Précieux Sang : lettre "Inde a primis" (30 juin 1960) par Alexandre 2021-06-30 23:37:31 |
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Le Précieux Sang,
par Guillaume Courtois dit Il Borgognone
(Rome, Palazzo Braschi)
LETTRE APOSTOLIQUE INDE A PRIMIS
de S. S. le Pape Jean XXIII
aux vénérables frères patriarches, primats,
archevêques, évêques et autres ordinaires locaux
en paix et communion avec le Siège apostolique
pour promouvoir la dévotion au Très Précieux Sang
(La Documentation Catholique,
tome 57, n° 1333 [7 août 1960], colonnes 929 à 933.
Traduction de la D. C. d’après le texte latin
de l’Osservatore Romano du 2 juillet 1960)
Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique.
Maintes fois, depuis les premiers mois de notre ministère pontifical – et souvent notre voix se fit l’interprète soucieuse et simple de nos pressentiments, – il Nous est arrivé d’inviter les fidèles, en matière de dévotion vivante et quotidienne, à considérer avec une ardente ferveur la merveilleuse manifestation divine de la miséricorde du Seigneur sur chaque âme, sur sa sainte Église et sur le monde entier, dont Jésus reste le Rédempteur et le Sauveur, et particulièrement dans la vénération de son Très Précieux Sang.
Cette dévotion Nous a été inculquée au sein même du foyer familial où s’épanouit notre enfance, et c’est avec une vive émotion que Nous Nous souvenons encore des litanies du Très Précieux Sang que nos vieux parents récitaient chaque jour, durant le mois de juillet.
Nous rappelant la salutaire exhortation de l’Apôtre : « Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau dont l’Esprit-Saint vous a constitués les intendants, pour paître l’Église de Dieu acquise par lui au prix de son propre sang » (Act., XX, 28), Nous croyons, vénérables frères, que parmi les principales et particulières sollicitudes de Notre ministère pastoral, après la vigilance sur la saine doctrine, une place privilégiée doit être réservée à ce qui concerne le bon développement et l’accroissement de la piété religieuse, dans les manifestations du culte liturgique et privé. Il Nous semble donc particulièrement opportun d’attirer l’attention de nos chers fils sur le lien indissoluble qui doit unir aux deux dévotions, déjà si répandues au sein du peuple chrétien, c’est-à-dire à la dévotion du Très Saint Nom de Jésus et à son Très Sacré Cœur, celle qui a, pour but d’honorer le Très Précieux sang du Verbe incarné, « répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Matth., XXVI, 28.)
Si, en effet, il est d’une souveraine importance que règne entre le Credo catholique et l’action liturgique de l’Église une salutaire harmonie, afin que la loi du Credo détermine la loi de la prière : « Lex credendi legem statuat supplicandi » [« Que la loi de la foi détermine la loi de la prière »] (cf. Enc. Mediator Dei, A. A. S. XXXIX, a. 1947, p . 540 [cf. D. C., n° 1010 du 15 février 1948, col. 209]) et que ne soient jamais autorisées des formes de culte ne jaillissant pas des sources très pures de la vraie foi, il est juste également que se développe pareille harmonie entre les différentes dévotions, de manière qu’il n’existe pas de désaccord ni de dissonance entre celles qui sont estimées comme fondamentales et des plus sanctifiantes, et que, en même temps, la primauté sur les dévotions personnelles et secondaires soit donnée à celles qui réalisent le mieux l’économie du salut éternel de tous, opéré par « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ, homme lui-même, qui s’est livré lui-même en rançon pour tous » (I Tim., II, 5-6). En vivant dans cette atmosphère de vraie foi et de saine piété, où ils puisent leurs élans, et leur discipline, les croyants sont sûrs de « sentire cum Ecclesia » [« sentir avec l’Église »], c’est-à-dire de vivre en communion de prière et de charité avec Jésus-Christ, fondateur et souverain Prêtre de la sublime religion qui tient de lui son nom, sa dignité et sa valeur.
Si, à présent, nous jetons un rapide coup d’œil sur les admirables progrès accomplis par l’Église catholique dans le domaine de la piété liturgique – dans une salutaire harmonie avec le développement de sa foi dans la pénétration des vérités divines, – il est indubitablement consolant de constater que, au cours des siècles les plus rapprochés de nous, nombreux et clairs furent les encouragements et approbations émanés du Saint-Siège concernant ces trois dévotions mentionnées plus haut ; dévotions qui furent la pratique de la vie chrétienne dès le Moyen Age pour un grand nombre d’âmes pieuses et furent ensuite diffusées dans différents diocèses, ordres et congrégations religieux, mais qui attendaient de la Chaire de Pierre le sceau de l’orthodoxie et l’approbation pour l’Église universelle.
