Une réponse d’Antoine Arnauld… par Luc de Montalte 2018-02-07 01:41:15 |
|
Imprimer |
… peut être trouvée dans sa défense de la traduction du bréviaire par le Père Le Tourneux qui avait été condamnée par l’Official de Paris, M. Chéron. C’est surtout le quatrième paragraphe qui nous intéresse ici, mais je recopie entièrement la conclusion de son introduction qui s’appuie principalement sur deux lettres pastorales de l’Archevêque de Paris :
Il [M. l’Official] ne peut donc désavouer que ce ne soient des vérités très clairement établies par son Archevêque parlant au nom de son Église & expliquant aux fidèles de son Diocèse les sentiments des Pères et leur proposant les exemples des Saints¸
1°. Que ce que Jésus-Christ nous recommande, de prier toujours, ne regarde pas seulement les Ecclésiastiques, mais généralement tous les chrétiens.
2°. Que la manière la plus facile & la plus proportionnée à l’infirmité humaine d’observer ce commandement est de prier Dieu & de le louer tous les jours à diverses fois, pour empêcher que les distractions & les tentations continuelles n’éteignent insensiblement en nous son esprit ; ce qui pourrait aisément arriver, si nous n’avions soin de nous reprendre de temps en temps, pour entretenir le feu de sa charité, par le recueillement et par la prière.
3°. Que c’est dans cette vue, selon S. Jérôme, que l’Église, dès les premiers siècles a marqué six ou sept différentes heures, où les chrétiens offriraient à Dieu leurs prières, & chanteraient ses louanges ; où en particulier ou en public, afin de ne pas demeurer trop longtemps sans élever leur cœur au ciel.
4°. Qu’il y a lieu de croire que cette sainte pratique a toujours été plus exactement observée par les Ecclésiastiques ; parce qu’étant destinés au service de l’Autel, ils ont un engagement particulier à prier pour eux-mêmes & pour tout le reste de l’Église ; mais que c’est pour cette raison que les laïques craignant Dieu, ont dû croire qu’ils ne pouvaient faire de prières vocales qui lui fussent plus agréables qu’en se servant des mêmes livres que les Ecclésiastiques, pour s’unir d’esprit avec eux.
5°. Qu’ils l’ont fait aussi, depuis les jeunes enfants jusques aux Rois et aux Princes, durant plus de neuf ou dix siècles où l’on n’avait gare de leur vouloir cacher ce qui se chantait ou se disait dans l’Église, puisqu’on n’y disait rien que dans les langues vulgaires entendues de tout le monde.
Il est arrivé depuis, que la langue latine, qui était la vulgaire lorsque la Religion Chrétienne s'est établie dans l’Occident, ayant cessé peu à peu de l’être depuis cinq ou six siècles, par l'introduction de nouvelles langues, qui ont passé par beaucoup de changements, avant que d'être un peu fixées, l'Église n'a pas cru, pour de fort bonnes raisons, devoir changer dans son Office public la langue dans laquelle il s’était fait pendant tant de siècles. Et cela a été cause qu'une infinité de personnes qui n'ont point étudié, n'ont pu entendre le sens des prières que l’on faisait dans l’Église, & des saints Cantiques que l'on y chantait à la louange de Dieu, à moins qu'on ne les leur expliquât ou par les prédications, qu'on n'a jamais douté qui ne se dussent faire en un langage entendu de tout le monde, ou par des versions proportionnées à l'intelligence des simples, qu'on leur mettrait entre les mains.
Or on voit assez que c'est ce dernier moyen des traductions, qui est le plus facile, & qu'il peut être un puissant attrait aux personnes pieuses, qui n'ont pas étudié, défaire ce qui leur est conseillé par leur Archevêque, à l’exemple de tous les Saints des-premiers siècles, qui n'avaient point d'autres livres pour prier que ceux des Ecclésiastiques, c’est à dire de réciter le Bréviaire, en tout ou en partie, autant qu'ils en pourront avoir le loisir. Car quoique se joignant en esprit avec le corps de l’Église & élevant son cœur au ciel, on puisse faire des prières vocales en une langue que l’on n’entend point, qui ne laissent pas d'être agréables à Dieu, il est certain néanmoins, que c'est un grand avantage pour prier avec plus de goût, plus d'attention & plus de consolation, d'entendre le sens des paroles dont on se sert, ou pour implorer la miséricorde de Dieu, ou pòur célébrer ses louanges; & qu'on est bien plus tenté de le faire avec dégoût & avec ennui, ou au moins avec peu de ferveur quand on est privé de ce secours. C'est ce que le peuple chrétien sent de soi-même, & ce que reconnaissent assez ceux qui ont le plus de zèle pour le porter à la dévotion. Car c'est par-là qu'on a introduit dans les familles chrétiennes l’usage si saint des prières communes le soir & le matin , une personne de condition en ayant dressé en français, dont s’est fait depuis une infinité d'éditions, jusques dans les pays étrangers. C'est ce qui a fait aussi imprimer tant de fois des Heures latines & françaises, & que,tout nouvellement, on en a fait de nouvelles à Rouen, qu’on a données presque pour rien, afin que les moins accommodés en pussent avoir.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|