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En tout cas ce n'est plus tout à fait la même eau.
par Scrutator Sapientiæ 2015-05-30 13:46:21
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Bonjour et merci, Jean Ferrand.

Je m'exprime ici à propos de la source intellectuelle du fleuve dont il est question ici.

1. Je crois pouvoir dire que désormais

- nous ne sommes plus en présence d'une théologie néo-moderne, ou néo-moderniste, qui a été incarnée, en amont puis au moment du Concile, notamment par Congar, de Lubac, Murray, Rahner, Schillebeekx, avec, en surplomb ou en toile de fond, l'influence indirecte de Chenu et de Teihard ;

- nous sommes bien en présence d'une théologie post-moderne, ou post-moderniste, qui est incarnée aujourd'hui, notamment, par Claude GEFFRE et par Joseph MOINGT, ce qui ne signifie pas que ce sont ces deux auteurs qui sont les plus en pointe, en l'occurrence.

2. S'agit-il encore de théologie (fondamentale) ?

- si l'on considère celle-ci, entre autres choses, comme ce que je suis tenté d'appeler une activité intellectuelle faisant référence, confessante ET réflexive, à l'autorité de la révélation, pour mieux faire connaître et comprendre la Parole de Dieu, la conscience et la vocation de l'homme, le devenir du monde,

- si l'on prend un tant soit peu connaissance des idées des théologiens post-modernes et de leur orientation générale,

- alors, on est amené à se dire que ces théologiens de formation et de profession ne sont plus avant tout des théologiens, mais sont avant tout, voire seulement, des herméneutes.

3. Ce sont non seulement des interprètes, mais aussi et surtout des actualisateurs, au sens de : des reconfigurateurs du christianisme catholique, afin que celui-ci soit de plus en plus compatible, ou conciliable, avec l'évolution de la conception dominante de la conscience et de la destinée de l'homme, des aspirations de l'homme et de l'évolution du monde.

4. A tort ou à raison, je pense que les théologiens qui ont été les principaux inspirateurs du Concile Vatican II n'étaient pas des éléments précurseurs, annonciateurs ou inspirateurs, du spécifique de l'état d'esprit émancipationniste, relativiste et subjectiviste, dont il est question ici, et, à la limite, si je devais citer un théologien qui était présent au Concile, qui n'a pas été le plus influent, au Concile, et qui a évolué, par la suite, d'une manière relativement anticipatrice de la théologie post-moderne actuelle, je citerais Hans KUNG.

5. Mais pourquoi donc la conception dominante, post-moderne, de l'homme et du monde, de la conscience et de la culture, de la dignité et de la liberté, de la justice et de la vérité, de l'identité et de l'orientation, de la vie morale et de la vie sociale, devrait-elle faire davantage autorité, AU SEIN MEME DE L'EGLISE, que la conception catholique de ces notions et de ces réalités, conception qui prend appui sur l'Ecriture, sur la Tradition, et sur le Magistère ?

6. Pour moi c'est avant tout un mystère d'iniquité intellectuelle, et non pas avant tout une source d'inspiration vraiment chrétienne d'une attitude vraiment fidèle à (on vous l'a dit et répété) "l'esprit de l'Evangile", pensée et vécue dans "la miséricorde", "ouverte sur et tournée vers les périphéries".

7. Je ne sais pas pourquoi, et je me trompe peut-être, mais je pense ici à la surmajoration contemporaine des notions suivantes, approximativement "derridiennes", dans le cas de la déconstruction et de la dissémination, et approximativement "lévinassiennes", dans le cas de l'altérité et de la signification.

8. J'ai l'impression que pour certains herméneutes, générateurs de concepts ou de discours mutagènes, au préjudice de l'Eglise catholique

- seule la déconstruction du christianisme catholique, en amont de sa reconstruction, sur des bases libérées de l'hétéronomie judéo-chrétienne, est évangélique,

- seule la dissémination de "l'esprit de l'Evangile" au sein des différents états d'esprit, des différents états de vie, autour d'un "centre" qui n'exige rien, et qui n'oblige à rien, d'un tant soit peu contraignant ou contrariant pour l'individu, est porteuse d'une signification évangélique,

- seul "le culte de l'autre",

a) l'accréditation inconditionnelle de toute conviction ou croyance religieuse ou spirituelle, de toute conduite ou pratique de vie affective, amoureuse, morale ou sexuelle,

b) la diabolisation inconditionnelle de tout ce qui est catholique intransigeant ou catholique orthodoxe, et qui a le malheur et le grand tort d'être fidèle à la Foi, à l'Espérance, à la Charité,

sont miséricordieusement ouvertes sur et tournées vers les "périphéries".

François ne veut pas d'une Eglise ONG, d'une Organisation Non Gaudium-et-spiste ; je me demande parfois s'il ne veut pas (ou s'il ne laisse pas agir ou sévir ceux qui veulent) d'une Eglise OGM, d'un Organisme Génétiquement Modifié.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.

     

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