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Tout le monde par Béotien 2018-06-14 11:57:52 Imprimer Imprimer

sur ce forum s’accorde pour dire que la qualité des cantiques en langue française dans les messes VOM autant que dans les messes NOM laisse plutôt à désirer. Côté NOM, le renouvellement générationnel des «animateurs de chants» a certes permis un semblant de renouvellement du répertoire en paroisse : grosso modo, les chants à guitare et textes sociaux des années 1970 ont été en bien des lieux remplacés par ceux diffusés par la communauté de l’Emmanuel, plus spirituels, mais dont les mélodies ne sont pas très inspirées, loin de là ; un chant comme Tu fais ta demeure en nous Seigneur est lugubre, voire sinistre, tandis que certains ordinaires en latin sont «habillés» d’une mélodie qui ne respecte même pas l’accentuation : du rythme, toujours du rythme ! Surtout, imbibés de sentimentalisme (l’influence évangéliste est en outre évidente sinon perceptible), les cantiques de l'Emmanuel et autres communautés nouvelles, déjà faibles musicalement, se caractérisent par leur indigence sur le plan liturgique.

D’abord, le drame du nouvel ordo est qu’il demeure largement ignoré : les antiennes d’entrée et celles de communion en français n’ont jamais été mises en musique ! On leur a substitué des chants de veillée ou de groupe de prière, de la chanson chrétienne, honnis des organistes.

Ensuite, la qualité musicale de certains chant de l'Emmanuel comme celle des pièces du XIXe ou des années 1970 portant la marque d’une époque déterminée, immanquablement, ces cantiques vieillissent plus ou moins vite (et souvent mal), tandis qu’intrinsèquement le chant grégorien n’a pas vieilli ; il demeure, intemporel (à la différence de certaines manières de le chanter, influencées par le goût de leur époque, il y a peu encore pollué par les miasmes romantiques et de nos jours truffé de roucoulades orientalisantes). Le concile n’a-t-il pas rappelé (eh oui !) que « […] L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place ». (Sacrosanctum Concilium, § 116) ?

Enfin, chanter Palestrina, Victoria, Byrd (ne parlons pas de Bach ou Haendel…) n’est pas à la portée de la plupart des chorales paroissiales en raison du minimum de formation musicale (et vocale si on veut de la beauté) qu’elles exigent. Mais le danger, ici, n’est-il pas de transformer la messe en concert ?

Or, la liturgie est d’abord prière ! Dans le chant liturgique, la mélodie porte la prière ; le chant lui donne du relief. Normalement, c’est le texte qui inspire la mélodie. Hélas, la langue française n’est pas aussi musicale que l’anglaise, l’allemande ou… la latine. Alors on procède à l’envers : on plaque un texte sur une mélodie sensée plaire… Dans ces conditions, où, comment, peut-on en chantant penser à ce que l’on dit ? Dire que nous croyons ce que l’on doit croire (définition de l’orthodoxie) ? Et le dire -le chanter- à Celui vers qui nous nous tournons ?

Très rares sont en langue française les chants véritablement liturgiques. Quoiqu’inégal, le seul travail digne d’intérêt est celui réalisé par le P André Gouzes, lequel a composé des chants -à partir de textes tirés des saintes Ecritures par les Pères Bourgeois et Revel- en reprenant des mélodies grégoriennes, byzantines, de chorals luthériens ou composées par lui-même. Le personnage peut irriter à bien des égards mais son travail répond fidèlement aux préconisations de la constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte Liturgie (cf § 121) : «Les musiciens, […] composeront les mélodies qui présentent les marques de la véritable musique sacrée et qui puissent être chantées non seulement par les grandes Scholae cantorum, mais qui conviennent aussi aux petites et favorisent la participation active (ici le chant, ndlr) de toute l’assemblée des fidèles.
Les textes destinés au chant sacré seront conformes à la doctrine catholique et même seront tirés de préférence des Saintes Écritures et des sources liturgiques
».

En conclusion, quelle que soit la forme du rite, il ne suffit pas d’aimer chanter ou d’aimer la musique : servir la liturgie est un ministère qui demande une réelle formation : artistique, musicale, vocale, liturgique (cf Sacrosanctum Concilium, § 112 à 115). Et du travail ! Longtemps après la disparition des maitrises et autres psallettes au début de la révolution, un renouveau se dessine depuis une trentaine d’années, spécialement aujourd’hui, grâce à des chefs de chœurs de qualité (au Puy, à Lyon, …) aiguillonnés par les exemples anglais et allemands.
L’Eglise, en France, du simple fidèle jusqu’à l’évêque, a-t-elle conscience du niveau d’exigence nécessaire pour rendre, dans sa noble simplicité, sa signification et sa beauté à la liturgie romaine ?

Pardon d'avoir été si long
Beotien

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