Quand on ne sait pas, il est préférable de se taire...
L'imposition du pallium, tradition antique? Au fait "imposition" ou "réception" du pallium?
Eléments de réponse.
Prenons un épisode de la vie de l'anglo-saxon Alcuin passé au service de Charlemagne. L'archevêque d'York étant mort, son successeur, Eanbald, envoya à Rome Alcuin, son condisciple qui dirigeait l'école cathédrale et son importante bibliothèque, pour lui en rapporter le pallium destiné au nouvel archevêque d'York. Alcuin le reçut des mains du pape Hadrien; nous sommes en 781:
« Comme il revenait après avoir reçu le pallium, il rencontra le roi Charles dans la ville de Parme. Le roi l’exhorta vivement et le pria de le rejoindre en Francie dès qu’il aurait achevé sa mission . »
"
La vie d'un autre anglo-saxon, Boniface, nous renseigne encore sur le pallium: en 732, l'évêque-missionnaire, Boniface, apôtre de la Germanie et protégé de Charles Martel, reçoit du pape Grégoire III le pallium et la charge qui lui est associée, celle d'organiser la province ecclésiastique de Germanie.
le même Boniface était présent au moment du concile réformateur de Soissons, concile convoqué par le fils de Charles Martel, Pépin le Bref; Boniface fut l'inspirateur des textes de ce concile (742). Une affaire venait de surgir: la restauration des anciennes métropoles.
Abel à Reims, Ardobert à Sens furent constitués comme archevêques à la tête des évêques légitimement établis dans leur cité. Une lettre de Boniface au pape demanda pour eux le pallium, renouvelant l'ancienne coutume, et aussi pour Grimon de Rouen, dont le synode ne parle pas, peut-être parce qu'il était absent ou parce que Boniface aura obtenu son élévation après coup. Cette demande devait amener entre le pape et Boniface un malentendu qui ne dura guère: les trois palliums étaient accordés quand une nouvelle lettre du légat (Boniface), se plaignant que les concessions fussent subordonnés au paiement de droits abusifs et simoniaques, limita la demande au cas de Grimon, sans doute parce que la décision du concile assurait aux évêques de Sens et de Reims un prestige suffisant. Zacharie s'expliqua sur sa prétendue simonie: les palliums et les diplômes qui attestaient leur octroi étaient, suivant l'usage, expédiés gratuitement... (Histoire de l'Eglise de Fliche et Martin, t. V, p. 366).
Passons à la théorie; je me contenterai de citer les propos du père Congar dans son Ecclésiolgie du haut Moyen Age, ouvrage précieux à plus d'un titre:
"Les métropolitains et le pallium.
C'est en 512 lors d'une brève renaissance du vicariat d'Arles que saint Césaire reçut du pape l'honneur du pallium, décerné pour la première fois à un évêque non italien. ce fut aussi par le biais de cet insigne que les papes se rattachèrent les vastes territoires de mission en Angleterre et en germanie évangélisés par Augustin, Willibrord et Boniface, chétientés qui sont pour les papes une sorte d'apanage direct, élargissant leur diocès primitif. Augustin de Cantorbéry et Paulin d'York reçurent le pallium de saint Grégoire; de même Willibrord du pape Serge I er... leurs successeurs reçurent également le pallium comme signe de ratification d el'élection et furent ainsi dans la situation des autres métropolitains de ce qui était devenu partie du diocès suburbicaire (Illyricum). Le reste de l'Occident, en situation fort différente, s'adapta graduellement. Lors de la réforme de l'Eglise franque, saint Boniface fit décréter, au concile de Soissons en 742, que tous les métropolitains de Germanie et de Gaule iraient à Rome demander le pallium. la chose resta lettre morte jusqu'à Charlemagne, qui prit sur lui de faire du pallium le signe distinctif de presque tous les métrpolitains d'Occident. Pour ces "archevêques" le pallium devint au cours du IX e siècle indispensable à l'exercice de la juridiction. Cette nouveauté, loin d'être imposée par Rome fut voulue par le prince pour rehausser le prestige de ses métropolitains. mais la papauté avait sa façon de concevoir l'octroi du pallium.
Il semble bien que le pape Zacharie et saint Boniface y aient vu une valeur religieuse, une sorte de sacramental du pastorat et de l'apostolat. Mais Nicolas Ier et Jean VIII y ont attaché une valeur juridique en conditionnant par la réception du pallium l'exercice légitime, par les métroplitains, de leur privilège de confirmer et de consacrer leurs suffragants. De la sorte, ces chefs des anciennes provinces teanient leur juridiction de leur siège même sans intervention de Rome; à partir du IX e siècle, il faut un acte du pape pour les mettre en possession de leurs droits; il n'y avait plus de véritable dignité métropolitaine sans le pallium. Lors de la réforme grégorienne au XI e s., l'archeveque devra demander le pallium avant son sacre: c'était réserver au pape la confirmation des archevêques. Ainsi est apparue la théorie selon laquelle le pouvoir de juridiction des évêques venait du pape, ce dernier confirmant les métropolitains, lesquels confirmaient leurs suffragants. c'est désormais, grâce à une métamorphose de son sens primitif, que s'appliquera aux métropolitians et à tous les évêques la formule de saint Léon qui concernait son vicaire-délégué en Illyricum
vocatus in partem sollicitudinis; non in plenitudinem potestatis."