Je ne répondrai pas aux petits inquisiteurs anonymes ni aux franciscolâtres pavloviens, mais sans doute ma formulation a-t-elle été un peu elliptique.
Donc je vais essayer d’expliquer.
Tout d’abord le fait est indiscutable. François a répondu plusieurs fois qu’il n’habitait pas les appartements pontificaux parce qu’il avait besoin d’être avec les gens. Par exemple dans sa fameuse interview aux revues jésuites :
Quand j'ai pris possession de l'appartement pontifical, j'ai entendu distinctement un “non” à l'intérieur de moi. L'appartement pontifical (…) est comme un entonnoir à l'envers. S'il est grand et spacieux, son entrée est vraiment étroite. On y entre au compte-gouttes, et moi, sans les personnes, non, je ne peux pas vivre. J'ai besoin de vivre ma vie avec les autres.
Pourquoi est-ce que cela en dit long sur sa vie intérieure ? Parce que lorsqu’on a une vie intérieure on cherche à être le plus souvent possible seul avec Dieu.
Je n’ai encore jamais lu qu’un saint avait peur de la solitude et avait « besoin » d’être entouré pour vivre. Au contraire, j’ai toujours lu que les saints cherchent à être seuls pour être avec Dieu, et que c’est à regret qu’ils quittent cette solitude, par devoir de charité fraternelle. Par exemple le modèle du missionnaire jésuite, saint François Xavier, avait refusé d’adopter le bréviaire plus court que le pape lui concédait en raison de ses activités, parce qu’il ne voulait pas restreindre en quoi que ce soit le temps de la prière liturgique qui le mettait en communion directe avec Dieu. On voit aussi dans le livre du cardinal Sarah comment, enfant, il avait été impressionné par la prière des missionnaires, la longue prière contemplative de ces prêtres si actifs « au-dehors » et « aux périphéries »…
Or quand on est pape on est submergé de visites inévitables et de rencontres nécessaires. Raison de plus pour sauter sur toute occasion de pouvoir être enfin un peu seul avec le Seigneur.
Il n’est même pas besoin d’être chrétien pour le comprendre, puisqu’on a l’exemple de l’amour humain. Quiconque a été amoureux comprend de quoi il s’agit. Quand on est amoureux on cherche à être le plus souvent possible et le plus longtemps possible auprès de l’être aimé. Seul avec l’être aimé. Quand il s’agit de Dieu ce désir est infiniment plus grand.
Ce n’est pas pour rien que le Cantique des cantiques (qui commence par : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche ») est au centre de la Bible :
« Indique-moi, toi qu’aime mon âme, où tu pais, où tu te reposes à midi,
afin que je ne me mette pas à errer derrière les troupeaux de tes compagnons… Il m’a introduit dans le cellier du vin, il a ordonné en moi l’amour, soutenez-moi avec des fleurs, fortifiez-moi avec des pommes, car je languis d’amour. Sa main gauche est sous ma tête, et il m’embrasse de sa main droite… » Etc.