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Coatlaxopeuh
par Abbé Néri 2019-12-18 18:31:42
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C’est le nom que la Très Sainte Vierge Marie s’est donné en nahuatl à l’oncle de Juan Diego, Juan Bernardino, selon le récit du Nican Mopohua (1), et que les espagnols ont rendu en Guadalupe.

En effet dans la langue aztèque ce nom qu’on écrirait « Coatlaxopeuh » et que signifie : « Celle qui écrase le serpent », se prononce « qualasupe », soit quelque chose de très proche de Guadalupe.

Ainsi, d’une manière tout à fait étonnante ce nom avec lequel la Très Sainte Vierge s’est présentée au Mexique fait allusion à sa « Co-rédemption » dont bien mal à propos François a voulu se démarquer.

Nous avons dans ce nom une réminiscence de la prophétie de la Genèse :

« Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. » (3 ;15)

Une guerre est déclarée entre la femme et le Serpent, mais pas seulement elle, toute sa descendance sera en guerre contre celle du Serpent. Mais une lueur d’espoir est donnée à l’humanité, d’où l’appellation de ce passage « le Proto-évangile ». C’est la première annonce d’une future rédemption en la personne du Messie.

La traduction grecque des Septante a très justement traduit par un pronom masculin, attribuant ainsi cette victoire, non à la descendance de la femme, mais à un individu en particulier. C’est ainsi qu’est amorcé l’interprétation messianique dans l’ancienne tradition juive.

Beaucoup des Pères de L’Église ont d’ailleurs repris et commenté dans ce sens.

Dans cette traduction, on y place le « lignage » victorieux de la femme dans une forme personnelle. « Autos », qui veut dire « il », écrasera la tête du serpent. « Autos » étant un pronom masculin pour le substantif neutre « tò sperma » (le lignage).

« Il » est ici une personne concrète et non pas simplement l’humanité en général comme le laisse entendre les traductions utilisant un pronom pluriel.

« IL » est le messie Yeshoua, qui écrasera la tête du serpent sur le mont Golgotha.

Ce passage nous parle de l’incarnation du Messie, qui doit venir en chair par une femme, issu de la postérité d’Eve, la mère de tous les vivants.

Il nous annonce une blessure au talon, annonce de la crucifixion.

Le Nouveau Testament, à plusieurs reprises reprend cette idée et affirme l’accomplissement dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ, né d’une femme, d’une jeune vierge (Es 7.14 ; Gal 4.4) et qui anéantira le pouvoir de l’ennemi (Romains 5.8-21 ; Colossiens 2.13-15).

Cette relation serpent/messie est reprise dans l’épisode du serpent d’airain (Nombre ch.21) et ensuite par saint Jean dans son évangile :

« Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3.15)

Le salut, la guérison sont accomplis par le Messie lorsqu’il est élevé sur la croix, prenant ainsi la malédiction prononcé au serpent dans le jardin d’Éden.

Dans la Vulgate, traduction latine de la Bible datant du IVème et que l’on doit à St Jérôme, on met davantage l’emphase sur l’aspect marial. On peut y lire « Ipsa conteret caput tuum », ce qui signifie « Elle t’écrasera la tête ».

On voit alors comment dans ce cas-ci, le rôle de la Vierge Marie est davantage mis en avant, car elle représente la nouvelle Ève qui écrase le serpent.

Et, ceci a une grande importance dans le développement de la théologie Mariale puisque le parallèle Eve-Marie remonte à la plus haute antiquité chrétienne.

Déjà Saint Justin, au milieu du 2ème siècle, oppose à Eve incrédule et insoumise, qui enfante la désobéissance et la mort, Marie, croyante et obéissante, Mère de celui qui délivre de la mort et du péché.

Ce parallèle entre Eve et Marie sera reproduit par les principaux Pères de l’Eglise.

Saint Irénée par exemple dit ;

« Comme Eve fut, par sa désobéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de mort, ainsi Marie fut, par son obéissance, pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de salut (…)
Ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie le délia par sa foi (…)
De même que le genre humain a été voué à la mort par une vierge, c’est par une Vierge qu’il est sauvé. » (Contre les hérésies, III, 22, 4)

Sans s’arrêter à beaucoup d’autres témoignages patristiques on peut effectuer un bond dans le temps jusqu’à saint Bernard qui en fait un magnifique exposé ;

« Réjouis-toi, Adam, notre père, et toi surtout, Eve, notre mère. Vous avez été à la fois nos parents à tous et nos meurtriers, et, ce qui est plus grave, nos meurtriers avant même d'être nos parents.

Une de vos filles – et quelle fille ! – vous consolera, toi surtout qui fus la cause première de tout le mal et dont l'opprobre a rejailli sur toutes les femmes.

