Pour le reste, je ne vois pas comment vous pouvez affirmer que la messe dite de saint Pie V puisse remonter indistinctement au 4e siècle.
Je vais vous aider.
À part le canon, les parties les plus anciennes de notre missel romain sont les oraisons et l'ordre des lectures, surtout du temporal.
Il suffit de se reporter au
Sacramentarium Leoninum du VIe siècle, qui remonte selon une tradition fiable - tout y est déjà bien fixé, donc il faut supposer un bon temps de fixation, mais avant le Ve siècle les sources se font rares - essentiellement au pape Saint Damase (366-84), donc bien au IVe.
Les sources préservées (fragmentaires bien entendu) permettent de constater que l'ordre des lectures du temporal (epîtres, évangiles) et les oraisons (surtout les collectes) sont comme dans notre missel de 1570, tant quant à leur disposition (leur ordre dans l'année liturgique) que quant à leur formulation (même dans les détails).
L'attribution à saint Damase n'est par ailleurs pas fortuite. Il fut rhéteur et poète, et le latin des oraisons (et du canon, dont la version latine pourait être de lui aussi, si elle n'est pas plus ancienne encore, saint Victor?) est très classique, antique même (un contrast avec certaines péricopes!), il conserve des traits rhétoriques, notamment des vestiges du rythme prosaïque encore en partie quantitatif, qui disparaît au IVe siècle pour faire place au rythme sur base de l'accent. On a donc un
terminus ante quem.
Quant au NOM : nous savons ce qu'est devenu l'ordre des lectures dans le NOM. Mieux vaut ne rien en dire.
Pour les oraisons, dans notre missel romain (dernière édition typique : 1920) il y a 1182 de ces oraisons, celles dont Saint Damase en a pu composer une bonne partie. Le NOM en a rayé 760 complètement : balayé d'un trait plus d'un millénaire et demi de formes consacrées. Des autres qui restaient la formulation a été changée parfois de façon conséquente pour la moitié environ d'entre elles. 200 maximum ont survécu au massacre sans altérations.
Les nouvelles oraisons concoctées par Bugnini et C° sont dans un latin misérable, souvent théologiquement douteuses ou creuses.
Evidemment dans le vernaculaire, presque utilisé exlusivement, tout devient encore pire.
Dans ses mémoires le P. Bugnini a le toupet de parler, pour cette partie de la réforme, de "qualche ritocchi",
quelques retouches. Il faut oser.
Pour plus de détails, et plus de chiffres, voir dans le livre de l'abbé Cekada,
Work of human hands (c'est le cas de le dire !).