Heure de la vigile par Turlure 2018-03-26 11:57:42 |
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Dans l'Antiquité, comme le décrit le cardinal Schuster dans l'extrait cité par Yves Daoudal, la nuit entière entre le samedi et le dimanche est passée dans l'attente du lever du soleil de la Résurrection. Elle commence par le rite du lucernaire, c'est-à-dire de l'allumage des lampes de l'église, qui évoluera vers celui du cierge pascal. Puis des lectures sont chantées en alternance avec des psaumes (traits) ou autres cantiques tirés de la bible. La vigile pascale, comme celle de la Pentecôte et les samedis des Quatre-Temps sont un héritage de ces antiques veillées et un témoin d'une forme de prière publique antérieure à la constitution de l'office divin tel qu'on le connaît aujourd'hui.
C'est il me semble vers l'époque de saint Grégoire, ou peut-être un peu plus tard qu'on a fixé la place de la messe du Samedi Saint entre l'heure de none (quoique le cérémonial des éveques prévoie le chant de l'Exsultet après sexte puis le début des prophéties après none) et les très brèves premières vêpres de Pâques, chantées avant la post-communion de la messe. Ensuite viennent les heures de complies, matines (abrégées durant toute l'octave), laudes etc. Cet ordre de l'office est resté en vigueur jusqu'en 1951-1955.
Avec la réforme, on a voulu en quelque sorte imiter le cas de la nuit de Noël avec le souhait que le début de la messe en elle-même ait lieu vers minuit, puis le chant des laudes et non plus des vêpres après la communion. Mais pour mettre cela en place, il a fallu faire sauter complies et matines et inventer des vêpres non festives du Samedi Saint qui font que Pâques est devenue une fête sans première vêpres.
Ce n'est pas vraiment un retour à l'Antiquité puisque les Saints Mystères ne sont pas célébrés au petit matin mais au milieu de la nuit, le tout se terminant vers une ou deux heures du matin.
Pour le reste, Mgr Gromier - chanoine de la basilique Saint-Pierre et liturgiste renommé - avait à l'époque fait remarquer que, si la réforme de la Semaine Sainte visait avant tout à rétablir des horaires vespéraux pour les trois offices eucharistiques du triduum, elle n'avait nullement besoin de chambouler leur place par rapport aux heures de l'office divin.
La Semaine Sainte restaurée fût en premier lieu une question d’horaire. Il s’agissait de remettre en usage la veillée pascale, basée sur le dogme pastoral de la Résurrection à minuit sonnant. Ce dogme ne se soutient pas facilement ; car pourquoi s’y soumettre quand les messes vespérales, pratiquement, admettent la célébration à toute heure du jour et de la nuit, même après le chant des vêpres ; quand la messe conventuelle se célèbre indifféremment après tierce ou sexte ou none ? Autre opposition les règles du culte ont pour fondement, outre le cours du soleil, la discipline du jeûne, qui s’est fortement adoucie ; d’où il suit que l’édifice restauré a l’air d’un château de cartes. Le zèle pastoral s’est étendu, depuis le samedi, point culminant, à toute la semaine partant des rameaux.
L’anticipation progressive des trois derniers jours, puis le renvoi au soir originaire nous ouvre un débat. Le décret général préambule affirme que, vers la fin du moyen-âge, on avait avancé au matin les solennités susdites. Or la bulle de Saint Pie V, Ad cujus notitiam, du 29 Mars 1566, donc 113 ans après la fin du moyen-âge, prohibe ce qu’on faisait encore, par permission ou par coutume, dans les église cathédrales, collégiales, conventuelles et autres, c’est-à-dire célébrer, le soir ou vers le coucher du soleil, le samedi saint et les autres solennités. Le but est évident la pastorale doit restaurer, réparer les dégâts ; plus graves ils étaient, plus sera bien venue la restauration ; Dieu sait si la restauration à faire avant toute autre n’était pas d’abolir la bulle de Saint Pie V, en laissant aux évêques la liberté tant désirée, de choisir l’heure de l’après-midi la plus avantageuse pour les offices de la Semaine Sainte : en permettant aussi, à qui voulait, de faire la communion ; laquelle avait été abolie par crainte qu’on ne fût plus à jeun aux heures de l’après-midi où le célébrant la faisait encore.
Que les vêpres du jeudi et du vendredi saint soient omises, supprimées, voilà qui atteint le comble de l’arbitraire, surtout quand on allègue ce motif : la messe tient lieu de vêpres, car elle est le principal. Or, entre messe et vêpres, il n’y a aucune rivalité ; les vêpres ont la même principalité que les autres fonctions liturgiques. Suivant les temps et les lieux, les vêpres ont été écourtées après la messe du samedi ; elles le furent aussi après la messe du jeudi et du vendredi ; jamais on ne pensa à les abolir. L’horaire rétabli par les pastoraux s’accorde en plein avec le fait historique, c’est à dire jeûne jusqu’aux vêpres, qui sont précédées de la messe et de la communion. Les vêpres du samedi sont dans l’après-midi, avant la messe qui est nocturne ; mais quelle raison peut interdire les vêpres du jeudi et du vendredi, après la messe qui n’est pas nocturne par définition ? Le samedi saint sans complies est inexplicable ; le jeudi et vendredi saints, avec complies mais sans vêpres, défient le raisonnement ; car on a beau se coucher tard, le coucher n’en a pas moins lieu et exige sa prière.
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