Il y a cinquante ans mourait un illustre « chien du Seigneur »… par Vianney 2014-02-15 10:37:57 |
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…le R.P. dominicain Réginald Garrigou-Lagrange. À l’occasion de son 80e anniversaire (31 janvier 1957) le pape Pie XII lui avait écrit (en latin !) :
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Nous savons fort bien avec quelle insigne piété vous remplissez vos devoirs religieux, quel renom vous vous êtes acquis au service de la philosophie thomiste et de la théologie sacrée, cette théologie que vous avez enseignée pendant cinquante ans et que depuis quarante-huit ans vous professez dans cet havre romain de doctrines sacrées qui a nom l’Angelicum. Et nous avons eu souvent la preuve du talent et du zèle avec lesquels vous avez, par la parole et par l’écrit, défendu et sauvegardé l’intégrité du dogme chrétien.
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Il ne nous échappe pas non plus que, dans les Sacrés Congrégations de la Curie romaine, vous avez par un labeur silencieux mais de grand prix, apporté un zèle constant et la lumière de votre sagesse : que vous nous dépensez généreusement dans l’administration du sacrement de pénitence et dans la prédication des sermons et d’exercices spirituels.
Il n’avait pas de talent spécial pour les tâches administratives. Aussi est-il toujours resté simple religieux, à son humble rang, et n’a connu d’honneurs qu’académiques. Religieux exemplaire, il a fait toute sa vie l’édification de ses supérieurs et de ses frères par son obéissance simple comme celle d’un enfant, sa régularité, son assiduité au choeur, à l’oraison, à tous les exercices communs. Pour rien au monde, dans une ville ayant un couvent de l’Ordre, il n’eût accepté une invitation dans un restaurant. Il n’usait d’aucune des dispenses accordées par les Constitutions de l’Ordre aux lecteurs en exercice et aux maîtres en théologie. Il récitait chaque jour le Rosaire, et les dernières années à l’Angelicum, ne pouvant plus guère travailler, il multipliait les chapelets. Au temps de Noël, il allait prier longuement à genoux devant la crèche dressée dans le choeur de l’église. Il ne s’asseyait jamais à l’oraison, malgré l’incommodité grande de l’agenouilloir des stalles. Il était d’une extrême sobriété et réserve dans le boire et le manger : potus cibique parcitas. Il prenait un petit déjeuner vraiment très réduit. Jamais rien entre les repas. Il fallait le prier, quand il était grippé, pour lui faire accepter une tasse de tisane ou de thé. Jamais il ne fuma ; il était même sévère sur le chapitre du tabac, « nisi forsitan eutrapeliae causa ». Il pratiqua toujours une très stricte pauvreté et l’usage du tabac lui paraissait peu compatible avec la pauvreté religieuse. Sauf les livres qui s’entassaient chez lui sur les rayons ou d’étroites petites tables (on lui en envoyait beaucoup que vers la fin il ne pouvait même pas lire, et parfois la pile s’effondrait), sa cellule était la plus dépouillée, sans le moindre ornement. Le prie-Dieu où il s’agenouillait et où s’agenouillaient ses pénitents était misérable. Une année, ce n’était pas sans besoin, on mit l’eau courante dans les cellules ; une autre, on repeignit les murs et le plafond, ce qui n’était pas de trop non plus. Il demanda en grâce qu’on ne touchât rien chez lui : « Qu’on attende mon départ ou ma mort. » De fait, on ne rafraîchit sa cellule que lorsqu’il fut parti pour la clinique et qu’il ne devait plus rentrer.
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Il ne demandait jamais rien pour lui, avait toujours peur qu’on ne lui donnât trop et rappelait volontiers que Benoît Labre disait toujours : « peu, peu ». Le voyant fatigué (son lit n’était qu’un grabat et le matelas si peu épais que c’était presque un sac vide), je suggérai au prieur de lui donner un fauteuil, mais usagé, car il se serait récrié qu’on lui en achetât un neuf. Il ne voulut même pas du vieux qui lui semblait encore du luxe et, malgré mes instances, n’eut de paix que quand on l’eût enlevé de sa chambre.
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Il a toujours voyagé comme les pauvres. C’est qu’il avait à un rare degré l’intelligence et le souci constant des pauvres : Beatus qui intelligit super egenum et pauperem ! Il compatissait profondément à la misère des nécessiteux qui l’assaillaient. On le voyait bouleversé par les détresses dont il recevait la confidence au parloir. Il ne redoutait pas d’être exploité — et il le fut souvent —, mais il craignait fort de manquer à de vrais pauvres.
On ne saurait trop le redire en ce temps d’agnosticisme, en un sens nous connaissons Dieu beaucoup mieux que nous ne connaissons les hommes avec lesquels nous vivons le plus intimement. L’homme qui me tend la main se décide peut-être au même instant à me trahir, son geste est peut-être un mensonge, je puis douter de sa parole, de sa vertu, de sa bonté. Je sais au contraire de source absolument certaine, même par ma seule raison, que Dieu ne peut pas mentir, qu’il est infiniment bon, infiniment juste, infiniment saint. De tous les êtres, c’est lui, en un sens, que je connais le mieux, lorsque je récite en le méditant le Pater, comme c’est de Lui que je suis le mieux connu. Nous sommes plus sûr de la rectitude de ses intentions que de la droiture de notre coeur.
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