, on privilégie à un degré très poussé le profil de ses voisins, l'objectif étant de ne rencontrer que des personnes semblables. Cette compartimentation territoriale se traduit sur le plan politique par des positionnements de plus en plus irréconciliables sur un grand nombre de sujets de société entre des populations qui ne se côtoient pas et donc ne se parlent pas, partageant des valeurs diamétralement opposées. Le communautarisme tous azimuts finit par détruire la cohésion nationale, l'appartenance à une « tribu » l'emportant sur le partage de valeurs collectives. C'est un des facteurs explicatifs, parmi d'autres, de la profonde division de la société états-unienne, les pro et anti Trump vivant dans des sociétés différentes aux intérêts divergents au sein du même État.
Or, depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017, on constate une américanisation rampante des élites françaises, de nombreux cabinets de conseils anglo-saxons, comme McKinsey, faisant figure d'éminence grise pour des dirigeants généralement peu cultivés et sans idées nouvelles à proposer. Cette situation conduit au développement d'une représentation morcelée de la société française et de ses territoires, dont la quintessence est le modèle de « l'archipellisation » théorisé par le sondeur Jérôme Fourquet. Selon ses promoteurs, il n'existerait plus réellement de communauté nationale, mais un ensemble de micro-communautés aux intérêts divergents et parfois conflictuels, à chacune desquelles il faut adresser un discours marketing ciblé. Cette approche sociétale se décline aussi sur le plan territorial, la France étant désormais considérée comme une mosaïque géographique opposant les centres-villes aux banlieues et à l'espace périurbain ; les métropoles à la France Périphérique ; le rural touristique au rural isolé.
Contribuons à la construction d'une France unie, sur les plans sociétal et territorial, et non désunie, au risque sinon de voir notre identité s'évanouir définitivement entre de multiples communautés s'entre-déchirant, ce qui ne fera que le jeu de nos ennemis.
Cette « archipellisation », qui risque de donner le coup de grâce à une cohésion nationale déjà bien mal en point, ne reflète donc pas la réalité de la société française actuelle, qui conserve un certain nombre de traits identitaires partagés malgré le développement d'une société multiculturelle et l'existence de « territoires perdus de la République ». Il est plutôt le révélateur du modèle de société auquel les élites libérales formatées dans les écoles anglo-saxonnes cherchent à nous faire tendre, montrant leur perte de confiance dans l'histoire et la culture de leur pays, qu'elles maîtrisent si mal ! Or, la logique d'un développement d'un habitat communautariste, tel que le projet de L'Île-Bouchard, s'inscrit pleinement dans cette vision du monde américanisée.
Si la France ne veut pas suivre le destin des États-Unis, où le communautarisme a failli dégénérer en guerre civile, il conviendrait de ne pas copier bêtement les mauvaises idées provenant d'Outre-Atlantique. Notre pays mérite mieux que de singer la société des puissants du moment, ce qui augure mal de l'avenir si la Chine de Xi Jinping finissait par devenir la référence... En conséquence, contribuons à la construction d'une France unie, sur les plans sociétal et territorial, et non désunie, au risque sinon de voir notre identité s'évanouir définitivement entre de multiples communautés s'entre-déchirant, ce qui ne fera que le jeu de nos ennemis.
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/lotissement-monasphere-vers-une-americanisation-des-territoires-francais-20220120
POUR :
Rod Dreher: «Le projet Monasphère permettra aux chrétiens de vivre leur foi et d'en témoigner»
Par Aziliz Le Corre
Publié hier
FIGAROVOX/ENTRETIEN - L'entreprise Monasphère a présenté un projet de lotissement destiné aux familles souhaitant retourner vivre à la campagne, à proximité de sanctuaires chrétiens. Le journaliste et essayiste américain se réjouit de voir émerger ce type de communautés dans un monde qui n'est plus chrétien.
Rod Dreher est un journaliste et écrivain américain, éditorialiste à The American Conservative. Il a publié Comment être chrétien dans un monde qui ne l'est plus: le pari bénédictin (traduit en français aux éd. Artège, 2017) et dernièrement Résister au mensonge, vivre en chrétien dissident (trad. Artège, avril 2021).
FIGAROVOX. – Un projet lotissement d'inspiration chrétienne, Monasphère, promet de « contribuer au développement et au déploiement des écosystèmes chrétiens au XXIe siècle ». Cela semble rejoindre votre « pari bénédictin »... Que vous inspire-t-il ?
Rod DREHER. - Nous vivons actuellement un fait indéniable : l'effondrement de la civilisation chrétienne, un effondrement aussi profond que l'effondrement de l'Empire romain au Ve siècle. Jusqu'alors, la plupart des chrétiens ont été complaisants face à ce désastre. Peut-être ne comprenaient-ils pas ce qu'il se passait ?
Dans mon livre Le pari bénédictin, je prends l'exemple des premiers moines bénédictins, qui ont conçu une stratégie pour vivre fidèlement et avec résilience au milieu du chaos de l'Europe post-romaine. Que nous conseillerait un saint Benoît du XXIe siècle ? Comment pouvons-nous, chrétiens laïcs - et pas seulement catholiques - créer un habitus dans lequel nous pouvons vivre en chrétiens fidèles, en approfondissant notre propre conversion, en transmettant la foi à nos enfants et en nous rendant assez forts pour témoigner du Christ dans un monde qui lui est hostile ? Il n'y a pas qu'une seule réponse, mais celle des chrétiens et de l'Église catholique depuis 60 ans n'est pas la bonne.
