Il l'a bien écrit, ou il ne l'a pas écrit ? par Scrutator Sapientiæ 2013-10-25 07:54:03 |
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Bonjour à tous,
1. Je cite :
" Mais, en même temps qu’il tient ce discours ad intra, pour les catholiques, il ne lui aura fallu que quelques semaines pour lézarder très gravement des pans entiers de la morale et des rares exigences catholiques sur lesquels ses prédécesseurs avaient encore tenu bon jusque-là. "
2. J'avais moi-même écrit, le 17 octobre dernier, ce qui figure ici :
" Parti comme cela semble être parti, et si cela continue comme cela a commencé, en ce qui concerne plusieurs sujets, tels qu'ils sont abordés, dans des interviews telles que celles déjà accordées, lesquelles, n'ont pas, en tant que telles, une valeur magistérielle, je crois que Monseigneur FELLAY pourra bientôt prendre appui sur certains textes du Concile, de Jean XXIII, de Paul VI, de Jean-Paul II ou de Benoît XVI, non seulement pour "compléter" ou "préciser", mais aussi pour CONTREDIRE frontalement certains propos du Pape François. "
J'avais d'ailleurs précisé qu'il s'agissait de ma part de la formulation d'une hypothèse et d'un paradoxe.
3. Et à présent, id est hier, je "tombe" sur cette phrase :
" Mais, en même temps qu’il tient ce discours ad intra, pour les catholiques, il ne lui aura fallu que quelques semaines pour lézarder très gravement des pans entiers de la morale et des rares exigences catholiques sur lesquels ses prédécesseurs avaient encore tenu bon jusque-là. "
Pour ma part, je trouve que ces exigences catholiques sur lesquelles les prédécesseurs du Pape François ont tenu bon, jusqu'à l'élection du Pape François, n'étaient pas si rares que cela.
4. Ce qui suit relève de l'appréciation personnelle, ce qui ne signifie pas qu'elle soit arbitraire ou subjective.
a) D'une part, on peut toujours constater que les objections catholiques n'ont pas toujours été aussi fréquentes ou aussi prégnantes que les exigences catholiques, dans le Magistère et la pastorale des Papes concernés, de Jean XXIII à Benoît XVI inclus.
b) D'autre part, on peut également remarquer l'isolement dans lequel ces mêmes Papes ont continué à mettre en avant et en valeurs ces mêmes exigences catholiques, leurs frères dans l'épiscopat n'ayant pas toujours été des relais courageux, dans certains domaines porteurs de ces mêmes exigences.
c) Enfin, on peut peut-être suggérer que là où il y a des "objets totems", en l'occurrence une survalorisation de textes tels que DH et NA, qui ont acquis, en quelque sorte, une autorité magistérielle ou pastorale équivalente à celle que devrait avoir une constitution dogmatique, il y a aussi des "sujets tabous", qui se manifestent entre autres par le maintien dans la nuit d'un texte tel que Dominus Iesus, en présence duquel bien des hommes d'Eglise semblent croire justifié et légitime de réfléchir et de s'exprimer exactement comme si ce texte n'existait pas.
5. Je reviens à présent sur la phrase de Monsieur l'Abbé de Cacqueray ; je suis tenté de filer la métaphore footballistique, et d'écrire ce qui suit : en un sens, non polémique, c'était bien la peine de critiquer à ce point là le précédent avant-centre, dont on disait qu'il ne marquait pas assez de buts, si c'était pour constater après-coup qu'il en marquait tout de même davantage que celui qui lui a succédé, au sein de l'équipe, et qui semble bien moins désireux de jouer d'une manière offensive, contre l'équipe adverse, la cause de ce moindre désir n'étant évidemment pas imputable à la FSSPX.
Mais cela, ce dernier point, l'affirmation du fait que le Pape François "semble bien moins désireux de jouer d'une manière offensive contre l'équipe adverse", nécessite peut-être encore quelques confirmations, justement, dans les faits, pour que cette affirmation ne soit pas équivalente à un procès d'intention.
