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Jésus est la Porte pour les pasteurs (apôtres, évêques, prêtres) de son troupeau
par pacem tuam da nobis, Domine 2017-05-08 21:14:22
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Bonjour,

Le père André Feuillet, exégète de renom et de mérite, voit dans Jean 10, 7-10 et Jean 10, 11-18 deux applications différentes de la parabole des vv. 1-6.

Pour lui, les vv. 7-10 visent non pas les liens qui unissent Jésus Pasteur et ses brebis, mais ceux qui unissent Jésus Prêtre et ses apôtres ainsi que leurs successeurs, les évêques et les prêtres. Jésus est la Porte par laquelle les apôtres, évêques et prêtres doivent passer pour trouver les bons pâturages et y mener paître en sécurité leurs brebis.

Les vv. 11-18, quant à eux, visent les liens qui unissent Jésus et ses brebis: il est le Bon Pasteur par excellence, celui qui donne sa vie pour elles.

Vous trouverez ci-dessous un extrait du passage qui concerne les vv. 7-10 et 11-18. L'article du père Feuillet (46 p.), très riche, a été publié dans «Studi e Ricerche» (1985) aux pp. 103-149: il s'intitule «L'Eucharistie, le sacrifice du Calvaire et le sacerdoce du Christ d'après quelques données du quatrième évangile, comparaison avec les synoptiques et l'épître aux Hébreux».

La citation (les notes, sauf une, ont été omises) est longue, mais comme les interventions du Torrentiel ne se caractérisent pas toujours par leur brièveté et leur concision, j'en déduis qu'il n'est pas homme à reculer devant un texte quelque peu développé.

Bonne fin de journée

Pacem tuam da nobis, Domine





D'un bout à l’autre le discours de Jn 10 est un enseignement du Christ sur le Bon Pasteur. Voici comment il est structuré. Il débute par une parabole (vv. 1-6). Viennent ensuite deux applications différentes de cette parabole: vv. 7-10 d’une part, et vv. 11-18 d’autre part.

La parabole des vv. 1-6 est une description prise sur le vif de la vie pastorale de l’époque et du pays de Jésus. Tout n’y est sans doute pas un décalque de ce qui passait: Jésus a pu faire quelques entorses à la réalité en raison de l’enseignement qu’il entendait suggérer, par exemple quand il dit que le berger appelle ses brebis par leur nom. On a constaté effectivement que de nos jours encore les bergers palestiniens attribuent volontiers des noms à certaines des brebis de leur troupeau, mais dans notre parabole la réalité se trouve embellie: c’est chacune des brebis qui a un nom spécial, chacune étant l’objet de la sollicitude du berger; l’amour rédempteur n’atteint-il pas chaque homme?

Le texte de Jn 10, 1-6 n’est pourtant pas une allégorie, ce qui impliquerait que le berger qui y est mis en scène serait directement Jésus. Nous avons bien plutôt en ce passage une parabole à double application: les vv. 7-10 d'une part et les vv. 11-18 d’autre part. Et chose assez inattendue, dans la première application, ce n’est pas au berger que Jésus est comparé, mais à la porte par laquelle il faut entrer pour être berger authentique, ce qui, remarquons-le, suggère l’idée reprise ailleurs, notamment à la Cène et dans la prière sacerdotale (cf. Jn 17, 17-19), d’hommes étroitement associés au ministère de Jésus. Pour entrer légitimement dans le bercail, il leur faut passer par Jésus**. [**Note C'est de toute évidence en partant de cette donnée qu’il convient de lire le v. 8: « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ». Mais ce verset demeure obscur. Deux problèmes se posent ici: 1°) un problème de critique textuelle: les mots « tous » et « avant moi », qui sont omis par certains manuscrits, sont-ils authentiques? 2°) le problème d’identification des voleurs et des brigands. Il est évidemment exclu que Jésus vise les prophètes de l’A.T. et Jean-Baptiste venus avant lui. Mais songe-t-il aux Pharisiens (Bible de Jérusalem) ce qui surprendrait étant donné que les Pharisiens se trouvent déjà dans le bercail d'Israël et n'ont donc pas à s’y introduire de force. Pense-t-il plutôt, comme le suppose par ex. E. Osty, aux chefs politiques et religieux des Juifs depuis l’époque macchabéenne et aux faux-messies de son temps (par ex. Judas le Galiléen et Theudas dont il est question en Ac 5,36-37)? Ou bien enfin, ainsi que le conjecture la TOB, faut-il élargir la perspective et admettre que la pensée de Jésus s’étend à tous ceux qui « tant dans le monde juif que dans le monde païen, prétendaient par leurs propres moyens apporter aux hommes la connaissance des choses divines et le salut» (p. 218, n. t)? C'est cette dernière explication, développée notamment par E. SCHWEIZER dans son ouvrage célèbre Egô Eimi (Göttingen, 1939 p. 124 sq.), qui nous paraît de beaucoup la meilleure.]

Ce qui vient d être dit n’est pas sans conséquence en ce qui concerne l’exacte signification du v. 9 très discuté: «Je suis la porte: si quelqu'un entre par moi, il sera en sûreté, il entrera et sortira et trouvera des pâturages ». Alors que la majorité des interprètes appliquent ce passage aux brebis, nous nous rangeons de préférence au sentiment de Cyrille d’Alexandrie (P G 73, 1028-1029) et de plusieurs grands commentateurs modernes. Plutôt que les brebis, ce verset semble bien viser les pasteurs autorisés par Jésus qui trouvent des pâturages pour les brebis. En effet, au commencement de la parabole, s’il est question de la porte, ce n’est pas à propos des brebis, mais au sujet des bergers opposés aux voleurs, opposition reproduite au début du v. 8 et à la fin du v. 10: tandis que les voleurs escaladent, les pasteurs passent par la porte, par Jésus; ils reçoivent de lui seul leur mission.