Quels peuvent être les fruits d'un tel projet, selon vous ?
L'équipe de Monasphère essaie de permettre aux familles catholiques de vivre concrètement l'option bénédictine. Personnellement, je suis douée pour comprendre les idées, y adhérer, mais moins pour les mettre en œuvre. Si le projet Monasphère fonctionne, alors les familles catholiques trouveront des moyens de vivre leur foi en communauté, tout en étant ancrées dans le monde. Le projet Monasphère n'entend pas faire de nous des moines. Il veut permettre à des familles de transmettre leur foi à leurs enfants, tout en étant une lumière dans ce monde sombre et froid.
Certains ont accusé le projet de participer à la partition du territoire français. Comprenez-vous cette inquiétude ?
Oui, je comprends cette inquiétude, qui est propre à la culture républicaine française. Mais cette façon appartient à une époque révolue. Dans notre monde post-chrétien, les croyants ont besoin de communautés fortes de fidèles, pour ne pas subir la culture matérialiste et laïque. Aux États-Unis, nous subissons le même processus de sécularisation que l'Europe a emprunté depuis plusieurs générations déjà. Les chrétiens eux-mêmes ne connaissent pas grand-chose à leur foi. Savez-vous qu'aux États-Unis, une majorité de catholiques ne croient pas en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie ? C'est un scandale total. L'Église post-Vatican II - à la fois l'institution et les familles catholiques - a lamentablement échoué à transmettre la foi aux jeunes. En Amérique, nous acceptons que des citoyens fassent le choix de vivre au sein de communautés particulières fortes, tout en participant à la vie de la Cité. Je ne comprends pas pourquoi certains Français - en particulier les Français catholiques - ont si peur des chrétiens qui veulent simplement vivre ensemble en tant que chrétiens.
Nous devons faire de nos familles et de nos communautés des icônes du Christ. Ceux qui ne croient pas doivent se demander quel est le secret de notre vie heureuse, stable et saine
Rod Dreher
Lorsque je suis venu en France pour la première fois, promouvoir le livre Le pari bénédictin, j'ai remarqué que les catholiques de plus de 50 ans ne comprenaient pas de quoi je parlais et y étaient par réflexe hostiles. Ce n'était pas le cas des plus jeunes. Qu'est-ce qui explique cette différence ? Je crois que les plus âgés ont grandi dans une France post-chrétienne, dans laquelle les idées chrétiennes constituaient encore une part significative du paysage intellectuel et culturel. Il y avait donc un décalage entre l'ancrage culturel du christianisme et la perte de vitesse de la pratique religieuse. Les jeunes catholiques, eux, n'ont connu que le monde d'après. Ils aspirent donc simplement à pouvoir vivre conformément à leur foi et à la transmettre. Contrairement à leurs aînés, ils ne considèrent pas la foi comme une série de propositions intellectuelles, mais comme un mode de vie.
N'est-ce pas pourtant contraire à la vocation des chrétiens ? Ceux-ci ne devraient-ils pas plutôt vivre au milieu du monde plutôt que dans des communautés ?
Il ne fait aucun doute que les chrétiens doivent évangéliser et apporter la foi au monde. Mais nous ne pouvons pas donner au monde ce que nous n'avons pas ! Aux États-Unis, la connaissance et la pratique de la foi chrétienne, catholique comme protestante, sont très minces et superficielles. Comme l'explique le célèbre sociologue catholique des religions, Christian Smith, pour nombre de jeunes adultes américains, le sens de la vie se trouve dans la liberté de jouir de ses loisirs, dans la quête du bonheur et de la richesse. Les jeunes chrétiens n'y échappent pas. Si nous continuons à vivre ainsi, la foi mourra. Cela ne fait aucun doute. Dans la Rome du IVe siècle, la dernière génération païenne n'a pas reconnu le danger dans lequel elle se trouvait ; ils croyaient que Rome continuerait d'être païenne, parce qu'elle avait toujours été païenne. Ils avaient fatalement tort. Nous, chrétiens, risquons de connaître le même sort.
Si nous voulons échapper à cette disparition annoncée, nous devons assumer de vivre conformément à notre foi pour en témoigner. Nous devons faire de nos familles et de nos communautés des icônes du Christ. Ceux qui ne croient pas doivent se demander quel est le secret de notre vie heureuse, stable et saine. C'est le modèle des monastères bénédictins ! Les moines ont établi des oasis d'ordre dans le désert du chaos barbare. Les paysans se sont déplacés pour vivre autour de ces monastères, en partie parce que les moines étaient un signe de paix, de lumière et de stabilité. L'option bénédictine peut être comprise comme une forme d'évangélisation pour le XXIe siècle. Il ne suffit pas de dire aux gens pourquoi ils devraient être chrétiens : nous devons leur montrer ce que signifie être chrétien. C'est le sens du projet Monasphère !
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/rod-dreher-le-projet-monasphere-permettra-aux-chretiens-de-vivre-leur-foi-et-d-en-temoigner-20220120
Pour rappel, dans la même veine :
https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=938842
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