Qu’il Nous suffise de rappeler que Nos Prédécesseurs ont, depuis le XVIe siècle, enrichi de faveurs spirituelles la dévotion au Très Saint Nom de Jésus, dont saint Bernardin de Sienne s’était fait, en Italie, au siècle précédent, un infatigable apôtre. En l’honneur de ce Très Saint Nom, furent tout d’abord approuvés l’office et la messe, puis les litanies (cf A. S. S., XVII, a. 1886, p. 509). Non moins insignes ont été les privilèges accordés par les Pontifes romains au culte envers le Très Sacré Cœur de Jésus, pour la propagande duquel et son parfait établissement ont tant fait les révélations du Sacré Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque (cf. Office du Très Sacré Cœur de Jésus, II Noct., leçon V). L’estime des Souverains Pontifes pour cette dévotion fut si haute et si unanime, qu’ils se plurent à en illustrer la nature, à en défendre la légitimité, à en inculquer la pratique en de nombreux actes officiels, couronnés par trois importantes encycliques sur ce sujet (Lettre encyclique Annum sacrum : Acta Leonis XIII, a. 1899, vol. XIX, p. 71 et s. ; lettre encyclique Miserentissimus Redemptor : A. A. S., a. 1928, vol. XX, p. 165 et s. [cf. D. C., n. 429 du 26 mai 1928, col. 1283] ; lettre encyclique Haurietis aquas : A. A. S., a. 1956, vol. XLVIII, p. 309 et s. [cf. D. C., n. 1227 du 10 juin 1956, col. 709]).
Cependant, elle aussi, la dévotion au Très Précieux Sang, dont le prêtre romain saint Gaspard Del Bufalo fut, au siècle dernier, un admirable propagateur, a eu, comme de raison, l’approbation et la faveur de ce Siège apostolique. Pour preuve, il suffit de rappeler que, par ordre de Benoît XIV, ont été composés la messe et l’office en l’honneur du Sang adorable du divin Sauveur, et que Pie IX, en accomplissement d’un vœu fait à Gaète, voulut que la fête liturgique en fût étendue à l’Église universelle (décret Redempti sumus, 10 août 1849 : cf. arch. Sacrée Congrégation des Rites, Decret., a. 1848-1849, fol. 209). Ce fut enfin Pie XI, d’heureuse mémoire, qui, à l’occasion du XIXe centenaire de la Rédemption, éleva ladite fête liturgique au rang de double de première classe, afin que, grâce à cet accroissement de solennité liturgique, la dévotion elle-même devînt plus intense et que les fruits du sang rédempteur fussent plus abondants pour les hommes.
Suivant donc l’exemple de Nos Prédécesseurs, en vue de favoriser ultérieurement le culte envers le Précieux Sang de l’Agneau sans tache, Jésus-Christ, Nous avons approuvé les litanies, composées selon les instructions de la Sacrée Congrégation des Rites (cf. A. A. S., a. 1960, vol. LII, p. 412-413 [cf. D. C., n. 1331 du 3 juillet 1960. col. 827. Voir également errata, dans le présent numéro, col. 934]), en encourageant en outre la récitation dans le monde catholique tout entier, aussi bien en privé qu’en public, enrichie d’indulgences spéciales (Décret de la Sacrée Pénitencerie apostolique du 3 mars 1960 (cf. A. A. S., a. 1960, vol. LII, p. 420).
Puisse ce nouvel acte de la « sollicitude de toutes les Églises » (cf. I Cor., XI, 28), propre au Souverain Pontificat, à l’heure où les besoins spirituels sont plus graves et plus urgents, éveiller dans l’âme de tous les croyants la conviction de la valeur éternelle, surnaturelle, extrêmement pratique des trois dévotions recommandées plus haut.
C’est pourquoi à l’approche de la fête et du mois consacrés au culte du sang du Christ, prix de notre rachat, gage de salut et de vie éternelle, que les fidèles en fassent l’objet de plus dévotes méditations et reçoivent plus fréquemment 1e sacrement de l’Eucharistie pour en goûter les fruits de salut. Éclairés par les salutaires enseignements qui se dégagent des livres sacrés et de la doctrine des Pères et des Docteurs de l’Église, qu’ils méditent sur la valeur surabondante, infinie de ce Sang, vraiment très précieux, « dont une seule goutte peut purifier le monde entier de toute faute » ainsi que le chante l’Église avec le Docteur angélique (hymn. Adoro te, devote) et ainsi que l’a sagement confirmé Notre Prédécesseur Clément VI (Bulle Unigenitus Dei Filius, 25 janvier 1343 : Denz. R. 550).
Car si la valeur du Sang du Christ, Homme et Dieu, est infinie, et si infinie a été la charité qui le poussa à le répandre dès le huitième jour après sa naissance dans la Circoncision, puis, avec abondance « dans l’agonie » et sa longue prière du Jardin de Gethsémani (Luc, XXII, 43), dans la flagellation et le couronnement d’épines, dans la montée au Calvaire et dans la crucifixion et, enfin, de la large blessure ouverte à son côté, comme symbole du Sang divin qui se répand dans tous les sacrements de l’Église, il est non seulement convenable, mais souverainement juste que lui soient attribués des hommages d’adoration et d’affectueuse reconnaissance de la part de toutes les âmes régénérées dans ses flots salutaires.
