Créer un effet de sidération chez les catholiques non relativistes ? par Scrutator Sapientiæ 2014-02-06 08:07:20 |
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Bonjour et merci, Saint Blaise.
Je ne m'interroge ici ni sur l'intention personnelle, ni sur l'objectif officiel, mais sur l'un des résultats possibles d'une telle prise de position.
Peu importe, en un sens, que cette phrase là, en particulier, soit connue ou non d'un grand nombre de catholiques : elle a été précédée et sera vraisemblablement suivie par d'autres phrases du même type.
Par ailleurs, je voudrais dire ici que malgré toute mon estime pour Jean-Paul II, malgré tout ce que nous lui devons de positif, de reconstructeur, je suis moi-même tombé de haut quand j'ai lu certains de ses discours consacrés à telle ou telle religion non chrétienne, dans le cadre du dialogue interreligieux ; c'est dire si ma perplexité, pour ne pas dire ma réprobation, à l'égard du consensualisme fraternitaire, cette antichambre potentielle du fidéisme pluraliste, lequel n'objecte rien au relativisme ni au subjectivisme en matière religieuse, est antérieure de plusieurs années à l'élection du Pape François.
Je me demande si l'un des résultats possibles de cette manière de concevoir et de déployer les relations avec les croyants non chrétiens n'est pas de créer un effet de sidération chez les catholiques pratiquants qui ne sont pas nécessairement "intégristes", mais qui adhèrent encore au christianisme catholique, notamment en tant qu'expression normative de la vérité objective en matière religieuse.
Quand on cherche à provoquer un effet de sidération, on cherche à provoquer un sentiment d'impuissance propice à la passivité ou à la résignation, on cherche à déconcerter, à décourager, à démotiver, à désorienter, on cherche à provoquer la soumission silencieuse, parce que l'on sait que l'on ne pourra pas susciter l'approbation explicite, et que l'on ne devra pas susciter l'opposition manifeste.
Se pose ici la question des destinataires ad intra d'une telle attitude "pastorale", qui prend bien soin de dire et de faire apprécier ce qu'elle exprime, et qui prend bien soin de taire et de faire ignorer ce qu'elle censure, sur le dialogue interreligieux, sur les religions non chrétiennes, mais aussi, c'est plus rarement remarqué, sur le christianisme lui-même.
La délégitimation, la marginalisation, au sein même de l'Eglise catholique, des fidèles qui ont encore suffisamment de Foi et de raison pour adhérer pleinement, par exemple, à ce que l'on trouve dans Dominus Iesus, document recouvert par la poussière romaine, peuvent être les résultats de la mise en oeuvre systématique de cette attitude qui relève de ce que l'on appelle l'accueil inconditionnel, lequel est néanmoins tout à fait sélectif, y compris au contact de la Parole de Dieu.
La confusion contemporaine entre consensus et vérité, entre sympathie et sainteté, entre optimisme et Espérance, accomplit des ravages, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise catholique, depuis déjà plusieurs décennies, à mon avis depuis 1945, pour plusieurs raisons déjà évoquées.
Parmi ces ravages, il y en a un que je voudrai formuler dans les termes suivants : il s'agit de l'euthanasie de l'orthodoxie, ou plutôt de l'euthanasie du potentiel de dissensus qui est présent dans l'orthodoxie.
Annoncer la vérité, oui, mais sans dénoncer l'erreur, exhorter au dialogue, oui, mais pas à la conversion : voilà deux attitudes pastorales très concrètes qui découlent et relèvent, me semblent-ils, de cette volonté d'euthanasier le dissensus que comporte l'orthodoxie.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser, notamment parce que, faute de temps, je ne peux ni compléter, ni préciser davantage, ce à quoi je fais référence, à l'intérieur de ce message, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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