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le Concile Vatican II a-t-il commis une erreur capitale pastorale sur "les signes des temps" ?
par jejomau 2014-03-13 08:36:03
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Dans la Revue Item, un long et bel article très fourni et argumenté intitulé : "Le prêtre de Jésus-Christ face au Léviathan moderne" analyse en grande partie les rapports entre l'Eglise et le "monde". Je vous livre ci-dessous le chapitre II qui me parait susciter un intérèt sur le sujet:
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Chapitre 2
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Un changement de « politique » avec Vatican II
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Avec le Concile Vatican II, l’Eglise va changer d’attitude vis-à-vis du monde moderne. Ce changement est manifeste.
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Nous allons le voir en analysant le discours inaugural de Jean XXIII au Concile Vatican II, en analysant le texte de « Gaudium et Spes », le discours de clôture du Concile prononcé par Paul VI, en analysant le discours de Jean-Paul II à l’UNESCO et son jugement exprimé dans « Mémoire et Identité », son livre posthume que j’ai appelé, son « testament politique », (cf. La doctrine politique de Jean Paul II)
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Section 1
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Le discours inaugural de Jean XXIII
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Certes, Jean XXIII, au début de son discours, rappelle bien la nécessité de confesser le Christ. Il rappelle bien l’opposition dont l’Eglise sera l’objet, puisque le Christ sera un « signe de contradiction » (Luc 2 34). Il rappelle bien aussi le texte où le Christ lui-même dit que : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc 11 23). Mais, outre que ces deux textes ne seront plus jamais cités dans les documents conciliaires, comme le fait remarquer Romano Amério, dans son livre Iota Unum, (p. 68), - c’est là tout un symbole – Jean XXIII condamnera dans ce discours très sévèrement et d’une manière très claire, les « prophètes de malheur » qui « dans la situation actuelle de la société ne voient que « ruines et calamités ». Mais plus encore et surtout, l’Eglise, nous dit le pape, sans abandonner son opposition aux erreurs, « préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité ». Elle met certes « en valeur les richesses de sa doctrine », mais ne veut plus « condamner ». On parlera alors entre l’Eglise et la société humaine de « rencontre », de « connaissance » et « d’amour réciproques ». Ce sont les trois mots utilisés par Paul VI, dans son Encyclique « Ecclesiam suam ». "Cette annonce du principe de la « miséricorde » , comme le fait encore remarquer Romano Amerio, "opposée à celui de la « sévérité » néglige le fait que, dans l’Eglise, la condamnation de l’erreur est, elle-même, œuvre de miséricorde, puisqu’en frappant l’erreur, on corrige celui qui errait et on préserve d’erreur les autres » (p. 74). La miséricorde ne peut toucher « l’erreur » mais seulement « l’errant » que l’on secourt en lui présentant la vérité et en réfutant l’erreur.
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Enfin, Jean XXIII laisse entendre que l’erreur se reconnaîtrait par elle-même et se corrigerait d’elle-même. Ce principe est clairement démenti par les faits de l’histoire. Les hommes ne se ravisent pas des erreurs mais, bien au contraire, les confirment et vont même jusqu’à leur donner force de loi. Ainsi du divorce, ainsi de l’avortement. Ainsi de toutes les nouvelles unions contre natures. « Comme le dit encore Amerio, « voilà un point où la clairvoyance du pape a été irréfutablement prise à défaut » (p.75)
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Voilà une variation importante dans l’attitude de l’Eglise catholique face au monde moderne.
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Section 2
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Gaudium et Spes
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Cette « variation » est celle aussi du document conciliaire « Gaudium et Spes » Le cardinal Ratzinger nous a présenté ce document dans son livre « Les principes de la théologie catholique ». Pour lui, ce texte est comme le « véritable testament » du Concile Vatican II, il est comme « une somme consacrée à l’anthropologie chrétienne et aux problèmes centraux de l’éthique chrétienne ». Et là, nous avons un essai de définition du « monde ». Et c’est ainsi, nous dit le cardinal, que la constitution (n° 2) comprend par « monde » « un vis-à-vis de l’Eglise ». Le texte doit les amener tous les deux dans un rapport positif de coopération dont le but est la construction du « monde ». L’Eglise « coopère » avec le « monde » pour « construire le monde » – Voilà, dit le cardinal, la vision déterminante du texte. Comme on est loin de la pensée de Saint Pie X étudiée plus haut.
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Il faut noter un deuxième élément de base caractéristique du texte conciliaire : « le concept de dialogue comme étant son caractère formel fondamental ». "Le Concile", lit-on sous la plume du cardinal, « ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d’amour à l’ensemble de la famille humaine… qu’en dialoguant avec elle… ». Le rapport entre l’Eglise et le monde est donc vu comme un « colloque », comme « un parler ensemble » et comme la recherche en commun de la solution des problèmes, l’Eglise apportant dans le dialogue ses propres possibilités et attendant un progrès grâce à l’échange de ses propres possibilités avec celles des autres. Ainsi serait finie l’attitude de réserve critique à l’égard des forces déterminantes du monde moderne. Cette attitude de réserve devait être effacée par une insertion résolue dans leur mouvement. « L’acquiescement au présent » est désormais de rigueur. Et la pensée du cardinal se termine par ces mots : « Si l’on veut un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre Syllabus…Ce texte fut considéré comme « un défi à son siècle. Il a tracé une ligne de séparation devant les forces déterminantes du XIXème siècle : les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme »… « Contentons nous ici de constater que le texte (Gaudium et Spes) joue le rôle d’un contre syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789 ».