Il est, par ailleurs, on ne peut plus convenable et salutaire qu’au culte de latrie, à rendre au calice du Sang du Nouveau et éternel Testament, surtout au moment de son élévation durant le sacrifice de la messe, vienne s’ajouter la communion avec ce même Sang que nous recevons indissolublement uni au Corps du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie. En union, alors, avec le prêtre célébrant, les fidèles pourront en toute vérité répéter mentalement les paroles qu’il prononce au moment de la communion : « Calicem salutaris accipiam et nomen Domini invocabo.... Sanguis Domini Nostri Iesu Christi custodiat animam meam in vitam æternam. Amen. » [« Je recevrai le Calice du salut et j’invoquerai le Nom du Seigneur… Que le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ garde mon âme pour la vie éternelle. Amen. »]. De cette manière, les fidèles, qui s’en approcheront dignement, recevront de plus abondants fruits de rédemption, de résurrection et de vie éternelle, que le Sang répandu par le Christ, « sous l’impulsion de l’Esprit- Saint » (Hébr., IX, 14), a mérités à tout le genre humain. Nourris du Corps et du Sang du Christ, participant à sa vertu divine qui a fait surgir des légions de martyrs, ils affronteront les luttes quotidiennes, les sacrifices, jusqu’au martyre s’il le faut, pour la défense de la vertu chrétienne et du royaume de Dieu, éprouvant en eux-mêmes cette ardente charité qui inspirait ce cri à saint Jean Chrysostome : « Partons de cette Table comme des lions respirant des flammes – devenus terribles pour le démon, – en pensant qu’il est notre Chef et à l’immense amour qu’il a eu pour nous... Ce Sang, s’il est dignement reçu, éloigne les démons, appelle auprès de nous les anges et le Seigneur des anges lui-même... Ce Sang versé purifie le monde entier... C’est le prix de l’univers, c’est par lui que le Christ rachète l’Église… Une telle pensée devrait réfréner nos passions. Jusques à quand en effet, resterons-nous attachés au monde présent ? Jusques à quand demeurerons-nous inertes ? Jusques à quand, négligerons-nous de penser à notre salut ? Réfléchissons sur les biens que le Seigneur a daigné nous accorder, soyons-en reconnaissants, glorifions-le, non seulement par la foi, mais encore par les œuvres. » (In Ioan. Homil., XLVI : Migne, P. G., LIX, 260-261).
Oh ! si les chrétiens réfléchissaient plus souvent au paternel avertissement du premier Pape : « Vivez avec crainte durant le temps de votre pèlerinage : sachant bien que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que avez été affranchis, mais par un Sang précieux, comme d’un agneau sans tache, le Christ. » (I Pierre, I, 18). Oh ! si les chrétiens s’empressaient davantage d’écouter l’exhortation de l’Apôtre aux Gentils : « Vous avez été bel et bien achetés. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. » (I Cor., VI, 20). Si tous agissent ainsi, plus seront dignes et édifiantes leurs mœurs qui doivent être un exemple manifeste pour les autres, et plus salutaire et efficace pour l’humanité tout entière sera l’exercice du ministère de l’Église du Christ dans le monde. Et si tous les hommes étaient dociles aux invitations de la grâce de Dieu qui a voulu les sauver tous (cf. I Tim., II, 4), car il a voulu que tous fussent rachetés par le Sang de son Fils unique, et il les appelle tous à être membres d’un seul Corps mystique, dont le Christ est le Chef, combien plus fraternels deviendraient les rapports entre les individus, les peuples, les nations ; combien plus pacifique, plus digne de Dieu et de la nature humaine créée à l’image et à la ressemblance du Très-Haut (cf. Gen., I, 26), deviendrait la vie sociale !
C’est à la contemplation de cette sublime vocation que saint Paul invitait les fidèles issus du peuple hébreu, tentés de penser avec nostalgie au passé de l’Ancien Testament qui avait été seulement une pâle figure et le prélude de la Nouvelle Alliance : « Vous vous êtes approchés de la Montagne de Sion et de la Cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, des myriades d’anges, réunion de fête, et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits, de Jésus le médiateur d’une alliance nouvelle et d’un sang purificateur plus éloquent que celui d’Abel. » (Hébr., XII, 22-24.)
Nous avons pleinement confiance, vénérables frères, que Nos paternelles exhortations, que vous ferez connaître de la manière qui vous semblera la plus opportune au clergé et aux fidèles confiés à vos soins, seront mises salutairement en pratique non seulement volontiers, mais encore avec un zèle fervent. Comme souhait des grâces célestes et en gage de Notre particulière bienveillance, Nous vous donnons avec effusion du cœur la Bénédiction apostolique à chacun d’entre vous et à tous vos troupeaux, spécialement à ceux qui répondront généreusement et pleinement à Notre invitation.
Donné à Rome, auprès de saint Pierre, le 30 juin 1960, vigile de la fête du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la seconde année de Notre Pontificat.
JEAN XXIII, pape.
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