6. Par ailleurs, mais ce n'est pas très grave, l'avant-dernier paragraphe du même texte, situé en amont de la conclusion, comporte une erreur, le mot consécration y ayant été mis en lieu et place du mot condamnation (j'ai ajouté quelques remarques entre parenthèses) :
a) " Enfin, il est possible, parmi les motifs du refus de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, que s’en trouvent de fort peu avouables. Les papes du Concile et de l’après concile sont restés muets sur la question du communisme qui n’a pas été solennellement condamné au concile Vatican II malgré la demande de plusieurs centaines d’évêques.
(il n'y a pas que le communisme qui n'a pas été formellement condamné au Concile, et j'estime pour ma part que la non condamnation formelle de la civilisation des loisirs, de l'individualisme utilitariste, du matérialisme productivisme, de la société de consommation, est au moins aussi problématique que la non condamnation du communisme, mais je formule peut-être ici une considération d'occidental repus (même si elle n'est pas illégitime sur le plan axiologique), dans la mesure où des milliards d'êtres humains, affamés ou asservis, aimeraient pouvoir accéder à quelques miettes de cette civilisation là et de cette société là)
b) Il y a fort à craindre que la consécration (non : la CONDAMNATION) n’ait pas eu lieu parce que l’on craignait d’incommoder et de fâcher tout rouge les communistes. Et, maintenant que le communisme paraît lâcher (bientôt 25 ans après 1989 ?) son emprise sur la Russie mais que ses erreurs se sont répandues à travers le monde entier (mais y sont-elles toujours aussi actives et présentes qu'avant 1989 ?), il est possible que la consécration ne soit maintenant pas faite parce qu’elle s’opposerait à la doctrine oecuménique actuelle.
c) Si, en effet, la Russie semble sortie du communisme, elle n’est certes pas sortie de l’orthodoxie.
(doit-on en conclure que la conversion qui a consisté à se déprendre du communisme n'a pas vraiment encore eu lieu, ou que la conversion qui consisterait à se déprendre de l'orthodoxie serait de même nature, et que du coup l'exigence d'abandon de l'orthodoxie devrait pouvoir être exprimée fermement aujourd'hui, en lieu et place de l'exigence d'abandon qui aurait dû pouvoir être exprimée davantage hier, en ce qui concerne le communisme ?)
d) Si l’on prie donc pour sa conversion, cela signifie qu’elle n’est pas convertie et qu’elle doit se convertir. Mais le pape François qui pense que notre seule tâche consiste à inciter les hommes à demeurer dans la voie où ils se trouvent, comment pourrait-il faire une consécration dont le but est de demander la conversion de la Russie ? "
7. Je rappelle deux propos du Pape François :
a) 01/10/2013 : Un journaliste demande au Pape François : « Votre Sainteté, existe-t-il une vision unique du bien ? Qui définit cette vision ? » Le Pape répond : « Chacun de nous a sa vision du bien et aussi du mal. Nous devons encourager les gens à s’orienter vers ce qu’ils pensent être bon. »
Le journaliste reprend : « (...) La conscience est autonome, vous avez dit, et chacun doit obéir à sa conscience. Je pense que cela est une des affirmations les plus courageuses énoncées par un pape. »
Le Souverain Pontife poursuit : « Et je le répète ici. Tout le monde a sa propre idée du bien et du mal et doit choisir de suivre le bien et combattre le mal comme il les conçoit. Cela suffirait pour faire du monde un endroit meilleur. »
b) 02/10/2013 : "Bien qu’elle soit constituée d’hommes pécheurs, nous professons, dans le Credo, que l’Eglise est sainte. Elle est sainte car elle vient de Dieu qui est saint et qui ne saurait l’abandonner.
Elle est indissolublement unie au Christ qui s’est livré pour elle, et qu’il conduit par l’action du Saint-Esprit. L’Eglise n’est pas constituée de gens parfaits, mais elle accueille tous les pécheurs, pour les conduire à la sainteté. Elle est la maison de tous.
Tous, faibles et pécheurs, perdus ou découragés, nous pouvons vraiment y être renouvelés, transformés, par la rencontre du Seigneur qui nous sanctifie. Par sa grâce nous devenons capables, malgré notre faiblesse de vivre dans la charité, pour la gloire de Dieu et le service du prochain."
A mon sens, le problème, c'est le contenu du propos tenu ad extra, mais c'est aussi la contradiction latente, ou, en tout cas, la non conformité, sur le fond, entre le propos tenu ad extra, et le propos tenu ad intra.
Ici.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.
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