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S’il n’y a pas ici de « rupture » dans la pensée d’avec la position de toujours de l’Eglise, c’est que les mots n’ont plus de sens. Il est clair qu’après l’analyse que nous avons faite du monde moderne issu de la Révolution dans les chapitres précédents , nous ne pouvons pas partager un tel discours.
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Cette nouvelle attitude face au monde est également celle de Jean-Paul II.
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Section 3
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JP II et « Mémoire et identité ».
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Jean-Paul II, après avoir analysé très justement le monde moderne, ce qui le rapproche tout à fait de Pie X, parle de « dialogue », il propose iterum et iterum l’Evangile, la concertation et « l’aide fraternelle » avec le monde moderne. Il l’exprime très bien au chapitre 18 de son livre « Mémoire et Identité »: « Le souci d’aider l’homme est incomparablement plus important que les polémiques et que les accusations concernant, par exemple, le fond illuministe des grandes catastrophes historiques du XXe siècle. En effet, l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle » (p. 135).
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Là, Jean-Paul II nous livre, entre autres choses, son jugement sur l’attitude qu’il convient d’avoir envers le monde moderne. Il s’inspire de « Gaudium et Spes ».
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Face au monde actuel issu de la Révolution française, le Concile avait le choix entre deux attitudes pastorales, écrit Jean Madiran, dans un article de Présent, que Jean-Paul II tient pour également légitimes :
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soit une attitude de contestation polémique et de condamnation doctrinale, ce fut celle de l’Eglise depuis (et contre) la Révolution française. Nous l’avons vu en analysant l’attitude de Saint Pie X
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soit une attitude refusant désormais, à la suite de Jean XXIII, de prononcer des condamnations doctrinales, préférant aller « à la rencontre du monde contemporain » et engager avec lui un « dialogue constructif ».
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Selon Jean-Paul II, le Concile a volontairement et clairement choisi son camp, il a adopté la seconde attitude, nous venons de le voir, décrétée plus conforme à « l’esprit de l’Evangile », car l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans « la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle ».
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Sur ce point, dit Jean Madiran à qui j’emprunte cette synthèse, il n’y a pas eu continuité, il y a eu rupture délibérée. Amério le disait déjà au sujet de l’attitude de Jean XXIII, nous l’avons vu.
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« Je laisserai aux théologiens le soin d’examiner s’il est vrai en théorie que la seconde attitude soit plus « évangélique » que la première et si elle doit obligatoirement l’exclure (comme si l’on ne pouvait admettre que la première concerne les doctrines, les institutions, les lois et que, simultanément, la seconde concerne les personnes ». (C’est la position d’Amerio dans Iota Unum, nous venons de le voir).
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Mais il y a aussi les faits : le monde issu de la Révolution française refuse, lui, le « dialogue constructif » ou plutôt, c’est encore plus grave, il ne feint de l’accepter que par tromperie.
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A l’offre d’une « aide fraternelle », ce monde contemporain répond en imposant l’avortement, la promotion de l’homosexualité, le métissage des religions, l’égalitarisme suppresseur de toutes les discriminations, la supériorité de la loi politique sur la loi religieuse et, par-dessus tout, le diabolique enseignement obligatoire, dans les écoles, des dépravations sexuelles aux plus jeunes enfants.
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Ainsi le Concile Vatican II, par un aveuglement sur les « signes des temps », a commis une capitale erreur pastorale. Au nom d’une attitude supposée « plus évangélique », mais radicalement inappropriée aux circonstances, il a exclu la contestation des erreurs, la dénonciation des lois injustes, la condamnation des abominations subversives, il a intellectuellement désarmé les fidèles, le clergé, et sa hiérarchie.
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Dans le regard personnel que Jean-Paul II portait à la fin de sa vie sur le Concile, il apparaît donc que l’erreur décisive sur l’appréciation des « signes des temps » n’a pas été une dérive post-conciliaire, elle n’a pas été seulement le fait d’un faux « esprit du Concile », elle a bien été une faute du Concile lui-même. Jean XXIII l’avait convoqué pour cela : exclure désormais toute condamnation des lois et des mœurs contre nature, disqualifier comme « prophètes de malheur » ceux qui restaient réfractaires à une telle rupture. Et le malheur s’est aggravé.
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"Les tactiques pastorales, par définition, sont discutables et elles n’ont qu’un temps. Quelquefois un temps insupportablement long, quand la réactivité intellectuelle est endormie par l’abrutissement médiatique." (Jean Madiran Article extrait du n° 7314 de Présent du Vendredi 25 mars 2011)


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 le Concile Vatican II a-t-il commis une erreur capitale pastorale sur "les  [...] par jejomau  (2014-03-13 08:36:03)
      Jean XXIII a commencé par être un de ces “prophètes de malheur”... par Vianney  (2014-03-13 09:54:44)
          Il y a ici plusieurs propos exigeants et réalistes de Jean XXIII. par Scrutator Sapientiæ  (2014-03-15 00:14:28)
      Faut-il pardonner à la gangrène ?... St. Augustin explique... par Sacerdos simplex  (2014-03-13 10:25:05)
      Voir également par AVV-VVK  (2014-03-13 10:26:12)
      Il y a une conception sélective et singulière des signes des temps. par Scrutator Sapientiæ  (2014-03-15 00:47:10)


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