Le temps est venu où cet opprobre sera levé et où l'homme n'aura plus de reproches à faire à la femme, comme ce jour où, pour se trouver à lui-même de mauvaises excuses, il l'accusa cruellement et dit à Dieu : Cette femme que tu m'avais donnée m'a présenté du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé (Gn,3,12).

Viens donc, Eve, cours auprès de Marie. Que la mère recoure à sa fille, que la fille réponde pour sa mère et efface sa faute, qu'elle réconcilie la mère avec son père.

Car si l'homme jadis tomba par la femme, il ne peut être relevé maintenant que par la femme.

Que disait donc Adam ? Cette femme que tu m'avais donnée m'a présenté du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. C'étaient de vilaines paroles, qui aggravaient sa faute au lieu de l'effacer.
Mais la divine Sagesse a triomphé de tant de malice : cette occasion de pardonner que Dieu avait vainement tenté de faire naître en interrogeant Adam, il la trouve maintenant dans le trésor de son inépuisable bonté.

A la première femme, il substitue une autre femme, sage quand la première était folle, humble autant qu'elle était orgueilleuse.

Au lieu du fruit de mort, elle présente à l'homme le pain de vie et remplace l'amer poison par la douceur d'un aliment éternel.

Adam devra donc changer son injuste accusation en expression de gratitude et dire :

"Seigneur, cette femme que tu m'avais donnée m'a présenté le fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé ; sa saveur m'a été plus délicieuse que le miel, parce qu'en lui tu m'as vivifié".

Voilà donc pourquoi l'ange fut envoyé à la Vierge admirable, digne de tous les honneurs, à la femme qu'il faut vénérer infiniment entre toutes les femmes, parce qu'en réparant la faute des parents elle rend la vie à toute leur descendance. (Homélies sur le « Missus Est » - 2ème n.3)

Et, remontant plus loin un génie de la langue française joint sa voix pour témoigner de la piété populaire à ce rôle magnifique de la Très Sainte Vierge Marie. Il s’agit de Pierre Corneille :

"Homme, qui que tu sois, regarde Ève et Marie,
Et comparant ta Mère à celle du Sauveur,
Vois laquelle des deux en est le plus chérie,
Et du Père Éternel gagne mieux la faveur.

L’une a toute sa race au démon asservie,
L’autre rompt l’esclavage où furent ses aïeux ;
Par l’une vient la mort et par l’autre la vie,
L’une ouvre les enfers et l’autre ouvre les cieux.

Cette Ève cependant, qui nous engage aux flammes,
Au point qu’elle est formée sans corruption
Et la Vierge « bénie entre toutes les femmes »
Serait-elle moins pure en sa conception ?

Non, non, n’en croyez rien, et tous tant que nous sommes
Publions le contraire à toute heure, en tout lieu :
Ce que Dieu donne bien à la Mère des hommes,
Ne le refusons pas à la Mère de Dieu."

On peut d’ailleurs voir sur plusieurs tableaux ou statue de la Vierge, celle-ci écrasant la tête du serpent. Ce n’est plus, dans ce cas le Messie qui écrasera la tête du serpent mais belle et bien la Vierge Marie.

En fait, Dieu a voulu associer sa Très Sainte Mère à l’œuvre de notre Rédemption en la rendant victorieuse avec Lui de l’antique serpent.

Dans sa première encyclique Jean-Paul II met au centre de sa réflexion le mystère de la Rédemption et il signale clairement le rôle unique dans ce mystère de la Très sainte Vierge Marie :

« Si en effet, dans cette période difficile et capitale de l'histoire de l'Eglise et de l'humanité, nous ressentons un besoin particulier de nous tourner vers le Christ, qui est le Seigneur de son Eglise et le Seigneur de l'histoire humaine en vertu du mystère de la Rédemption, nous croyons que personne d'autre ne peut nous introduire comme le fait Marie dans la dimension divine et humaine de ce mystère.

Personne n'y a été introduit comme Marie par Dieu lui-même.

C'est en cela que consiste le caractère exceptionnel de la grâce de la maternité divine. Ce n'est pas seulement la dignité de cette maternité qui est unique et absolument singulière dans l'histoire du genre humain, mais ce qui est unique aussi par sa profondeur et l'amplitude de son action, c'est la participation de Marie, en raison de cette même maternité, au dessein divin du salut de l'homme, à travers le mystère de la Rédemption. » (Redemptor Hominis – 22)


(1) Le Nican Mopohua est le document principal et originel relatant les apparitions de la Vierge Marie à Tepeyac, les 9, 10 et 12 décembre 1531. Il a été rédigé au 16ème siècle en nahuatl (langue de Juan Diego et langue dans laquelle la Vierge Marie s'adressa au voyant) par Don Antonio Valeriano, publié par Luis Lasso de la Vega en 1649 et traduit en espagnol par Feliciano Velazquez en 1926.


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