C'est la seconde application de la parabole initiale (vv. 11-18), application très allégorisante par laquelle Jésus se présente comme le Bon Pasteur par excellence, qui, ici, nous intéresse particulièrement en raison de la mention constante qui y est faite du « sacrifice » du Bon Pasteur (« il donne sa vie pour ses brebis »), formule qui sera scrutée en détail plus loin. Comme déjà les versets qui précèdent, ce beau texte fait songer à de nombreux passages de l’Ancien Testament qui utilisent la même, imagerie, et spécialement à la grande prophétie du ch. 34 d'Ézéchiel. Cet oracle est d’abord une condamnation des mauvais bergers du passé: les derniers rois et guides religieux de la nation choisie qui l’ont conduite à la ruine et à la captivité de Babylone. Yahvé promet de s occuper lui-même de ses brebis, de les ramener en Terre sainte, d’en prendre un soin jaloux et de les unifier en les confiant « à un seul Pasteur » (v. 23), son serviteur David, c’est-à-dire le Messie davidique. Il faut rapprocher, l'« unique Pasteur» de Jn 10, 16 de l'« unique Pasteur » d'Éz 34, 23.

On est touché par les accents de tendresse divine qui se font entendre tout au cours de cette prédiction; ils ne sont pas habituels chez le fils de Buzi! Au v. 25 Yahvé s’engage à conclure avec la nation choisie, ainsi restaurée et gouvernée par le Messie davidique, «une alliance de paix» conformément aux prophéties isaïennes sur le «Prince de la paix» et sur l’instauration de la paix messianique parfaite (Is 9, 5; 11, 6 sq.). À la fin de son oracle, Ézéchiel rapproche le thème du Bon Pasteur de la formule de réciprocité de l’alliance, qui exprime la possession mutuelle de Yahvé par la nation choisie et de la nation choisie par Yahvé: « Ils sauront que moi, Yahvé leur Dieu, je suis avec eux, et qu’eux sont mon peuple, la maison d’Israël, oracle du Seigneur Yahvé. Quant à vous, mon troupeau, le troupeau de mon pâturage, vous êtes des hommes, et moi, je suis votre Dieu, oracle du Seigneur Yahvé » (Éz 34, 30-31, trad. Osty).

Quand en Jn 10 Jésus se présentant comme le Bon Pasteur exprime les relations mutuelles de connaissance et d’amour entre lui et ses brebis: «Je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père» (Jn 10, 14-15), il y a tout lieu de voir en cette formule johannique de réciprocité un développement et un perfectionnement de l'antique formule biblique de l'alliance, puisque déjà dans l’Ancien Testament, et en particulier en Éz 34, le thème du Bon Pasteur est intimement lié à la restauration de l'alliance. La grande différence entre Ézéchiel et le Quatrième Évangile, c'est que dans celui-ci les rapports entre le Bon Pasteur et ses brebis se trouvent merveilleusement grandis, intériorisés et aussi personnalisés, puisqu'ils sont présentés comme une imitation et un reflet des rapports ineffables de possession mutuelle, de connaissance et d’amour mutuels qui lient entre eux le Père et le Fils. Pour bien interpréter le sacrifice du Christ Bon Pasteur, aujourd’hui si souvent mal compris, ainsi que nous le dirons plus loin, comme aussi la gravité du péché que ce sacrifice doit réparer, il est indispensable de les mettre en relation étroite avec cette ineffable alliance d’amour.

Ici nous voulons faire en passant une observation que nous n’avons trouvée nulle part ailleurs. Un tel approfondissement des deux thèmes du Pasteur divin et de l'alliance, qu'Ézéchiel 34 unit déjà intimement, avait été préparé et également en dépendance du fils de Buzi, en ce mystérieux poème d’amour, objet de tant de controverses et de tant de contresens, qui s’appelle le Cantique des Cantiques. Ainsi que l’a noté depuis longtemps P. Joüon, l’imploration de l'Épouse en Ct 1, 7: «Dis-moi, ô toi que mon cœur aime, où feras-tu paître ton troupeau, où le feras-tu se reposer pour que je ne sois plus errante » est une référence manifeste aux brebis errantes d'Ëz 34 que le Pasteur divin rassemble, fait paître et se reposer. Et en Ct 2, 16, la jonction des deux thèmes de la possession mutuelle et du pasteur qui fait paître son troupeau: « Mon Bien-aimé est à moi et je suis à lui; il fait paître son troupeau », jonction dénuée de sens dans le contexte de l’amour humain (un berger qui fait paître son troupeau ne se donne pas à ce moment-là à son épouse), n'est qu'un écho, et en même temps une personnalisation et une intériorisation des deux mêmes thèmes déjà joints en Éz 34, 30-31: c'est quand Dieu fera paître son troupeau qu’il renouvellera son alliance, une alliance faite de connaissance et d’attachement réciproques entre lui et le peuple élu.

     

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 Jésus, berger et porte des brebis par le torrentiel  (2017-05-08 14:44:20)
      Une proposition par Aigle  (2017-05-08 15:45:06)
      [réponse] par Yves Daoudal  (2017-05-08 19:56:54)
          Merci et quelques remarques par le torrentiel  (2017-05-09 18:14:09)
      Jésus est la Porte pour les pasteurs (apôtres, évêques, prêtres) de son tro [...] par pacem tuam da nobis, Domine  (2017-05-08 21:14:22)
          Interprétation forcée. par Yves Daoudal  (2017-05-09 12:20:32)


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