[réponse] par Yves Daoudal 2014-12-02 12:28:40 |
|
Imprimer |
Vous me lisez manifestement de façon assidue, donc vous savez ce que je veux dire.
Les définitions de saint Thomas d'Aquin sont intellectuellement géniales, et donc très satisfaisantes pour la raison. Mais si l'on n'y fait pas attention on risque de perdre de vue que tous ces beaux raisonnements ne sont pas grand chose par rapport au mystère dont ils sont seulement une tentative d'explication accessible à la raison.
Par exemple, le thomiste pur et dur ne peut pas accepter que Lumen gentium définisse l'Eglise comme un sacrement: saint Thomas d'Aquin a prouvé, en accord avec la tradition, qu'il y a sept sacrements. Il ne peut pas y en avoir un huitième...
Au concile de Florence, les théologiens scolastiques voulaient à toute force que les orientaux admettent qu'il y avait comme dans tout sacrement selon eux une "matière" du sacrement de l'ordre et que cette "matière" était la "porrection des instruments". Le pape résista et laissa la question ouverte. Mais à la fin du concile les théologiens revinrent à l'attaque et réussirent à inclure cela dans le fameux décret aux arméniens, adopté en fait après la fin du concile. Fameux notamment parce qu'on s'est longtemps demandé s'il faisait partie de l'enseignement infaillible de l'Eglise. Pour les théologiens dont on parle et leurs successeurs, cela ne faisait aucun doute. Le doute néanmoins se fit jour et se répandit. Et en 1947, Pie XII décréta infailliblement que la "matière" du sacrement de l'ordre n'était pas la "porrection des instruments" mais l'imposition des mains. Donnant ainsi raison aux orientaux (et aux occidentaux d'avant la scolastique). Et mettant fin à la longue parenthèse thomiste qui était une erreur.
Typique aussi du rétrécissement rationalisant est la théorie thomiste de la transsubstantiation, voulant que celle-ci soit réalisée exclusivement par les paroles de la consécration. Les mêmes théologiens réussirent également à la placer dans le décret aux arméniens, alors que cela ne se trouve chez aucun père de l'Eglise et est démenti par l'épiclèse des liturgies orientales. Aujourd'hui l'Eglise, après avoir obligé certaines Eglises orientales à modifier leur épiclèse, a heureusement abandonné cette théorie, au point même de reconnaître comme valide l'anaphore assyrienne d'Addaï et Mari qui ne comporte pas les paroles de l'institution.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|