Poursuite de la mutation de l'Eglise : quelques éléments de réflexion. par Scrutator Sapientiæ 2020-11-15 16:50:22 |
|
Imprimer |
Bonjour Goupillon,
Compte tenu de certaines réactions épiscopales françaises des plus récentes, placées sous le signe du partenariat asymétrique, oh pardon : du dialogue, notamment avec l'Etat et avec l'islam, quelques éléments de réflexion, parmi d'autres, peuvent peut-être donner lieu à une prise en compte.
Premièrement, il apparaît vraiment, encore plus depuis 2019 que depuis 2013, que nous sommes en présence de la poursuite de la mutation de l'Eglise catholique, plus ou moins en phase avec la conception post-montinienne OFFICIELLE de l'esprit du Concile et avec la conception post-wojtylienne OFFICIELLE de l'esprit d'Assise, et non en présence de l'aggravation d'une "crise de l'Eglise" qui serait passagère au point de ne pas rendre impossible une "restauration", à long terme.
En tout cas, il se confirme vraiment que la composante de la hiérarchie qui s'est installée puis qui est restée, au sein et à la tête de l'institution, est toujours partisane et promotrice de tout un état d'esprit, non conversif, mais inclusif, qui est particulièrement propice à son "aplatissement" ad extra, hier "conciliaire", et aujourd'hui "évangélique", non en contradiction, mais en conformité avec l'état d'esprit qui émane d'au moins quatre documents du Concile.
Et il devient vraiment urgent d'en tirer les conclusions qui s'imposent, sur la plus que probable impossibilité de prendre appui sur ces quatre documents, mais aussi sur une assez grande partie du Magistère et de la pastorale ad extra, épiscopale et pontificale, qui en découlent, depuis le milieu des années 1960, pour aller davantage en direction d'un état d'esprit plus "contrariant", mais aussi plus convaincant, à destination de l'extérieur de l'Eglise catholique.
Deuxièmement, il est proprement énorme, en un sens, que des fidèles adressent la demande suivante : "Rendez-nous la messe !" à des représentants de l'Etat, alors qu'ils ont bien des raisons, depuis 1969, d'adresser la même demande aux représentant de l'Eglise catholique que sont les évêques, compte tenu de ce qu'est devenue la messe (pour certains en conformité, pour d'autres en contradiction avec la réforme montinienne, mais ce n'est pas la question ici).
Troisièmement, certains considèrent que l'attitude actuelle de l'Etat, au préjudice de l'Eglise qui est en France, constitue une "injustice", dans le contexte de la gestion, par l'Etat, de la pandémie.
Mais de quand date la dernière manifestation de résistance de grande ampleur de "l'Eglise qui est en France" face à l'Etat, sinon de l'année 1984 ? Pourquoi donc l'Etat, que ce soit à juste titre ou non, sur le plan sanitaire, se gênerait-il, puisqu'il a en face de lui, depuis l'année 1985, un épiscopat français qui, bien souvent, dans bien des cas, n'est "ni pour, ni contre, bien au contraire", face à telle conception dominante, centriste, libérale ou socialiste, de l'intérêt général, des droits de l'homme, de l'individu contemporain, du consensus culturel et sociétal et des "valeurs" ?
Quatrièmement, qui ne voit que la culture du refus de tout rapport de force, au sein de l'Eglise, mais aussi entre l'Eglise et son environnement extérieur, conduit tout droit à une impasse ?
Or, il se trouve que cette culture est celle de presque tous les clercs qui recourent, et qui incitent à recourir, à l'idéologie ou à la phraséologie du "dialogue", de "l'inclusion", du "renouveau" et de "l'unité", depuis le milieu des années 1960, cette phraséologie étant bien plus conforme que contraire aux "éléments de langage" qui figurent dans Dignitatis humanae, Gaudium et spes, Nostra aetate et Unitatis redintegratio (même s'il n'est évidemment pas question ici de prendre appui sur "UR" pour expliquer le comportement de bien des évêques, face à l'Etat et face à l'islam) ?
D'où la question : quand les évêques vont-ils enfin s'affranchir, se déprendre, ouvertement et en plénitude, de ces quatre "points cardinaux" : DH, GS, NA, UR, alors qu'il crève littéralement les yeux que c'est notamment à cause des mêmes "points cardinaux" qu'ils sont très souvent en mesure de préférer le consensus et le dialogue qui arrangent à l'annonce et à la vérité qui dérangent, même quand la pratique du consensus et du dialogue aboutissent à de la soumission ?
Réponse : nous sommes probablement depuis longtemps en présence de clercs qui, le moment venu, préféreront "fermer boutique" (ce qui passera par la suppression, dans les faits, de bien des diocèses), au lieu de remettre en cause le logiciel magistériel et relationnel qui est à l'origine d'une mutation presque mortifère, ou quasiment suicidaire, le fait nouveau étant que cette préférence implicite se manifeste de plus en plus, d'où bien des fermetures de séminaires.
Il ne s'agit pas ici de tous les évêques français, mais de tous ceux qui laisseront à leur successeur le soin de prendre telle décision, courageuse et douloureuse, de quasi "liquidation judiciaire".
Je vous remercie pour votre bienveillance et votre compréhension, au contact de ces quelques éléments de réflexion, dont la réunion a été suscitée par le fait que, depuis quelques semaines, mois ou années, de plus en plus de catholiques, dont certains sont sans doute nés après 1978, se disent déçus, gênés, peinés ou surpris par l'ampleur et la portée de la soumission des évêques français à une espèce de "devoir" de fadeur, de grisaille, de mollesse ou de tiédeur, en l'occurrence en direction du monde contemporain et des religions non chrétiennes.
Eh bien, que ces catholiques se cultivent en profondeur sur les origines philosophiques et théologiques ante-conciliaires, sur les composantes intra-conciliaires, et sur les conséquences doctrinales et pastorales post-conciliaires, et ils comprendront dans quelle mesure ce qu'il est convenu d'appeler la "crise de l'Eglise" continue à se déployer aujourd'hui, bien plus en conformité qu'en contradiction avec l'état d'esprit que le "logiciel officiel" a souvent permis, ou plutôt prescrit, non seulement aux évêques, mais aussi aux fidèles.
Bon dimanche.
Scrutator.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|