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Je crois que Jean-Paul II a été le premier responsable de la situation.
par Scrutator Sapientiæ 2016-11-06 08:24:07
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Bonjour et bon dimanche, Jean Kinzler.

A mon avis, et je ne pense pas me tromper, le Pape Jean-Paul II a une part de responsabilité tout à fait considérable dans la situation actuelle, Benoît XVI n'ayant sans doute pas osé, ou pas voulu, résister coûte que coûte au "dialoguisme" et revenir à tout prix vers un catholicisme beaucoup plus missionnaire ad extra, et il serait inexact ou injuste d'oublier cette part de responsabilité considérable de Jean-Paul II, et de s'en prendre à telle ou telle manifestation de créativité du Pape François, comme si celui-ci était le premier Pape à aller dans une direction infiniment plus "dialoguante" que confessante ad extra.

De la part de Jean-Paul II, de 1979 à 2004, pour quelques textes tels que Redemptoris missio, en 1990, et Dominus Iesus, en 2000, combien y-a-t'il eu de de textes d'acceptation, plus bienveillante que vigilante, pour ne pas dire d'approbation, quasiment sans réserves, de la conception et de la pratique actuellement dominantes des réflexions des catholiques sur les croyances non chrétiennes et des relations des catholiques avec les croyants non chrétiens ? Plusieurs centaines.

En effet, comme je l'ai déjà dit, pour bien comprendre l'extrême gravité de la situation, il ne faut pas seulement considérer ce qu'un Souverain pontife prend bien soin de dire, quand il s'adresse à des croyants non chrétiens : il faut aussi considérer ce qu'il prend bien soin de ne pas dire. Et sous cet angle de vision, Jean-Paul II a été le premier Pape dialoguophile, sinon "dialoguolâtre" ou "dialoguomane".

De même, pour bien comprendre les origines intellectuelles, plus philosophiques que vraiment théologiques, et les conséquences relationnelles, consensuelles, oh pardon : pastorales, de la situation, il ne faut pas seulement considérer ce que le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux prend bien soin de dire, quand il s'adresse à des croyants non chrétiens : il faut aussi considérer ce qu'il prend bien soin de taire. Et dans cet ordre d'idées, c'est sous Jean-Paul II que le CPDI a commencé à aller en direction d'une surproduction de textes, plus optimistes qu'équilibrés, dans lesquels il est de bon ton de réussir à vouloir voir les croyances non chrétiennes comme meilleures qu'elles ne sont, ou comme on voudrait qu'elles soient : "quasi chrétiennes".

Ceux que la question des origines intellectuelles de la question actuelle intéresse n'ont qu'à (re)lire le chapitre intitulé "Quelles preuves avons-nous de l'existence de Dieu", dans "Entrez dans l'Espérance" (1994), du Pape Jean-Paul II. Le contenu de ce chapitre est proprement ahurissant (ne serait-ce que compte tenu du titre qui lui est donné !) notamment et surtout

- quand le Pape Jean-Paul II s'exprime sur Saint Thomas d'Aquin et sur Emmanuel Kant exactement comme s'il n'existait pas une incompatibilité non négligeable entre l'approche de Saint Thomas d'Aquin et celle d'Emmanuel Kant, en ce qui concerne la religion comme pour ce qui a trait à la morale,

- quand le Pape Jean-Paul II prend bien soin de taire le fait que le "dialoguisme" tel que ou, en tout cas, proche de celui de Martin Buber et d'Emmanuel Lévinas, doit au moins autant à l'application du mode de raisonnement herméneutiste, idéaliste, ou phénoménologique, qu'à "l'expérience de la Bible".

Par ailleurs, je ne peux pas exclure qu'une position à la fois substantiellement "anti-exclusiviste", à l'égard des croyances non chrétiennes, et résiduellement non "anti-annonciatrice", vis-à-vis des croyants non chrétiens, soit, en définitive, moins cohérente qu'une position à la fois fermement "anti-exclusiviste" et clairement "anti-annonciatrice".

De même, je ne peux pas exclure qu'une position officiellement catholique à la fois non fermement opposée au "pluralisme", dans l'ordre du croire, et fermement opposée au "pluralisme", dans l'ordre de l'agir, soit, à tout prendre, moins cohérente qu'une position officiellement catholique qui n'est fermement opposée au "pluralisme" dans aucun de ces deux ordres.

Compte tenu des deux paragraphes qui précèdent, la position qui semble vraiment être celle du Pape François n'est-elle pas plus cohérente que celle de ceux qui semblent s'imaginer, pour ainsi dire, que la présence d'un document tel que Veritatis splendor, dans l'ordre de l'agir, suffit, et que l'absence d'un document équivalent à Veritatis splendor, dans l'ordre du croire, ne constitue aucun problème ?

Jusqu'où tout cela ira-t-il ? Jusqu'à "l'excommunication", à tout le moins implicite, des catholiques non "dialoguophiles" ou, en tout cas, des catholiques qui auront le courage et la franchise de dire tout haut que le positionnement doctrinal et pastoral "dialoguophile" ne comporte pas que des mérites, loin de là, et nécessite de toute urgence un rééquilibrage ou une réorientation ?

Bon dimanche.

Scrutator.

     

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